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Poésie

Posts Tagged ‘misère’

À peine défigurée (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


ange

Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime

Tu n’es pas tout à fait la misère
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire

Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps
Tête désappointée
Tristesse beau visage.

(Paul Eluard)

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Jésus (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

jesus-premier-pretre-ouvrier

Jésus est dans la rue en tenue de travail
avec le sac au dos de plaines ouvrières,
Jésus est en chômage, en quête de salaire,
et sa vieille blessure à la jambe fait mal.

Jésus n’est pas d’ici, on lui veut des misères,
son permis de séjour est bien près d’expirer
et Jésus pense au temps du charpentier son père,
à Marie, comme lui, soucieuse du loyer.

Jésus s’en est allé pour l’embauche à l’usine
avec son casse-croûte à manger sur le tas.

Il n’est plus revenu, Madeleine voisine :
on dit qu’on l’a revu au chemin de Damas.

(Géo Libbrecht)

 

 

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POUR DANSER SEULEMENT (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

POUR DANSER SEULEMENT

Misère misère en lambeaux
crimes en dentelles
pour les coeurs et les cerveaux
au rendez-vous des demoiselles

Sommes-nous nus
ou démontables
à la lueur des chalumeaux
quand la lune se met à table

Heure des aveux pour les aveugles
minuit tapant
aux portes des grandes villes
et le sang coule dans les ruisseaux
Sauvez la face sauvez le feu

volez au secours des oiseaux
nous retrouverons les hirondelles
les libellules les demoiselles

(Philippe Soupault)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

 

David Hockney  url

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;

Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

(Victor Hugo)

Illustration: David Hockney

 

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Sonnet pour éventail (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Sonnet pour éventail

Stupeur! Derrière moi, sans que j’aie existé,
Semant par l’infini les sphères vagabondes
En les renouvelant de leurs cendres fécondes,
A coulé lentement toute une éternité.

Jamais! Puis me voilà dans la nuit rejeté.
Tout est fini pour moi, cependant que les mondes,
L’autre éternité, vont continuer leurs rondes,
Aussi calmes qu’aux temps où je n’ai pas été.

Juste le temps de voir que tout est mal sur terre,
Que c’est en vain qu’on cherche un coeur à l’univers,
Qu’il faut se résigner à l’immense mystère,

Et que, sanglot perdu, lueur aux cieux déserts,
Pli qui fronce un instant sur l’infini des mers,
L’homme entre deux néants n’est qu’un jour de misère.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Femmes aux frontières (Elvire Maurouard)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Harding Meyer 1964 - Brazilian Portrait painter -   (2)

Femmes aux frontières

Le soir qui les grandit tombe sur leur destin
Héroïnes sans noms d’obscures épopées
Elles vont frêles leurs enfants enveloppés
Scandant leur marche aux coups de tirs lointains

De temps en temps parmi la violence intense
Jaillit d’un gosier jeune un chant sonore et clair
Dont vibre longuement l’atrocité de l’air
Et le refrain en choeur des poitrines s’élance

Elles rentrent ainsi sous les cieux assoupis
Et toutes par degrés sont bientôt confondues
Au vague demi-jour des pâles étendues
Sous leur double fardeau de misère alanguie

(Elvire Maurouard)

Illustration: Harding Meyer

 

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Notre avant-dernier mot (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Notre avant-dernier mot
serait un mot de misère,
mais devenir la conscience-mère
le tout dernier sera beau.

Car il faudra qu’on résume
tous les efforts d’un désir
qu’aucun goût d’amertume
ne saurait contenir.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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LE BOUT DU ROULEAU (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Ludovic Florent
    
LE BOUT DU ROULEAU

Le poète muet, défait,
s’appuie au comptoir du café.

Ses poèmes sont loin de lui,
c’était hier qu’ils ont fleuri

quand la lumière environnait
d’un duvet d’or le moindre objet

maintenant nu dans la poussière
près des crachats, fils de misère.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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