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Posts Tagged ‘miséreux’

MA MUSE (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Itzhak-Leibush Peretz

    

MA MUSE

Elle n’est point bleuet, ma muse,
Qui pousse sur les visions,
Ni, voleur de baisers qui muse
Cherchant les fleurs, un papillon.

N’est point un rossignol, ma muse,
Point de trille et de mélodie,
Mais c’est une vieille commère,
Et racornie et enlaidie.

Une esseulée aux orphelins
Éparpillés de par le monde,
Miséreuse, soir et matin,
Qui jure, qui crie et qui gronde!

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Bohème (Charles Aznavour)(Jacques Plante)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2018



 

Illustration: Alcide Théophile Robaudi
    
La Bohème

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

(Charles Aznavour)(Jacques Plante)

 

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Rester humain (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



J’aime mon perchoir au bois sauvage,
J’aime boire aux torrents…
Vulgaires façons de miséreux
A tunique rude et crin chenu…
En fait de sagesse, je ne sais pas grand-chose,
Rester humain, voilà où j’excelle.

(Wang Wei)

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IDYLLE ROUGE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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IDYLLE ROUGE

Le chemineux s’est dit : « Je veux
Cette jouvencelle aux cheveux
D’aurore blême ».
Mais la jouvencelle a du bien
Tandis qu’est gueux, gueux comme un chien
Le gars qui l’aime !

Et la belle, aux riches galants
Seuls ! ouvrira les rideaux blancs
De son alcôve ;
Elle course le miséreux…
Alors, par les chemins poudreux,
Le gars s’ensauve !

Errant le jour, de ci de là
Il geint, et la nuit lorsque la
Lune pâlotte
L’éveille au fond de son fossé,
Laissant saigner son cœur blessé
Le gars sanglote.

Dans l’ombre des vieux cabarets
Où le vin, des pichets de grés
A grands flots coule,
Il va se reposer un brin
Et, pour oublier son chagrin,
Le gars se saoule !

Enfin, il vient de faire don
De sa raison aux femmes dont
L’amour s’achète.
Il va par les quais, triste et seul…
Le grand fleuve ouvre son linceul…
Le gars s’y jette…

(Gaston Couté)

 

 

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FAUX PAS ENTRE DEUX ETOILES (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



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FAUX PAS ENTRE DEUX ETOILES

Il est des gens si malheureux, qu’ils n’ont même pas
de corps ; quantitative est leur chevelure,
bas, calculé en pouces, le poids de leur intelligence ;
haut, leur comportement ;
ne me cherche pas, molaire de l’oubli,
ils semblent sortir de l’air, additionner mentalement les soupirs,
entendre de clairs claquements de fouet dans leur gosier.

Ils s’en vont de leur peau, grattant le sarcophage où ils naissent
et gravissent leur mort d’heure en heure
et tombent, au long de leur alphabet gelé, jusqu’à terre.

Pitié pour les « tellement » ! pitié pour les « si peu » ! pitié pour eux
Pitié, dans ma chambre, quand je les écoute avec mes lunettes !
Pitié, dans mon thorax, quand ils s’achètent des habits !
Pitié pour ma crasse blanche, solidaire dans leur ordure !

Aimées soient les oreilles martin,
aimées soient les personnes qui s’assoient,
aimés soient l’inconnu et sa femme,
notre semblable par les manches, le col et les yeux !

Aimé soit celui qui a des punaises,
celui qui porte un soulier percé sous la pluie,
celui qui veille le cadavre d’un pain avec deux allumettes,
celui qui se prend un doigt dans la porte,
celui qui n’a pas d’anniversaires,
celui qui a perdu son ombre dans un incendie,
l’animal, celui qui ressemble à un perroquet,
celui qui ressemble à un homme, le pauvre riche,
le vrai miséreux, le pauvre pauvre !

Aimé soit
celui qui a faim ou soif, mais n’a pas assez de faim
pour étancher toute sa soif
et pas assez de soif pour rassasier toute sa faim !

Aimé soit celui qui travaille à la journée, au mois, à l’heure,
celui qui sue de peine ou de honte,
celui qui se prend par la main pour aller au cinéma,
celui qui paye avec ce qui lui manque,
celui qui dort le dos tourné,
celui qui ne se souvient plus de son enfance ; aimé soit
le chauve sans chapeau,
le juste sans épines,
le voleur sans roses,
celui qui porte une montre et qui a vu Dieu,
celui qui a de l’honneur et ne meurt pas !
Aimé soit l’enfant qui tombe et pleure encore, et l’homme qui est tombé et ne pleure plus !
Pitié pour les « tellement » ! Pitié pour les « si peu » ! Pitié pour eux !

***

Traspié entre dos estrellas
¡Hay gentes tan desgraciadas, que ni siquiera
tienen cuerpo; cuantitativo el pelo,
baja, en pulgadas, la genial pesadumbre;
el modo, arriba;
no me busques, la muela del olvido,
parecen salir del aire, sumar suspiros mentalmente, oír
claros azotes en sus paladares!

Vanse de su piel, rascándose el sarcófago en que nacen
y suben por su muerte de hora en hora
y caen, a lo largo de su alfabeto gélido, hasta el suelo.

¡Ay de tánto! ¡ay de tan poco! ¡ay de ellas!
¡Ay en mi cuarto, oyéndolas con lentes!
¡Ay en mi tórax, cuando compran trajes!
¡Ay de mi mugre blanca, en su hez mancomunada!

¡Amadas sean las orejas sánchez,
amadas las personas que se sientan,
amado el desconocido y su señora,
el prójimo con mangas, cuello y ojos!

¡Amado sea aquel que tiene chinches,
el que lleva zapato roto bajo la lluvia,
el que vela el cadáver de un pan con dos cerillas,
el que se coge un dedo en una puerta,
el que no tiene cumpleaños,
el que perdió su sombra en un incendio,
el animal, el que parece un loro,
el que parece un hombre, el pobre rico,
el puro miserable, el pobre pobre!

¡Amado sea
el que tiene hambre o sed, pero no tiene
hambre con qué saciar toda su sed,
ni sed con qué saciar todas sus hambres!

¡Amado sea el que trabaja al día, al mes, a la hora,
el que suda de pena o de vergüenza,
aquel que va, ñpor orden de sus manos, al cinema,
el que paga con lo que le falta,
el que duerme de espaldas,
el que ya no recuerda su niñez; amado sea
el calvo sin sombrero,
el justo sin espinas,
el ladrón sin rosas,
el que lleva reloj y ha visto a Dios,
el que tiene un honor y no fallece!

¡Amado sea el niño, que cae y aún llora
y el hombre que ha caído y ya no llora!

¡Ay de tánto! ¡Ay de tan poco! ¡Ay de ellos!

(César Vallejo)

Illustration: Eduardo Kingman

 

 

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LE COIN (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



LE COIN

Les vieux miséreux attendent, en battant la semelle, qu’un patron les embauche.
Ils attendent et frissonnent, les mains dans les poches,
Ils ne se parlent pas entre eux car ils ne se connaissent pas.
Parfois l’un d’eux murmure Nom de Dieu tout bas.

Les fiacres en roulant près du trottoir, les éclaboussent
Les passants en pardessus, sans les voir les repoussent
La pluie souvent fes mouifle jusqu’aux os
Ils relèvent le col de la veste courbent un peu plus le dos
Disent Sacré bon Dieu de bon Dieu et toussent.

Ça durera jusqu’au jour où dans l’hôpital
Ils cracheront le reste de la vie en noir en pensant « Ça y est jusqu’à la gauche »
Ils pleureront peut-être comme un petit gosse qui a mal
Et crèveront en murmurant : C’est-y l’bon Dieu qui m’embauche ?

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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