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Poésie

Posts Tagged ‘mission’

JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Comment s’appelle la tristesse (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



À qui le condor haillonneux
rend-il compte de sa mission ?

Comment s’appelle la tristesse
chez une brebis solitaire ?

Qu’arrive-t-il, au pigeonnier,
si la colombe apprend le chant ?

Si la mouche produit du miel
l’ abeille se vexera-t-elle ?

(Pablo Neruda)


Illustration

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En mission à la frontière (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Tachibana Morikuni
    
En mission à la frontière

Char solitaire sur les routes frontalières
Long-jour passé, voici les pays soumis
Herbe errante hors des murailles des Han
Oie sauvage égarée dans le ciel barbare

Vaste désert où s’élève, droite, une fumée
Long fleuve où se pose le disque du couchant
A la passe Désolée enfin une patrouille
Le quartier général? Au mont Hirondelles !

(Wang Wei)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Rougeur des matinaux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



Rougeur des matinaux

Quand on a mission d’éveiller,
on commence par faire sa toilette
dans la rivière.
Le premier enchantement
comme le premier saisissement
sont pour soi.

(René Char)


Illustration

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Pour tout ce que j’ai à faire (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




    
Pour tout ce que j’ai à faire
combien de temps m’est-il accordé ?

Cela, tu n’en sauras rien,
Tu as l’éternité et l’instant,
quelle importance ?

Le temps est l’hameçon des ténèbres,
ne te laisse pas leurrer,
n’aie d’autre souci que ta mission,
chaque jour.

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Pantin disloqué (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Pantin disloqué

Pantin disloqué, tu t’agites, maintenant,
tu t’agites dans le lit du malheur, imbécile imprudent. –

Le privilège de vivre
inouï dilaté
vacant suspendu dans le temps

Plus de demain
Plus de missions
Je n’ai pas d’origine
Je ne me rappelle plus mes épaules
Où donc le dispositif pour vouloir ?
Rien
Seulement
Rien
(Vers la complétude)

Puis du temps.
Rien que du temps.
Du temps coulait, du temps sans aucun accompagnement.
Puis un vent léger, le vent qui a passé sur des ruines.
C’était fini.
(situations étranges)

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Eve Carton

 

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Incommensurable (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Incommensurable, l’étendue, juste,
quand nous nous apprêtons à mesurer,
ce dont notre coeur avait ici pour mission de s’emparer.

Insondable, la profondeur, juste,
quand, approfondissant, nous sondons,
ce qui, dans notre chute, nous accueille comme fond.

Inaccessible, l’altitude, juste,
quand nos yeux s’épuisent à scruter
ce qui, flamme devenu, s’élève au-dessus du firmament.

Inévitable, la mort, juste,
quand, assoiffés d’avenir,
nous ne supportons pas le pur continu d’un instant.

***

Unermessbar, Weite, nur,
wenn wir zu messen trachten,
was zu fassen unser Herz hier ward bestellt.

Unergründlich, Tiefe, nur,
wenn wir ergründend loten,
was uns Fallende als Grund empfángt.

Unerreichbar, Höhe, nur,
wenn unsere Augen mühsam absehn,
was als Flamme übersteigt das Firmament.

Unentrinnbar, Tod, nur,
wenn wir zukunftsgierig
eines Augenblickes reines Bleiben nicht ertragen.

(Hannah Arendt)

 

 

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EN FACTION (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



EN FACTION

On m’envoie là-bas sur un grand tas de pierres
comme un cadavre illustre de l’âge de fer.
Les autres sont restés sous la tente et dorment
étalés comme les rayons d’une roue.

Sous la tente, le poêle fait la loi : un grand serpent
qui a gobé une boule de feu et qui siffle.
Mais pas un bruit ici dans la nuit de printemps
parmi ces pierres froides qui guettent la lumière.

Et ici dans le froid, je me mets à voler
comme un chaman, je vole vers son corps
aux marques blanches laissées par le maillot –
nous étions en plein soleil. La mousse était chaude.

Je glisse le long de chauds instants
mais ne peux m’y attarder longtemps.
Ils me rappellent à eux, ils sifflent dans l’espace –
je rampe entre les pierres. Ici et maintenant.

Mission: être là où l’on est.
Même dans ce rôle grotesque et
compassé — je suis l’endroit précis
où la genèse se perfectionne.

Le jour vient, les troncs des arbres épars
maintenant se colorent, les fleurs du printemps
qu’a mordues la gelée ratissent doucement le terrain
et recherchent quelqu’un qui disparut dans l’ombre.

Mais être là où l’on est. Et attendre.
Je suis anxieux, obstiné et confus.
Les événements futurs, ils existent déjà!
Je le sens. Ils sont là dehors:

Une foule de gens qui murmurent au-delà des barrières.
Ils ne pourront passer qu’un à un.
Ils veulent entrer. Pourquoi? Ils arrivent
un à un. Je suis le tourniquet.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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L’ARBRE ET LE FIRMAMENT (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016




L’ARBRE ET LE FIRMAMENT

Un arbre marche sous la pluie,
passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.
Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie
comme un merle à un verger.

Quand la pluie cesse, l’arbre s’arrête.
Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante
dans l’attente comme nous de l’instant
où les flocons de neige viendront éclore dans l’univers.

(Tomas Tranströmer)

Illustration : www.ruedulavoir.com

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Tous nos papiers sont faux (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2016



 

Tous nos papiers sont faux

Nous avançons nus
à la grande frontière

sans même un mot
pour nous justifier

rien que notre fatigue
notre tremblement

notre étrangeté
à nous-mêmes suspecte
Nous ne savons plus notre âge
tout s’est passé en chiffres

nous n’avons pas vu le temps
souffler sur notre front

cette face brouillée n’est pas la nôtre
les photos sont toutes manquées

nous n’avons jamais connu
notre vrai visage

nos vrais yeux
l’expression de notre bouche

tout ce que nous savons
est pour notre confusion

La peau blanche comme un linceul
les cicatrices

nous ignorons le secret
de nos blessures

de notre indignité
nous avons survécu

nulle mission
nulle destinée

mais en nous la vague conscience
de trahir, d’avoir trahi

Ce pays n’est pas le nôtre
nous ne reconnaissons rien

ses chemins nous ont égarés
ses villes nous font peur

nous n’habitons pas ces jours de pluie
ces nuits sans sommeil

il n’est ici pour nous
ni demeure ni repos

Les maisons nous enferment
sans nous abriter

nous avons déserté, renoncé
nous nous souvenons

sans nul souvenir.

(…)

(Gérard Pfister)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

 

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