Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mite’

LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    
LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE…

Les beautés que la vie présente, éparses,
Il ne faudrait pas les enfouir toutes.
O ta chair criant, ta chair qui frémit,
O les instants trop rares de la joie,
La mer sans île au large et sans falaises
Où viennent se briser les espérances
En vagues s’écroulant l’une sur l’autre.
O ma nuit de ténèbres habitée
Par trop peu d’étoiles pour dissiper
La bruine régnant sur le monde. Et puis
L’inutile faucille de la lune;
Telles des paons, égarées, les comètes;
Dans les cerveaux, ces mulots, les pensers;
Les rêves toujours guettés par les mites,
Et vous, les tristesses, les joies et vous,
Colères, douleurs, et vous les soucis,
Vous, les yeux, les seins, les mains en attente,
Vous, corps enlacés, vous corps délirants,
Toi, rythme du travail, marteau, faucille,
Toi, main fouillant la poche sans argent,
Les routes menant ou non quelque part,
Et le soupir que l’on ne peut dompter
Et tant d’autres choses, dites ou tues,
Même avant d’apparaître disparues,
Et toi, toi qui ne peux t’offrir le temps
Que met l’insecte à gravir un brin d’herbe.
Pourtant, si dans tes chants tu ne mets pas
Un peu de tout cela, plus pauvre encore
Sera ce monde en beautés mal pourvu…
Et non, cela je ne l’ai pas voulu…

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MON CHANT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



 

Zdzislaw Beksinski_1972

MON CHANT

Mon chant est explosion,
Sauvage déchirement. Désharmonie.
Mon chant ne veut pas aller jusqu’à vous,
Qui êtes par divine providence et volonté
Des esthètes morts, des mites de musée,
Mon chant est mon visage.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lisant un jour clair mes vers bien-aimés (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Antonio Machado

Lisant un jour clair
mes vers bien-aimés,
j’ai vu dans le profond
miroir de mes songes

qu’une vérité divine
y tremble de frayeur,
et qu’elle est une fleur qui veut
jeter au vent son parfum.

L’âme du poète
s’oriente vers le mystère.
Seul le poète peut
regarder ce qui est loin
dans l’âme, enveloppé
d’un soleil trouble et magique.

Dans ces galeries,
sans fond, du souvenir,
où les pauvres gens
ont accroché comme un trophée

un habit de fête mité et vieux,

le poète sait
regarder l’éternel
labeur des abeilles
dorées des songes.

Poètes, l’âme attentive
au ciel profond,
dans la cruelle bataille
ou dans le jardin tranquille,

nous fabriquons le miel nouveau
avec les vieilles douleurs,
patiemment nous faisons
l’habit blanc et pur,
et sous le soleil polissons
la forte armure de guerre.

L’âme sans rêve,
le miroir ennemi,
projette notre image
avec un profil grotesque.

Nous sentons une vague
de sang, dans notre coeur,
qui passe… et, souriant,
revenons à notre labeur.

(Antonio Machado)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chaque soir (Maram al-Masri)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2017



    

    

Chaque soir
les oiseaux dorment dans leur solitude

ils regardent leur corps
comme si c’était un corps de femme
fragile
où luttent l’eau et le vent

chaque soir
les oiseaux et les ours rêvent
de mains qui les caressent

les chats s’étirent
pour lécher leur corps
sans se soucier
du regard de Dieu
qui s’étend
sur le plafond et les murs

sans se soucier du temps
sans se soucier des bavardages
ni des juges ni des prisons de l’amour
ni des mites dont les mandibules
dévorent les robes
du désir

satisfaits de leur être
dans l’insouciance de leur corps
ils jouissent
du matin

(Maram al-Masri)

 

Recueil: Par la Fontaine de ma Bouche
Traduction: Maram al-Masri – Bruno Doucey
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans l’armoire (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Dans l’armoire

J’ai toujours soupçonné que cette ville était une attrape.
Mais ce n’est qu’au midi embrumé d’un printemps précoce,
quand l’air sent l’amidon, que j’ai découvert la tromperie.
Nous habitons à l’intérieur d’une armoire, tout au fond de l’oubli,
au milieu de cannes brisées et de boîtes ficelées.
Six murs marron, des bas de nuages au-dessus de nos têtes,
et ce que nous prenions encore récemment pour une cathédrale :
une bouteille effilée de parfums éventés.
Oh, les pauvres nuits où nous prions la comète filante d’une mite.

(Zbigniew Herbert)

 

Posted in humour, méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :