Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘modeste’

Aimez (Le Tasse)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un oiseau […]

« Aimez, chanta-t-il, que pointe la rose
hors du bouton modeste et virginelle.
Moitié ouverte encore, et moitié close,
moins elle se montre, et plus elle est belle.
Puis son sein nu, déjà, l’audacieuse
déploie. Elle se fane, non plus celle
non plus celle, non, tantôt désirée
par mille amants et par mille donzelles.

Passent ainsi, lorsque trépasse un jour,
le vert, la fleur de la mortelle vie.
Elle, pour qu’avril sur ses pas retourne,
ne se renfleurit, ne se reverdit.
Cueillons la rose au matin adorable
d’aujourd’hui qui bientôt perd sa douceur.
Cueillons d’amour la rose. Aimons alors
qu’il se peut qu’on aime alors qu’on vous aime. »

Il se tut. Le choeur des oiseaux, d’accord,
comme approuvant, reprend la mélodie.
Redoublent les colombes leurs baisers.
Tout animal se conseille l’amour.
Le chêne dur et le chaste laurier
et toute la feuillue, ample famille,
l’air et la terre, il semble qu’ils inspirent
d’amour très doux les sens et les soupirs.

***

Deb mira, egli cantó, spuntar la rosa
Del verde suo modesta e verginella,
Che mezzo aperta ancora, e mezzo ascosa,
Quanto si mostra men, tanto è più bella.
Ecco poi nudo il sen già baldanzosa
Dispiega : ecco poi langue, e non par quella,
Quella non par, che desiata avanti
Fu da mille donzelle e mille amanti.

Così trapassa al trapassar d’un giorno
Della vita mortale il fiore e ‘l verde;
Nè, perchè faccia indietro april ritorno,
Si rinfiora ella mai, nè si rinverde.
Cogliam la rosa in sul mattino adorno
Di questo dì, che tosto il seren perde;
Cogliam d’amor la rosa; amiamo or quando
Esser si puote riamato amando.

Tacque; e concorde degli augelli il coro,
Quasi approvando, il canto indi ripiglia.
Raddoppian le colombe i baci loro;
Ogni animal d’amar si riconsiglia :
Par che la dura quercia, e ‘l casto alloro,
E tutta la frondosa ampia famiglia,
Par che la terra e l’aria e formi e spiri
Dolcissimi d’amor sensi e sospiri.

(Le Tasse)

 

Recueil: Les Flèches d’Armide
Traduction: Jacques Audiberti
Editions: Imprimerie Nationale
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LE LYS (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Malinowsky
    
LE LYS

La modeste rose avance une épine,
L’humble agneau une menaçante corne,
Tandis que le lis trouve son bonheur dans l’Amour ;
Ni épine ni menace ne souille son éclatante beauté.

***

THE LILLY

The modest Rose puts forth a thorn,
The humble Sheep a threat’ning horn,
While the Lilly white shall in Love delight,
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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LE LYS (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




LE LYS

La modeste rose avance une épine,
L’humble brebis, menaçante, une corne,
Tandis que le lys blanc se délecte d’amour
Sans qu’épine ou menace entache sa splendeur.

***

THE LILY

The modest rose puts forth a thorn,
The humble sheep a threatening horn,
While the lily white shall in love delight,
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.

(William Blake)

 

 

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La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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Celui (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Celui qui est modeste et content de son sort;
celui qui est juste, celui dont l’esprit est rempli de résignation et de paix;
Celui qui L’a vu et qui L’a touché, celui-là est libéré de la crainte et de l’angoisse.

Pour lui la pensée de Dieu est comme une pâte de santal répandue sur son corps.
Pour lui il n’y a aucune autre joie que cette pensée.
Une harmonie accompagne son travail et son repos ;
un rayonnement d’amour émane de lui.

Kabîr dit : «Touche les pieds de Celui qui est un, indivisible, immuable, paisible,
qui remplit de joie à pleins bords les vases terrestres et dont la forme est amour. »

(Kabîr)

Illustration

 

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LE PETIT ESCALIER DE SAINT-CLOUD (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



LE PETIT ESCALIER DE SAINT-CLOUD

C’était un petit escalier, tout petit.
Il n’avait que trois ou quatre marches,
mais ces trois ou quatre marches
en valaient bien des quarantaines d’autres
par leur beauté.
Elles étaient recouvertes de mousse,
mais surtout de monceaux de feuilles mortes tout en or.

Il était bien content, le petit escalier
et il n’en demandait pas plus pour être heureux
et de bonne humeur.
Et depuis des années, il savourait cette joie si simple et si pure
d’être recouvert de feuilles mortes et d’admirer la nature.

Car il l’admirait !
il trouvait splendide le trou fait dans le feuillage
par lequel il pouvait regarder un morceau de ciel bleu.

Il adorait sa grande sœur, la statue,
qui se reflétait dans l’eau glauque du bassin
et les beaux troncs des arbres entourés de lierre rouge.

Quand les gens venaient visiter
ce coin isolé du parc de Saint-Cloud
et que, par hasard, ils disaient :
« Ah ! le joli petit escalier,
montons ses vieilles marches de pierre »,
il ressentait une joie énorme, mais pas d’orgueil ;
aussi sa joie était-elle très pure
et lui était-il très heureux.

C’est une tout petite histoire
que celle de ce petit escalier,
mais c’est celle de tous les gens modestes
qui savent être heureux par eux-mêmes
et par la beauté du ciel qu’ils voient.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration

 

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Le rien (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Par dons modestes et mots entravés
Le cœur humain apprend
Le rien —
«Rien» est la force
Qui rend le Monde neuf —

***

By homely gifts and hindered words
The human heart is told
Of nothing —
« Nothing » is the force
That renovates the World —

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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C’était Midi (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


Girodet - Effet de Lune, Endymion (1793)

A mon modeste Foyer vint Son feu –
Et toute ma Maison embrasée
Flamba et frémit, d’une brusque clarté –
C’était l’Aurore – c’était le Ciel –

Illuminé non par un bref Eté –
Avec limite de Déclin –
C’était Midi – sans Nouvelle de Nuit –
Non, Nature, c’était le Jour –

(Emily Dickinson)

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L’HERBE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016




L’HERBE

L’herbe décide :
« Il faut s’asseoir, et par prudence
prendre racine entre deux pierres. »
Puis deux herbes corrigent :
« Il ne faut pas dormir mais croître,
écarter chaque pierre
et prendre soin de notre espace :
l’azur est un ami. »
L’herbe discute :
« Je suis modeste et me méfie des arbres ;
je ne dois pas faire comme eux
avec leur stratégie de poulpes
et leur façon de pêcher les étoiles. »
Puis deux herbes corrigent :
« Ne nous excusons pas, soyons nombreuses ;
oui, par exemple, comme les fourmis ;
un jour, tout ira mal, il y aura des morts ;
c’est nous, et rien que nous, qui les recouvrirons. »
L’herbe décide :
« Je serai neutre,
je serai verte, un peu jaunâtre, imprévisible. »
Étrangère , une autre herbe demande :
« Où est le haut ? Où est le bas ? Où sont nos ailes ?
Si nous pondions des oeufs ?
Allons-nous alerter la montagne ?
Est-ce à jamais que nous sommes des herbes ? »
Et l’herbe dit :
« J’ai trop pensé ; depuis l’aube, je pousse. »

(Alain Bosquet)

 

 

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Rien (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2016


rien

Par dons modestes et à demi-mots,
le coeur humain apprend le rien.
Rien, est la force qui rend le monde neuf.

(Emily Dickinson)

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