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Poésie

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Tu serais un arbre calme (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



    

Tu serais un arbre calme
modulant feuille à feuille des syllabes
éparses, étranger aux heures,
par un clair après-midi de juillet.

Tu serais l’étreinte de l’eau
et du vent si proche du chant,
à l’embouchure de quelque fleuve secret,
si frêle aussi à l’horizon d’une voix

Qui cherche le chemin pressenti.
Tu serais ce que tu n’as jamais dit,
jamais vu ni rêvé ni pensé.

Tantôt fouet tantôt silence,
souriant miroir où quelquefois passent,
sur fond d’enfance, des images légères.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Inspiration (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Michael Putz-Richard 
    
L’Inspiration

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie,
Torrent impétueux, brûlante frénésie,
Dans mon âme vibraient d’indicibles accords ;
Comme sous l’ouragan bat la vague marine,
Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine,
Mais ma lyre jamais n’égalait mes transports !…
Par l’inspiration je restais oppressée,
Comme la Druidesse au sommet du Dolmen ;
J’implorais, pour donner un corps à ma pensée
Ton langage éthéré, musique, écho d’Eden !

Il est des sentiments, mystérieux, intimes.
Qu’aucun mot ne peut rendre, et que toi seule exprimes ;
Ces rêves, incompris du monde où nous passons,
Ces extases d’amour, d’un cœur qui vient de naître,
Alors, j’aurais voulu, pour les foire connaître,
Moduler sous mes doigts de séraphiques sons !

J’aurais voulu, penchée à la harpe sonore,
Répandre autour de moi l’âme qui me dévore,
Dans des flots d’harmonie aux anges dérobés !
Oui, j’aurais voulu voir, quand mon âme est émue,
Tous les cœurs palpitants, d’une foule inconnue,
Sous mes accents divins demeurer absorbés !

Vains désirs ! jeune aiglon, on a coupé mes ailes,
On a ravi mon vol aux sphères éternelles,
Pour me faire marcher ici-bas en rampant !
Si la Muse, parfois, vient visiter ma route,
Mon chant meurt sans écho, personne ne l’écoute ;
Et l’hymne inachevée en larmes se répand !

(Louise Colet)

 

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La Princesse Lointaine (Jaufré Rudel)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
La Princesse Lointaine

Quand le ruisseau de la fontaine
S’éclaircit et la marjolaine
Au joyeux soleil du printemps
Et que du rossignol le chant
S’élève et module et s’affine
Sur les branches de l’aubépine,
Il faut que j’entonne le mien.

Amour de la terre lointaine
Pour vous tout mon corps est dolent,
Car ne fut plus gente chrétienne.
Heureux pour qui elle est parlant

De désir mon cœur est tiré
Vers cette dame qu’entre tous j’aime.
Pour elle ai toujours soupiré,
Mais ne veux pas que l’on me plaigne,
car de la douleur naît la joie.

Lorsque les jours sont longs en mai,
Le doux chant des oiseaux me plaît
Et quand peu à peu il s’éteint
D’un amour lointain me souvient.
Je marche alors tête baissée
Et non plus que saison glacée
Me plaît le chant d’oiseau
ou le gazouillis du ruisseau.
Je le tiendrai pour vrai Seigneur
Par qui verrai l’amour lointain,
Mais malgré l’espoir de tel heur
J’ai mal, car il est trop lointain.

Ah ! que ne suis-je pèlerin
Là-bas pour porter le bourdon
Et recevoir le meilleur don
D’être contemplé par ses yeux.
Jamais d’amour ne jouirai
Sinon de cet amour lointain,

Car femme ne connais meilleure
Ni plus gracieuse en cette heure
De nulle part, ni près ni loin.
Pour elle et pour lui rendre soin
Je consens à être captif
Là-bas au pays sarrasin.

Il dit vrai celui qui m’appelle
Le désireux d’amour lointain,
Car nulle autre joie ne révèle
que jouir de l’amour lointain,
Mes tous mes vœux sont inutiles
Et je me suis voué à ce sort
D’aimer toujours sans être aimé.

(Jaufré Rudel)

 

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L’EOLIENNE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



L’EOLIENNE

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…
A la cime de son pylône,
avec le ciel sous sa couronne,
avec le vent à ses côtés,
l’éolienne
est comme une reine
et fait ses quatre volontés.

Aux quatre coins de l’horizon
elle fait la roue en riant,
sans souci du qu’en dira-t-on.
Par tous les temps, sur tous les tons,
cette rouée, elle module,
tourne le vent en ridicule :

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…

L’éolienne, avec sa roue de rire,
sa roue d’argent qui vire vire,
de l’horizon est le point de mire :
tout l’horizon est à ses pieds
Avec des éclats de rire argentés,
du matin au soir, jamais enrouée,
notre éolienne, elle se promène
et mène le vent
par le bout du nez…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

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EN HAUTE MER (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2016



EN HAUTE MER

En haute mer
La lumière s’écoule
Lisse sur l’eau.
Plaine infinie
Que personne n’habite.

Le soleil brille énorme
Sans que personne ne forme
Des gestes dans sa lumière.

Libre et verte l’eau ondule
Charme qui ne module
Le rêve de personne

Ils sont clairs et vastes les espaces
Où le vent se balance
Et de plaisir ou de chagrin jamais personne
N’y ouvrit ses bras.

***

NO ALTO MAR

No alto mar
A luz escorre
Lisa sobre a água.
Planicie infinita
Que ninguém habita

O Sol brilha enorme
Sem que ninguém forme
Gestos na sua luz

Livre e verde a água ondula
Graça que não modula
O sonho de ninguém.

São claros e vastos os espaços
Onde baloiça o vento
E ninguém nunca de delicia ou de tormento
Abriu neles os seus braços.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Le grillon (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2015


grillon

 

Le grillon
quant à lui,
dans de la cendre tiède
module sa cantate,
il porte en elle
les yeux du paysage.

(Jean Aron)

Illustration

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Automne (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2015



Automne

La route bifurque
Vers les collines
Les branches se dénudent
par ricochets

L’oiseau hésite
L’insecte fuit
Le bois fredonne
à notre toucher

Le soleil module
ses dernières gammes
La mort capiteuse des feuilles
Frissonne au pied des forêts

(Andrée Chedid)


Illustration

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