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Poésie

Posts Tagged ‘moeurs’

A NAGEOIRES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Teofil Kwiatkowski
    
A NAGEOIRES

La Sirène est une bête, blonde en général
Qui se choisit un coin dans une mer fréquentée
Et s’étend sur un gros caillou
En guettant les hardis navigateurs
Pour des motifs extra-nautiques.

La Sirène gueule comme un putois
Tout d’abord, pour attirer les hommes
Mais en réalité, afin d’également prouver
Qu’elle n’est pas un vrai poisson.

Malgré ce complexe d’infériorité
Elle n’hésite jamais à faire des avances aux gros capitaines poilus
Mais la Sirène n’a pas de veine
Car depuis Monsieur Dufrenne
On sait que les marins ont (parfois) de mauvaises moeurs.

(Boris Vian)

 

Recueil: Cantilènes en gelée
Traduction:
Editions: Le Livre de poche

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LES PARFUMS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LES PARFUMS

Je me parfumerai toute la peau pour attirer les amants.
Sur mes belles jambes, dans un bassin d’argent,
je verserai du nard de Tarsos et du métôpion d’Aigypte.

Sous mes bras, de la menthe crépue ; sur mes cils et sur mes yeux, de la marjolaine de Kôs.
Esclave, défais ma chevelure et emplis-la de fumée d’encens.

Voici l’oïnanthê des montagnes de Kypre ; je la ferai couler entre mes seins ;
la liqueur de rose qui vient de Phasêlis embaumera ma nuque et mes joues.

Et maintenant, répands sur mes reins la bakkaris irrésistible.
Il vaut mieux, pour une courtisane, connaître les parfums de Lydie
que les moeurs du Péloponnèse.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Deux gouttes dans un peu d’eau (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Deux gouttes dans un peu d’eau
au-dessus d’un réchaud
expriment un parfum de nature

Achetez mes huiles essentielles
vibrant dans le ciel
des idées pures

Le citron a la grâce d’un voleur
Le musc est un pacha
Le jasmin adoucit les moeurs
et il y a aussi l’herbe à chats

Le cactus surprend les belles
L’oranger apporte la paix
L’ambre est sensuel
et tranche comme l’épée

Ce sont les parfums de jadis
pommes vertes du paradis
qui ouvrent vos grands yeux fendus
aux anciens savoirs perdus

Deux gouttes dans un peu d’eau
feront frémir vos peaux
sous l’étreinte de la Nature

Achetez mes huiles essentielles
vibrant dans le ciel
des idées pures

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA PERDRIX ET LES COQS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LA PERDRIX ET LES COQS

Parmi de certains Coqs incivils, peu galants,
Toujours en noise et turbulents,
Une Perdrix était nourrie.
Son sexe et l’hospitalité,
De la part de ces Coqs peuple à l’amour porté
Lui faisaient espérer beaucoup d’honnêteté :
Ils feraient les honneurs de la ménagerie.
Ce peuple cependant, fort souvent en furie,
Pour la Dame étrangère ayant peu de respect,
Lui donnait fort souvent d’horribles coups de bec.
D’abord elle en fut affligée ;
Mais sitôt qu’elle eut vu cette troupe enragée
S’entre-battre elle-même, et se percer les flancs,
Elle se consola : « Ce sont leurs moeurs, dit-elle,
Ne les accusons point ; plaignons plutôt ces gens.
Jupiter sur un seul modèle
N’a pas formé tous les esprits :
Il est des naturels de Coqs et de Perdrix.
S’il dépendait de moi, je passerais ma vie
En plus honnête compagnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autrement.
Il nous prend avec des tonnelles,
Nous loge avec des Coqs, et nous coupe les ailes :
C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Montre-moi ce que j’ai longtemps désiré (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2015



Je marchais avec toi et une autre femme
Dans le bois d’un parc, l’herbe murmurante
Mêlait ses doigts à notre silence complice
Et les arbres s’ouvrirent soudain sur une clairière
Où nous assîmes à l’ombre.
La candeur de la lumière, je pense, nous a troublés.
Nous avons parlé du désir et de la jalousie,
Notre conversation, une large robe unique
Ou une nappe blanche étalée pour le repas
Comme un traité de moeurs dans la nature sauvage.
« Montre-moi », ai-je dit à notre compagne, « ce
Ce que j’ai longtemps désiré, l’étoile mauve de ton sein. »
Et elle consentit. Ô ni ma prudence, ni même ces vers,
Mon amour, ne pourront guérir ton regard blessé.

(Seamus Heaney)

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