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Poésie

Posts Tagged ‘mois’

Tu conjugues la veille à l’éternelle absence (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Illustration: Francine Van Hove
    
Tu conjugues la veille
à l’éternelle absence,
conjonction des figures et des pauses,
ce qui tombe et se relève avec le soir.

Des oiseaux bleus quelquefois
traversent ton regard. Tu retournes
à la table peinte, à tes plumes,
tes ciseaux, tes phrases, tes silences.

Tant de choses inexplicables passent
par le détail des mois et des années.
Tu reviens de partout

Si pâle du sommeil refusé,
cherchant le lieu et la limite
ou la coïncidence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

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CHANSON DE L’AMANT QUI REVIENT SEUL (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
CHANSON DE L’AMANT QUI REVIENT SEUL

Six mois peut-être
Depuis le jour
Qui vit paraître
Ce double amour.

Plus sur la mousse
Des longs chemins
Ne vient la douce
M’offrant ses mains.

Le brouillard monte
Dans ce bosquet
Qui la vit prompte
Au jeu coquet.

Plus de caresses,
Fronts défrisés;
Plus de tendresses,
Coeurs dégrisés.

Près de la stèle
Vain rendez-vous
De l’infidèle
Et du jaloux!

Sous la ramée,
Bois vermoulus,
La Bien-Aimée
Ne viendra plus.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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AUJOURD’HUI COMBIEN D’HEURES TOMBENT (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




Aujourd’hui combien d’heures tombent, tombent
dans le puits, dans la nasse, dans le temps :
elles sont lentes mais ne prennent de repos,
elles tombent, se rassemblant
au début comme des poissons,
puis comme des pierres lancées ou des bouteilles.
En bas, les heures
avec les jours s’entendent,
avec les mois,
avec les souvenirs fumeux,
avec des nuits désertes,
des femmes, des habits, des trains et des provinces,
le temps
s’accumule, et chaque heure
se dissout en silence,
s’effrite et choit
dans l’acide aux vestiges,
dans les eaux noires
dans la nuit sens dessus dessous.

(Pablo Neruda)

Illustration: Salvador Dali

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Quand vous êtes très loin de moi (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Boleslas Biegas

Quand vous êtes très loin de moi mon mal
qui dure déjà depuis tant de mois
me domine à son bon vouloir et non selon la volonté
de notre dure réalité.

Dure réalité qui réclame seulement ma mort.
Mais moi je ne meurs pas, comme qui pris de nausée
refuse de vomir. On a toujours tort
de ne pas céder : malgré cela Seigneur

comme tout le monde moi je vous rends raison.
Ainsi vaut-il mieux que vous soyez au loin.
Au lieu de mourir, j’écris sur vous.

Pour cela, me restera vierge votre manière
de jouer à être un homme,
seule source de joie de mon passage au monde.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Boleslas Biega

 

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Juillet, mois féminin (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration
    
Juillet, mois féminin,
aux jupes légères que soulève le vent,
par jeu,
sans penser à mal.
Jupes d’herbes, ourlées de molènes,
toiles de céréales,
soieries nuptiales.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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Quel droit (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Et comment s’appelle ce mois
sis entre décembre et janvier ?

Quel droit a fait numéroter
les douze raisins de la grappe ?

Pourquoi ne nous a-t-on donné
de longs mois qui durent l’année ?

Le printemps ne t’a-t-il trompé
par des baisers qui n’ont fleuri ?

(Pablo Neruda)

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Les Mois ont une fin (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Les Mois ont une fin — les Ans — un noeud —
Que nul Pouvoir ne peut défaire
Pour étirer encore un peu
L’Écheveau du Malheur —

La Terre remet ces vies fatiguées
Dans ses Tiroirs mystérieux?
Trop tendrement, pour que l’on doute
D’un ultime Repos –

À la façon des Enfants –
Lassés de la Journée –
Eux-mêmes – Jouets turbulents
Qu’ils ne peuvent ranger –

***

The Months have ends — the Years — a knot —
No Power can untie
To stretch a little further
A Skein of Misery —

The Earth lays back these tired lives
In her mysterious Drawers –
Too tenderly, that any doubt
An ultimate Repose –

The manner of the Children –
Who weary of the Day –
Themself – the noisy Plaything
They cannot put away –

(Emily Dickinson)

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MANÈGE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Graziella Sarno coeur_d_arlequin-

MANÈGE

Elles sont passées une à une
comme sur les chevaux de bois
brunes aux regards de chamois
blondes aux longs cheveux de lune

Elles sont passées une une
mes colombelles d’autrefois
lorsque je suivais leurs convois
au temps de mes bonnes fortunes

Elles sont passées une une
des semaines ou bien des mois
j’allais pour elles chaque fois
leur décrocher un bout de lune

Dormeuses sous mes baldaquins
bonjour bonsoir et sans rancune
elles sont passées une à une
quand j’avais le coeur arlequin

(Louis Calaferte)

 Illustration: Graziella Sarno

 

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Loin de Vera Cruz (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Loin de Vera Cruz

1
Nous sommes au mois
D’aller dans les bois
Dénicher l’oiseau
Et cueillir la fleur
Qui porte bonheur
Mais déjà l’oiseau
Emporte la fleur
Dans sa demeure
A Vera Cruz.

Refrain
Fleurs de papier
Amours envolés
Refleurissez-vous
À Vera Cruz?

2
Bel oiseau bleu
Chanteur fabuleux
Nous te rejoindrons,
Vole à tire-d’aile
A travers le ciel
Au-dessus des monts,
La lune de miel
Brille fidèle
Sur Vera Cruz.

3
Pour moi l’amour
Fleurit chaque jour
Je prends le bonheur
Quand il s’épanouit
Soleil de minuit
Horloge du coeur
Je n’ cherch’ pas midi
A quatorze heures
Loin d’ Vera Cruz!
J’aime à toute heure
Loin d’ Vera Cruz
Yes!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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