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Poésie

Posts Tagged ‘moisissure’

La voix du miroir (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
La voix du miroir

Ainsi passe la vie, comme un bizarre mirage.
La rose azur qui enfante et donne le jour au chardon!
À côté du dogme du fardeau
fatal, le sophisme du Bien et de la Raison!

On a saisi, au hasard, ce que la main a frôlé;
les parfums se sont envolés, et parmi eux on a senti
la moisissure qui à mi-chemin a poussé
sur le pommier sec de la morte Illusion.

Ainsi passe la vie,
avec les cantiques trompeurs d’une bacchante fanée.
J’avance tout effaré, en avant… en avant,
faisant gronder ma marche funèbre.

Avancent au pied de brahmaniques éléphants royaux,
au son du sordide bourdonnement d’une ardeur mercurielle,
des amants qui lèvent leurs coupes sculptées dans la roche,
et des crépuscules oubliés, une croix sur la bouche.

Ainsi passe la vie, vaste orchestre de Sphinx
qui jettent dans le Vide leur marche funèbre.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Les gouttes d’eau sont bien des mondes (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Les gouttes d’eau sont bien des mondes;
Elles ont leurs monstres flottants.
Qui connaît leurs aurores blondes?
Qui sait leurs combats de géants
Et les splendeurs que la nature
Prodigue dans la moisissure,
Qui leur forme des continents ?

Grondez, grondez, flots monotones!
Passez, passez, heures et jours!
Frappez vos ailes, noirs cyclones;
Ô vents des mers! soufflez toujours;
Emportez, houles monotones!
Hivers glacés, pâles automnes,
Et nos haines et nos amours.

(Louise Michel)


Illustration: Corrie White

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Dans le fruit, le ver (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    

Dans le fruit, le ver

depuis toujours, et cette odeur de pourriture
à laquelle nous tenons si fort :
la moisissure et les oeufs centenaires,
l’amour et la venaison des corps.

Mais le pied parfumé du dieu
qu’on lave de son vivant. Le pied nu
de la femme qu’on caresse en s’endormant.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Filles de la mémoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô mon terroir abandonné, (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Ô mon terroir abandonné,
Ô mon pays désert.
Le foin n’est pas coupé,
bois et monastère.

Les isbas sont de guingois,
il n’en reste plus que trois
et les faisceaux de l’aube
font mousser les toits.

Sous le couvert du chaume,
des rognures de chevrons ;
le vent asperge de soleil
une moisissure bleuâtre.

Aux fenêtres, les corbeaux
tambourinent de leurs ailes,
le merisier, comme le blizzard,
fait signe de la manche.

Ton vécu, ta vie dans la brande
n’est-elle déjà que légende ?
Que chuchote l’herbe folle
quand vient le soir, au passant ?

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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METAMORPHOSES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Illustration: Julia Chausson 
    
METAMORPHOSES

Dans cette nuit noire
que nous fait l’Histoire
j’avance à tâtons
toujours étonné
toujours médusé :

je prends mon chapeau
c’est un artichaut

j’embrasse ma femme
c’est un oreiller

je caresse un chat
c’est un arrosoir

j’ouvre la fenêtre
pour humer l’air pur
c’est un vieux placard
plein de moisissures
je prends un crapaud
pour un encrier
la bouche d’égout

pour la boîte aux lettres
le sifflet du train
pour une hirondelle
le bruit d’un moteur
pour mon propre coeur
un cri pour un rire
la nuit pour le jour
la mort pour la vie
les autres pour moi.

(Jean Tardieu)

 

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Pour laver la moisissure des promesses non tenues (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



 

Ernest Pignon-Ernest  chômage

Pour laver la moisissure des promesses non tenues
La main glisse sur le mur
Trace dans l’humidité verdâtre
Le chemin de l’oubli.

(Tahar Ben Jelloun)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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DES MOTS AMOUR (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017




    
DES MOTS AMOUR

Erreur

Charger les mots de dire l’amour
Tant ils sont boiteux étroits
Pris dans la moisissure de l’habitude
Usés dans la pâleur masquée

L’amour est ou n’est pas

Pas besoin de béquilles
Ni d’échelle pour monter au ciel
Une lumière aveuglante
Dans le sillage du silence élu
Une page blanche où le poème s’imprime
Amour sans annonce
Pudique comme un crime
Évident comme une nuit encombrée d’étoiles
Une belle nuit sans sommeil
Où nous sommes ce que nous sommes
Fragiles et abîmés
Espérant espérés
Vivants

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Blues (Denis Hamel)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

Danny Quirk QuirkPainting151 [1280x768]

Blues

La chair et le rêve marchent sur un même chemin
ce sont de vieux amis

en-dessous de la chair il y a le squelette
en-dessous du rêve il y a

une rivière de sang

dehors l’horrible soleil éclate de rire

quelques gouttes de parfum tombent dans la poussière

les femmes nues dans les magazines
appartiennent à une cité idéale

oh, moisissure du moi

je voudrais me coucher et ne plus jamais écrire

je voudrais

ne plus jamais être amoureux

(Denis Hamel)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Danny Quirk

 

 

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LES RUES (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



LES RUES

Les rues m’habillent de lumière

J’aime le nom des sources
Et la couleur du ciel
J’aime le clair-obscur
Des ailes et des feuilles
J’aime la nuit marquée de signes
Mais pour des milliers de fleurs rouges
Et pour un roi criant plus haut que sa légende
Je lacère le ciel
Où j’ai choisi d’exalter mon enfance

Autrefois
Quand les hiboux rêvaient de varech
Je glissais mes mains sous la terre
Et j’étais en voyage
Je dénudais les sommets des collines
Le vert s’arrache aux feuilles
Comme un gant
Je transformais la pluie en étoiles d’argent
Je prenais le Sud avec moi
J’étais Seigneur et Valet du printemps
Je buvais aux sources du jour
Avec les agneaux et les tigres
Et les premières fleurs éclataient dans mes veines

Puis ce fut le temps de fer
Où nous goûtions la chair des mots
Tous mes amis
En souvenir des terres odorantes
Retenus au creux des saisons
Tous mes amis posaient leurs mains à plat
Sur le soleil
Et nous chantions face aux prisons
Face aux statues rouillées dressées contre nos murs
Et nous chantions sans modestie
Le chant guerrier de nos vingt ans
Ce fut le temps du pain de moisissure
Où nous parlions d’amour aux quatre vents

Tu as traversé la plaine
Mêlé ton rêve à mon orgueil
Je t’ai donné le nom d’une ville inconnue
Petite
Avec des toits couverts de lierre
Des déesses rouges dansant sur la paille
Et des lucarnes sur la neige
Les pavés et les roses
Te guidaient vers l’aurore
Je t’ai suivie
Comme un insecte son chemin
Comme un enfant suit la lumière
Pour la prière
Et pour l’amour
Nous avons uni nos mains d’ombre
Nos mains de terre
Au long des rues je m’en souviens

Tes lèvres prolongeaient mon enfance
De toute la nuit tiède des chansons.

Personne au monde ne croyait plus à la guerre

Les peupliers ne chantent plus si clair
Aux fontaines taries
Mais j’ai gardé confiance
Dans le grand soleil simple
Qui pèse de tout son poids de moisson droite
Au coeur des hommes
Je laisse derrière moi
Des traces de fougère
Mes mains crispées au sol
Pendant qu’à chaque fenêtre
La couleur des carreaux me montre les chemins d’eau
De la mort

(Serge Brindeau)

Illustration

 

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