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Posts Tagged ‘moissonner’

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine,
Je salue le déclin de cet été superbe,
La faucille en sifflant comme un serpent
Tranche l’épi serré contre un autre épi.
Les belles filles moissonnent, et leurs jupes
Volent au vent comme des drapeaux de fête.
Il faudrait maintenant un bruit de sonnailles,
Un long regard sous des cils pleins de poussière.
Je n’attends ni caresses, ni mots doux.
Je pressens des ténèbres sans retour.
Mais viens revoir ce paradis : ensemble,
Nous y étions heureux et innocents.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Oui ! c’était une fête (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



 

Armand Point  légende dorée via french-painters.blogspot.com [1280x768]

Oui ! c’était une fête, une heure parfumée ;
On moissonnait nos fleurs, on les jetait dans l’air ;
Albertine riait sous la pluie embaumée ;
Elle vivait encor ; j’étais encore aimée !
C’est un parfum de rose… il n’atteint pas l’hiver.

Du moins, n’irai-je plus dans l’enclos de ma mère ?
N’irai-je plus m’asseoir sur les tombes en fleurs ?
D’où vient que des beaux ans la mémoire est amère ?
D’où vient qu’on aime tant une joie éphémère?
D’où vient que d’en parler ma voix se fond en pleurs ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Armand Point

 

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Saisir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Saisir

Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les noeuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.

(Andrée Chedid)

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La croix (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    

La croix

Ne régnait là que le simple, le jaune
et le vert ; une paix de soleil
que les plantes prodiguaient en poussant
vers la lumière comme si jamais
ne devait ternir cet or de la terre.
Des couleurs pour des saisons sans nom
qui régissaient le coeur de l’homme
— à n’en pas finir — une langue
en somme de régularité
un projet d’immédiateté
de perfection et de durée,
un territoire ordonné pour la joie.
Et puis ce fut la brisure d’une croix
une blessure, humble, qui moissonnait
le temps soudain, et qui l’arrêta.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le dieu de l’amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018


eros

le chemin la maison m’aiment
et m’aime dans la maison une jarre rouge
qui est aimée aussi de l’eau

et m’aiment le voisin
le champ l’air de battage le feu

et m’aiment les bras qui s’activent
joyeux et placides
et m’aiment les éclats arrachés
au poitrail exténué de mon frère
qui se cachent dans les épis moissonnés
comme s’ils étaient des rubis plus rouges
que le rouge du sang

le dieu de l’amour est né en même temps que moi
que sera donc l’amour lorsque je serai mort?

(Adonis)

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Aimée (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




Illustration: Josephine Wall
    
aimée

moissonne la coulée en toi

aimée d’un plus-que-souffle
la veine bat sur l’aurore

c’est toi-même à fleur de soi

à l’envers dans le temps
à l’envers dans le blanc

aimée d’un toujours-ciel

disparue sitôt surgie
disparue

ouvre le visage
qui meurt de vie
qui meurt de nuit

stations du lointain souffert
tes mains s’offrent

pour trouver
les pierres de monde

aimée
projette l’ombre
du paradis

où finit le ciel
c’est ta prière qui voit
c’est ton bleu
qui se noie

aimée
tu pleus toute parole
en gouttes de nuit

quelque chose
on ne sait où
sans répit sans repos
dans la pulpe du je t’aime

aimée de pur désert noir
ta nuit vient
plus vive que neige

meurs l’oubli
tiens la foudre
en haleine

laisse le temps
s’effondrer
dans ta blessure

aimée
moissonne le monde en nous

éveille les noms
qui s’agrippent aux étoiles
au feu qui forge la joie

l’ébloui n’est pas oubli
la chute tremble de vie

enroulée
dans la signature du vide
en attente pure

nul fond nulle fin
quand saigne la présence

(Zéno Bianu)

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Bien que déjà ce soir (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Albert Ritzberger
    
Bien que déjà ce soir

Bien que déjà, ce soir
L’automne
Laisse aux sentes et aux orées,
Comme des mains dorées,
Lentes, les feuilles choir,
Bien que déjà l’automne,
Ce soir, avec ses bras de vent,
Moissonne,
Sur les rosiers fervents
Les pétales et leur pâleur,
Ne laissons rien de nos deux âmes
Tomber soudain avec ces fleurs.

Mais tous les deux, autour des flammes
De l’âtre en or de souvenir,
Mais tous les deux, blottissons-nous,
Les mains au feu et les genoux.

Contre les deuils cachés dans l’avenir,
Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,
Contre notre terreur, contre nous-mêmes enfin,
Blottissons-nous, près du foyer,
Que la mémoire en nous fait flamboyer.

Et si l’automne obère
A grands pans d’ombre et d’orages planants,
Les bois, les pelouses et les étangs,
Que sa douleur du moins n’altère
L’intérieur jardin tranquillisé,
Où s’unissent, dans la lumière,
Les pas égaux de nos pensées

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Vertige (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Andrei Protsouk
    
Vertige

Dévorant son minois de lait et de flocons
Duveteux. Je conjugue ainsi son corps ! Délices !
Alouvi ! Butinant comme les papillons…
Un vif effet volcan confina mes blandices.

Secret d’une Égérie, une fugue ! L’éveil
D’une mort de l’égo, et triomphe une étoile
Vêtue de chair sucrée, une ouate ce réveil !
Fascinant ce cocon ! Une soie se dévoile.

Un vertige puissant ! Ô reine des jasmins !
Je cueille ton amour aux essences avides,
Une dolce Vita aux rubans très coquins
Moissonne mes égards, l’extase se transvide.

(James Denis)

 

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Aux immortels couchants ! (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Guy Baron
    
Aux immortels couchants !

Le vent a moissonné les gestes gracieux
De notre amour sincère, une feuille d’aurore
Aux immortels couchants ! Remous capricieux !
J’ai entendu ton encre ou j’ose à peine éclore.

L’allure débraillée en matin de printemps,
Je darderai l’étoile éclose de ton rêve,
Je t’offrirai l’éclair de mon âme, le temps
D’une éphémère vie, un dévoué sans trêve.

Ambitieux d’espoir à l’abri des lotus
Sacrés, et sur le lac immortel, l’espérance
Est des schèmes émus, des songes court-vêtus
Un sanctuaire en fils brodés de patience.

Un calicot fleurit d’or pour te contempler !
J’ai rêvé ton soleil ou dansent tes lumières,
Et j’ai carillonné la noirceur pour pleurer !
Sur ta peau j’ai glissé sur tes épistolières.

Et ta fontaine arrose ainsi tes mots d’amour
Que l’océan des nuits profondes et magiques
A dessiné l’éclat des violons du jour
Ou le silence implore ainsi nos sens cloniques !

L’écho de mes douceurs s’évanouira au ciel
Comme un cristal limpide, un tableau poétique
Illuminé d’aisance, un amour essentiel
Pour tracer le portrait de notre été lyrique.

(James Denis)

 

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J’AI MOISSONNE TOUT L’OR … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




J’AI MOISSONNE TOUT L’OR …

J’ai moissonné tout l’or du Printemps et je viens,
N’en ayant dans les mains point d’autre, vers ton âme ;
Je ne suis qu’un poète et tu n’es qu’une femme ;
J’ouvre les mains ; cet or, vois-tu, c’est tout mon bien…

Mais si je te le donne, il ne me reste rien ;
Tu m’as pris ces genêts en flammes et la flamme
De mon amour, je suis dénué…je réclame
Ton sourire et ton coeur battant auprès du mien.

Tu consens ; – j’ai posé mes lèvres sur tes lèvres ;
Comme le mois de Mai tes lèvres sont en fièvre ;
Tes yeux comme un profond azur sont palpitants ;

Tes cheveux sentent bon comme un buisson de roses ;
Ah ! te donner ces fleurs fut une absurde chose !…
N’ai-je pas apporté le Printemps au Printemps ?…

(Emile Ripert)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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