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J’AI MOISSONNE TOUT L’OR … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




J’AI MOISSONNE TOUT L’OR …

J’ai moissonné tout l’or du Printemps et je viens,
N’en ayant dans les mains point d’autre, vers ton âme ;
Je ne suis qu’un poète et tu n’es qu’une femme ;
J’ouvre les mains ; cet or, vois-tu, c’est tout mon bien…

Mais si je te le donne, il ne me reste rien ;
Tu m’as pris ces genêts en flammes et la flamme
De mon amour, je suis dénué…je réclame
Ton sourire et ton coeur battant auprès du mien.

Tu consens ; – j’ai posé mes lèvres sur tes lèvres ;
Comme le mois de Mai tes lèvres sont en fièvre ;
Tes yeux comme un profond azur sont palpitants ;

Tes cheveux sentent bon comme un buisson de roses ;
Ah ! te donner ces fleurs fut une absurde chose !…
N’ai-je pas apporté le Printemps au Printemps ?…

(Emile Ripert)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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L’amour ressemble un champ (Marguerite de France)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



    
L’amour ressemble un champ, le laboureur l’amant;
L’un et l’autre présume, à la fin de l’année,
Selon qu’elle sera mauvaise ou fortunée,
Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

La paille est la douceur d’un vain contentement,
Mais le vent la dérobe aussitôt qu’elle est née;
Le chardon la rigueur d’une Dame obstinée;
Et la grâce est le grain qu’on recueille en l’aimant.

L’amant ne peut gagner, pour service qu’il fasse,
Un point d’honneur plus haut qu’être en la bonne grâce
D’une Dame accomplie, objet de sa langueur.

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance
S’éloigne du devoir d’honnête récompense.
Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

(Marguerite de France)

 

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LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE

L’invention des Arts étant un droit d’aînesse,
Nous devons l’Apologue à l’ancienne Grèce.
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.
La feinte est un pays plein de terres désertes.
Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes.
Je t’en veux dire un trait assez bien inventé ;
Autrefois à Racan Malherbe l’a conté.
Ces deux rivaux d’Horace, héritiers de sa Lyre,
Disciples d’Apollon, nos Maîtres, pour mieux dire,
Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins
(Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins),
Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous ses degrés avez déjà passé,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,
A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j’y pense.
Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance.
Dois-je dans la Province établir mon séjour,
Prendre emploi dans l’Armée, ou bien charge à la Cour ?
Tout au monde est mêlé d’amertume et de charmes.
La guerre a ses douceurs, l’Hymen a ses alarmes.
Si je suivais mon goût, je saurais où buter ;
Mais j’ai les miens, la cour, le peuple à contenter.
Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde !
Ecoutez ce récit avant que je réponde.

J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,
L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur Ane, un certain jour de foire.
Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.
Le premier qui les vit de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L’Ane, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
Se plaint en son patois. Le Meunier n’en a cure.
Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure
Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
– Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,
Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand’honte
Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un Evêque assis,
Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage.
– Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser. L’un dit : Ces gens sont fous,
Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
– Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Essayons toutefois, si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.
L’Ane, se prélassant, marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane.
Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets ! Le Meunier repartit :
Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en Province ;
Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Heureux les semeurs (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Paul Hannaux
    
Heureux les semeurs

Heureux les semeurs qui ne moissonnent pas
car ils erreront au loin.

Heureux les prodigues dont la jeunesse splendide
accrut la lumière des jours et leur largesse
et qui abandonnèrent leurs parures à la croisée des chemins.
Heureux les orgueilleux dont la fierté franchit les limites de l’âme
et devient humble comme la blancheur
après que l’arc-en-ciel s’est levé dans la nuée.

Heureux ceux qui savent que leur coeur clamera dans le désert
et que sur leurs lèvres fleurira le silence.

Ils seront recueillis dans le coeur du monde
ils seront enveloppés du manteau de l’oubli
et leur lot immuable refusera toute parole.

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Moissonner les rivages (Jack Keguenne)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



moissonner les rivages
les temples et les regards
colporter le fugace et le précaire
demeurer même mal
dans l’énigme de la clarté

(Jack Keguenne)

Découvert chez Lara ici

Illustration: André Derain

 

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C’est l’hiver (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



C’est l’hiver, les mains supportent à peine leurs doigts,
quatre syllabes de neige,
c’est le nom que m’apporte le vent.

Sur le désert du mur, sur le désert abrupt et blanc,
la trace d’une larme
ou quelque chose de semblable,
infime, effacé.

La main écrit sur la terre :
il n’y a pas d’autre lieu pour mourir,
la lumière
moissonnée fleur après fleur.

(Eugénio de Andrade)

Illustration

 

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MES FRÈRES… (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



 

MES FRÈRES…

Mes frères
Il faut pouvoir atteler nos poèmes
à la charrue du boeuf maigre
Il faut qu’ils s’enfoncent jusqu’aux genoux
Dans la vase des rizières
Il faut qu’ils posent toutes les questions
Il faut qu’ils moissonnent toutes les lumières
Il faut que nos poèmes telles des bornes kilométriques jalonnent les routes
Il faut qu’ils soient le signal avant-coureur de l’approche de l’adversaire
Il faut qu’ils battent le tam-tam dans la jungle
Et tant que sur la terre un seul pays ou même un seul homme est esclave
Et tant qu’il reste au ciel ne serait-ce qu’un seul nuage atomique
Il faut qu’ils donnent tous leurs biens, nos poèmes corps et âme à la grande liberté.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Marc Legris

 

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Ô l’espérance assassinée ! (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



Le sable se donne à la mer qui se donne
au ciel. Y respire l’immense image
d’une clarté de corps. Et se moissonnent
entre lèvres muettes et transparences
dans les regards luisants de la semence
une attente, une veille, un message
la croyance en l’absence habitée

Un coup de feu frappe la tempe
qu’effleurait un oiseau rassuré
Et gicle le sang du gibier
rouges le sable et le silence

Ô l’espérance assassinée !

(Robert Mallet)

Illustration: Albrecht Dürer

 

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JE PARLE DROIT… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



JE PARLE DROIT…

Je parle droit, je parle net, je suis un homme,
Je soupèse l’oiseau, le sein, le mot qui bouge,
Je fais ce que je peux de mon corps qui s’étonne,
Je fais ce que je veux du monde que j’épouse.

J’ouvre l’oeil : un chemin jaillit de ma paupière,
Fait le tour de la foule et l’engrange en mon coeur ;
J’ouvre l’oreille : un flot me jette au bout des mers
Avec ma femme et mon bonheur

Et si je tends la main, dans l’aube soupçonneuse,
Vers celui que je fus, qui mourait chaque soir,
C’est celui que je suis qui me parle d’espoir
Et ferme à mon côté la blessure d’enfance.

Je dis : « un arbre » et l’arbre monte dans la vie,
Tout frémissant de certitude
Avec sa cargaison d’étoiles et de nids,

Je dis : « Courage » et l’homme enjambe sa statue,

Je dis « Amour » et les fleurs poussent dans la rue,
Je dis « Malheur » et tous se sentent responsables,
« Liberté », ce ruisseau fait craquer son corsage
Et met du rouge aux joues des prairies affamées.

Je parle droit, je fais flamber les huches sombres
Ou le pain moisit sous les hardes.
Je parle net, je mets en pièces les grabats,
Le bordereau plié dans le tiroir des maîtres,
Les écluses du coeur que manoeuvre la Banque,
Je broie la dragée haute et les bonnes raisons,
Celles qui jamais ne nous manquent.

Je suis un homme et j’ai souffert
De la nuit, du hasard et de la solitude ;
Je suis un homme et j’ai vécu
D’avoir aimé le jour, l’ordre, la multitude

Je suis un homme et j’ai rêvé
De moissons de cristal, de cloches sous la mer,
De vaisseaux enfouis dans la houille du coeur,
De repos parfumés sur les grèves du ciel ;

Je suis un homme et j’ai choisi
De moissonner l’aurore et ses bleuets lucides
Sur les carreaux souillés des maisons endormies
Et ses coquelicots qui sont des cris d’usine,
Et de marcher sans trêve à l’amble de mon sang,
A la bouche les mots qui nomment, qui rassemblent,
Et près de moi les hommes inventaient cet amble
Pour eux, pour moi, pour tous et nous allions ensemble
Et devant nous les choses faisaient chien-couchant.

Je parle droit, je parle net, je suis un homme,
Les mains actives, l’oeil peuplé,
Et j’appartiens à tous les hommes
Pour avoir su leur ressembler.

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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APRÈS-MIDI (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



neige feu a0e [800x600]

APRÈS-MIDI

Mes yeux ont pris mon âme au piège,
Mon Dieu, laissez tomber, mon Dieu,
Un peu de feuilles sur la neige,
Un peu de neige sur le feu !

J’ai du soleil sur l’oreiller,
Toujours les mêmes heures sonnent;
Et mes regards vont s’effeuiller
Sur des mourantes qui moissonnent…

Mes mains cueillent de l’herbe sèche,
Et mes yeux ternis de sommeil
Sont des malades sans eau fraîche,
Et des fleurs de cave au soleil.

J’attends de l’eau sur le gazon
Et sur mes songes immobiles,
Et mes regards à l’horizon
Suivent des agneaux dans les villes.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration

 

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