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Je ne suis pas le portier (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Mihai Criste   (27)

Je ne suis pas le portier,
je ne suis que le destin
et partout je vais, je viens
sans jamais me retrouver.
Quand je viens je tends la main ;
je pars ? J’agite un foulard.
Je ne suis pas le portier.
je suis l’homme du hasard.
Désert est le boulevard,
il est tard, il faut rentrer.
Tout ce qu’on dit est rêvé :
je ne suis pas le portier.
On est toujours d’un exil,
le plus grand est de soi-même,
porte ouverte sur le vif
voilà le mort qui s’amène,
et retrouve sa moitié.
Je ne suis pas le portier.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Mihai Criste

 

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L’offense que tu m’as faite en rêve (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Kristoffer Zetterstrand whiteCloud

L’offense que tu m’as faite
en rêve, me fait toujours de l’ombre
— comme un nuage immobile —
dans le jour, sans fin.

Ah ! Quelle triste
insistance ; quelle bataille
immense, suffocante, inextinguible,
en je ne sais quoi de moi ! On dirait
que lutte mon secret, en mon inconscience,
avec ton mystère ;
qu’une moitié de moi, enterrée, lutte
avec cette moitié de toi qui voles !

***

La ofensa que me has hecho
en el sueño, me sigue echando sombra
—como una nube estacionada—
en el día, sin fin.

¡Ay, qué insistencia
tan triste; qué batalla
inmensa, sofocante, inestinguible,
en no sé qué de mí! Parece
que mi secreto lucha, en mi inconsciencia,
con tu misterio;
lque medio yo, enterrado, lucha
con media tú que vuelas!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Presque toutes les choses resteront à dire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Presque toutes les choses
resteront à dire.
C’est trop que de recommencer du début
ce qu’il faut dire.

Seule notre parole
nous donne une réalité.
Les paroles des autres
tantôt nous affirment la bouche
et tantôt nous déplacent
ce qu’il faut dire.

Et ainsi arriverons-nous à la fin,
réels à moitié,
entravés également
par ce qu’il ne faut pas dire.

Nous poursuivrons la quête
de la clé introuvable.
Et quelquefois nous éprouverons
une fleur verbale dans le vide,
une fleur non complètement étrangère
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

***

Quedarán por decir
casi todas las cosas.
Es demasiado empezar otra vez desde el comienzo
lo que hay que decir.

Sólo nuestra palabra
nos vuelve realidad.
Las palabras ajenas
a veces nos afirman la boca
y otras veces nos desplazan
lo que hay que decir.

Y así llegaremos al final,
reales a medias,
coartados también
por lo que no hay que decir.

Seguiremos buscando
la combinación inhallable.
Y a veces sentiremos
una flor verbal en el vacío,
una flor no totalmente ajena
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La tranche de pain (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

f84e

La tranche de pain

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain,
Un enfant seul
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main
La clé du paradis des chiens.
Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu’il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien.

(Maurice Carême)

Illustration: Pablo Picasso

 

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La nuit ronfle (Georg Büchner)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



    

La nuit ronfle au-dessus de la terre et s’agite en un songe atroce.
Des pensées, des désirs à peine soupçonnés, troubles et informes,
qui se dissimulaient craintivement à la lumière du jour,
reçoivent maintenant figure et relief
et se faufilent comme des voleurs dans la demeure silencieuse du rêve.
Ils ouvrent les portes, regardent par les fenêtres, s’incarnent à moitié.

(Georg Büchner)

 

Recueil: La Mort de Danton
Traduction:
Editions:

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MAGRITTE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: René Magritte
    
MAGRITTE
(La Victoire)

Timidement, par la porte entrouverte,
un nuage passe.
Le plafond, les murs
sont devenus ciel pâle,
rivage inconnu
où poussent quelques herbes.
La mer brille au loin.
Les deux moitiés de l’horizon
se rejoindront bientôt
derrière la porte
couleur de ciel, de sable.
Elle seule est debout
dans la maison dissoute
pour t’accueillir,
doux messager,
agneau vainqueur.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Goutte de rosée (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018


 

Une feuille de patate
Une goutte de rosée s’est cassée en deux
Une moitié a chu

(Shiki)

Illustration

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On passe la première moitié de sa vie à se sous-estimer (Grégoire Lacroix)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



calimero_016

On passe la première moitié de sa vie à se sous-estimer
et la deuxième à s’apercevoir qu’on a surtout surestimé les autres.

(Grégoire Lacroix)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

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Où sont nos clés ? (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: Paul Klee
    
Où sont nos clés ?

Nous devons à notre karma
L’indéchiffré de nos rébus.

Je suis criblé de vos questions
Comme un champ par ses graminées.

Qui sommes-nous que faisons-nous
De l’étreinte qui nous renoue ?

Que semons-nous de notre corps
Sinon l’alphabet qui nous manque ?

Sommes-nous ce que nous rêvons
Destin qui nous laisse sans but ?

Nous ne sommes rien pour ce monde
Que moitié du jour dans la nuit.

Moitié d’amour dans la misère
Des désirs qui nous ont perdus.

Seule la pierre nous ressemble
Qui sait de nous quoi révéler.

La pierre dans le lit du fleuve
Gardienne de toutes nos clés.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’océan là-devant là devant (Milo de Angelis)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’océan là-devant là devant
comme une idée d’aplomb
ou une hémoptysie
dans le plus court intervalle entre les tempes.
Le gris souffre. Le gris n’est pas une couleur
mais un retournement, c’est scruter par terre
l’absolue moitié de toute chose, plier en quatre
les planètes de la fortune
qui nous donnent une limite au fond de la poche,
de même qu’en hiver cette rangée de maisons
signifie marcher côte à côte, être en hiver.

***

L’oceano li davanti lí davanti
come un’idea a perpendioolo
o uno sbocco di sangue
nell’intervallo più piccolo tra le tempie.
Il grigio soffre. Il grigio non è un colore
ma un voltarsi, scrutare per terra
l’assoluta meta di ogni cosa, piegare in quattro
i pianeti della fortuna,
ohe dentro la tasca ci danno un confine,
come questa fila di case, d’inverno,
significa camminarci accanto, essere d’inverno.

(Milo de Angelis)

 

Recueil: L’océan autour de Milan
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: Maison des écrivains étrangers

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