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Posts Tagged ‘molécule’

ATTACHEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Josephine Wall
    
ATTACHEMENT

Je vis de si peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte :
Même celle d’une miette pousse
Mon esprit à se lamenter.

Telle l’une des rives du ruisseau, en vain,
Je tâche de m’accrocher à ses courants,
Une par une, les vaguelettes disparaissent
En cognant contre ma poitrine,
Je vis de tellement peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte :

Si, à Tes pieds, je savais soumettre
Tout ce que je perds et tout ce qui me reste,
Il n’y aurait pas d’usure, tout existerait
Magnanime en Toi.

En Toi brillent tant de soleils et de lunes,
Nul atome ni molécule ne s’y égare :
Tous mes trésors de babioles perdues
Ne trouvent-ils pas refuge à Tes pieds ?
Je vis de tellement peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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PANTHÉISME (Georges Thouret)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

PANTHÉISME

Je serai, dans la suite éternelle des jours,
L’impérissable atome à l’aveugle énergie
Sans cesse défaillante, et sans fin ressurgie
Pour un labeur fatal qui renaîtra toujours.
Je deviendrai le lys des royales amours
Qui frémit d’un coup d’aile et qui se meurt d’une ombre,
Et je m’élèverai, parfum des fleurs sans nombre,
Vers les astres d’argent, aux cieux de noir velours ;
Et mon corps, lentement, s’épandra dans la nue
En un vague regret d’une chose inconnue :
D’un cœur jadis meurtri de songes impuissants ;
Et, mon être vibrant en chaque molécule
Sur les derniers rayons du couchant qui recule,
Je deviendrai pour vous, ô poètes naissants,
Cette douleur qui flotte au fond du crépuscule.

(Georges Thouret)

Illustration: Oleg Korolev

 

 

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Laisse les molécules se déchaîner (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Laisse les molécules se déchaîner,
et jouer le sort du monde aux dés!
Laisse aussi sophistication et emphase,
ne préserve que l’extase!

***

Laß die Moleküle rasen,
was sie auch zusammenknobeln!
Laß das Tüfteln, laß das Hobeln,
heilig halte die Ekstasen!

(Christian Morgenstern)


Illustration

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Fractal (Esther Jansma)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



   Illustration
    
Fractal

En toutes ses parties, une rose est
rose, en chacune de ses feuilles elle est complète

de même que le contour de ce continent
est toujours égal dans le moindre millimètre à la côte

et la plus petite écharpe de brume
au nuage qui remplit le plus le ciel, de

même une rose dans le plus petit
contour de chacun de ses pétales

et de l’espace saturé de molécules olfactives
entre eux: cette rose

sans le savoir.

(Esther Jansma)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Daniel Cunin
Editions: Le Temps des Cerises

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Une molécule (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2017



Une molécule
De métalloïde

Se voit
Embringuée, noyée

Dans des océans qui s’avalent.

***

Cette molécule, voici
Qu’elle se retrouve

Dans la pomme

Qu’offre l’horizon
A la nuit qui vient.

(Guillevic)

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Passent les molécules (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2016



Passent les molécules
De la terre aux racines.

C’est là que se décide
L’apothéose
D’éléments anonymes
Qui deviendront la feuille,

Qui deviendront la fleur,
Le scandale des couleurs.

(Guillevic)

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Madrigal panthéiste (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Mara Dominioni 544

Affinités secrètes

Madrigal panthéiste

Dans le fronton d’un temple antique,
Deux blocs de marbre ont, trois mille ans,
Sur le fond bleu du ciel attique
Juxtaposé leurs rêves blancs ;

Dans la même nacre figées,
Larmes des flots pleurant Vénus,
Deux perles au gouffre plongées
Se sont dit des mots inconnus ;

Au frais Généralife écloses,
Sous le jet d’eau toujours en pleurs,
Du temps de Boabdil, deux roses
Ensemble ont fait jaser leurs fleurs ;

Sur les coupoles de Venise
Deux ramiers blancs aux pieds rosés,
Au nid où l’amour s’éternise
Un soir de mai se sont posés.

Marbre, perle, rose, colombe,
Tout se dissout, tout se détruit ;
La perle fond, le marbre tombe,
La fleur se fane et l’oiseau fuit.

En se quittant, chaque parcelle
S’en va dans le creuset profond
Grossir la pâte universelle
Faite des formes que Dieu fond.

Par de lentes métamorphoses,
Les marbres blancs en blanches chairs,
Les fleurs roses en lèvres roses
Se refont dans des corps divers.

Les ramiers de nouveau roucoulent
Au coeur de deux jeunes amants,
Et les perles en dents se moulent
Pour l’écrin des rires charmants.

De là naissent ces sympathies
Aux impérieuses douceurs,
Par qui les âmes averties
Partout se reconnaissent soeurs.

Docile à l’appel d’un arome,
D’un rayon ou d’une couleur,
L’atome vole vers l’atome
Comme l’abeille vers la fleur.

L’on se souvient des rêveries
Sur le fronton ou dans la mer,
Des conversations fleuries
Prés de la fontaine au flot clair,

Des baisers et des frissons d’ailes
Sur les dômes aux boules d’or,
Et les molécules fidèles
Se cherchent et s’aiment encor.

L’amour oublié se réveille,
Le passé vaguement renaît,
La fleur sur la bouche vermeille
Se respire et se reconnaît.

Dans la nacre où le rire brille,
La perle revoit sa blancheur ;
Sur une peau de jeune fille,
Le marbre ému sent sa fraîcheur.

Le ramier trouve une voix douce,
Echo de son gémissement,
Toute résistance s’émousse,
Et l’inconnu devient l’amant.

Vous devant qui je brûle et tremble,
Quel flot, quel fronton, quel rosier,
Quel dôme nous connut ensemble,
Perle ou marbre, fleur ou ramier ?

(Théophile Gautier)

Illustration: Mara Dominioni

 

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Il sait ton corps (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2015




Il sait
Ton corps,
Comment les molécules
Débouchent dans les pétales,
Dans ce qui vient trembler
Jusqu’au bord de tes yeux.

(Guillevic)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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