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Posts Tagged ‘monastère’

COMPTINE DES CIVILISATIONS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
COMPTINE DES CIVILISATIONS

Pigeon vole voici voilà
voici la veuve voilée
harpe des douleurs
fleurie et transpercée
Vierge ou Niobé.

Voici voilà en la arena
le taureau qui s’est arrêté
il ne sera pas mis à mort
le public le torero
dans un verre d’eau se sont noyés.

Pigeon hibou vautour vole
vol à l’immensité
un fémur renversé
un osselet de pierre
pour prier pour siffler.

Le Sphinx Janus Uranus
je ne sais quels dieux trouvés
abandonnés oubliés
inconnus mais révérés.

Les ruines l’ossuaire
civilisations éteintes
les cités imaginaires
inhumaine vérité
bien au-delà de la Terre
s’endorment dans les stellaires
monastères ministères
cimetières.

Poussière poussière
poussière lumière
désert étoilé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pourquoi cet obstiné refus du plaisir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Pourquoi cet obstiné
refus du plaisir
pourquoi ce refus de la vie

tout un pan
de la vieille Espagne
dans ce monastère
enfoncé sous la roche

mêlé à la roche
écrasé par la roche
San Juan de la Peña

enfoui je ne sais où
au plus reculé
de l’Espagne profonde

génération après génération
les centaines les milliers d’hommes
affamés assoiffés
qui ont dépéri là
loin de la femme
et de sa chair bienfaisante
loin des bontés des orages
des ivresses de la vie

pourquoi ce rejet
du corps
pourquoi ce mortel
refus de soi

pourquoi ces existences
verrouillées
acharnées à arracher
ce qui grondait
dans le sang
et voulait s’épanouir

le nécessaire bonheur d’être
se refuse aux âmes
et aux corps asséchés

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Ô mon terroir abandonné, (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Ô mon terroir abandonné,
Ô mon pays désert.
Le foin n’est pas coupé,
bois et monastère.

Les isbas sont de guingois,
il n’en reste plus que trois
et les faisceaux de l’aube
font mousser les toits.

Sous le couvert du chaume,
des rognures de chevrons ;
le vent asperge de soleil
une moisissure bleuâtre.

Aux fenêtres, les corbeaux
tambourinent de leurs ailes,
le merisier, comme le blizzard,
fait signe de la manche.

Ton vécu, ta vie dans la brande
n’est-elle déjà que légende ?
Que chuchote l’herbe folle
quand vient le soir, au passant ?

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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CHANSON POPULAIRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Samuel Van Hoogstraten
    
CHANSON POPULAIRE

Il y a des villages pleins de marronniers
Qu’on traverse de nuit
Des auberges au vin lourd
Des fleurs
Des femmes
Des fleurs belles comme des femmes

Sur le bord du chemin
Un homme pleure
On en voit de toutes les couleurs
Dans ce monde

Un vieux chagrin qui fait sa ronde
Sous les épaules

Mais toujours toi
La page blanche sur le toit
Le mur
Une églantine
Un peu de foin dans la poitrine
Rendez-vous avec Dieu
En un château perdu à des sept lieues
De la terre
Ma cellule de monastère

Chaque jour te donner
Ma soif et mon visage
Ce regard qui me vient
De saisons disparues.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Le monastère (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration
    
Le monastère où, mécréant, je me languis —
C’est du granit fondu par la raison torride.
J’étouffe dans le noir de cette ardeur trompeuse,
Et je pars pour un autre ermitage brûlant…

Mais ce sera l’ardeur d’une terre banale.
La boule de sang fondra mon cerveau.
Et je perdrai l’esprit, plus calme et courageux
Qu’ici, où chair et sang sont harassés.

Ermitage, où es-tu ? Où es-tu, monastère ?
Tu n’es pas dans le ciel où règne un noir mortel,
Mais sur la terre, où, trivial et plein de forces,
Je saurai trouver tout, quand je perdrai l’esprit!…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Si tu veux être à l’abri de tout mal (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration
    
Si tu veux être à l’abri de tout mal,
ferme tes yeux à tout ce que tu perçois de prime abord,
et regarde au loin.

Vois que toutes les choses non-existantes existent en réalité!
Vois que toutes les choses existantes sont assurément viles.

Vois au moins que quiconque possède l’intelligence
cherche le non-être jour et nuit.

En mendiant, ils cherchent un bienfait qui n’existe pas;
au bazar, ils cherchent un profit qui n’existe pas.

Dans les champs, ils cherchent une récolte qui n’existe pas;
dans les bosquets, ils cherchent un palmier qui n’existe pas.

Dans les écoles, ils cherchent un savoir qui n’existe pas;
dans les monastères,ils cherchent une abstinence qui n’existe pas.

Ils ont jeté les choses existantes derrière eux,
ils sont les chercheurs et les esclaves de choses qui n’existent pas.

Car la mine et le trésor des actes divins
n’est autre que le non-être se manifestant.

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Hiver (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Hiver

LES pampres du printemps et le vin de l’automne
Ont perdu le parfum qui jadis me fut cher ;
Je veux l’haleine chaste et le silence amer,
Les brumes et la glace et l’ombre de l’hiver.

Je ne tresserai plus l’irréelle anémone,
Je n’écouterai plus le rythme monotone
Des oiseaux dans les bois que l’octobre couronne
D’opales, de rubis et de l’or souverain.

Mais je m’inspirerai du tragique refrain
Du vent qui jette au ciel ses révoltes d’airain,
Qui rôde en sanglotant près de l’âtre serein,
Comme Dante implorant la paix du monastère.

O neiges où la soif du blanc se désaltère !
Toute virginité recèle le mystère,
La crainte, et l’infini du rêve solitaire.

J’écarterai les fruits des jardins de l’été,
Car l’incomplète ivresse au regard hébété
Ne verse point l’oubli comme le pur Léthé,

Car la neige où la soif du blanc se désaltère
Seule éteindra l’ardeur de mon anxiété…
Dans le noble infini du rêve solitaire,
J’oublierai la ferveur des amours de l’été…

(Renée Vivien)

Illustration: Jan Balet

 

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Je suis la Vendangeuse d’Yeux (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



 

Zdzislaw Beksinski  26

Depuis l’aube des temps je plane sur la Vie
Tel un oiseau de proie aux serres de démon
[…]
Il me faut chaque jour d’énormes hécatombes
Je mange tous les soirs un morceau d’univers…
[…]
Je suis la Vendangeuse
d’Yeux
[…]
Je suis l’acerbe Vendangeuse aux doigts d’octobre
(dansant dans un pressoir imaginaire)
Contemple
Mes talons d’orgie…

Contemple
Le pressoir à forme de cercueil déborde !
Et jusqu’à ma gorge déferle
Un fouillis d’yeux d’où gicle un reste de regards…

Vois
Ces yeux passionnés pour les joujoux
Ces yeux enthousiastes des bijoux
Ces yeux de peuples ayant faim
Ces yeux de rois le ventre plein…
Ces yeux de marins sur la mer
Ces yeux d’astrologues dans l’air
Ces yeux d’époux qui sont un quoique deux
Ces yeux de monastère en extase de Dieu…

(Saint-Pol Roux)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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En écoutant une cloche (Jiaoran)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



En écoutant une cloche

Dans le vieux monastère, tout en-haut du Mont-Froid,
La cloche lointaine semble voler dans le vent.
Le son en ébranle les arbres et la lune,
Quand le vent s’est calmé, c’est le vide d’un ciel gelé.
La nuit n’en finit pas; moi bonze solitaire,
Je ressens le froid qui gagne mon cœur.

(Jiaoran)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Au vieux monastère (Issei)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2016



Au vieux monastère
près de la cloche décrochée
des violettes

(Issei)


Illustration

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