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Poésie

Posts Tagged ‘monde’

Tu es entré dans le monde étrange (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Félix Vallotton
    
Tu es entré dans le monde étrange
des compositions et des décompositions chimiques :

ta vie et ta mort terrestres, agrégations et désagrégations continuelles,
jusqu’au jour où il ne restera plus la moindre trace, le moindre souvenir
de cette chose immonde qui sera ton cadavre.

Aussi je ne sais quel fou trouvait-il avec raison à cette atmosphère terrestre
une désagréable odeur de cimetière, odeur inquiétante, disait-il,
et que ne pouvait dissimuler le bizarre et angélique parfum des fleurs.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Pour qui est ce monde? (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Pour qui est ce monde?
Pour nous?
Mais à peine arrivés,
nous ne songeons qu’à nous distraire,
qu’à nous arracher au lourd ennui de vivre,
au poids des heures monotones.

Pour Dieu ?
Mais quel est le Dieu,
qu’un tel spectacle amuse ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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C’était sur une place (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
C’était sur une place où la lune luisait:
un vieil homme en guenilles montrait pour quelques sous les étoiles,
et dans un grain de blé tout un étrange monde d’infusoires.

On voyait, comme des reines, les étoiles marcher,
et, comme des manants, les bêtes du grain de blé se manger l’une l’autre.

De l’infiniment grand à l’infiniment petit
ainsi l’on allait tour à tour, étonné de ces deux abîmes,
épouvanté de ces deux silences,
— entre lesquels l’oreille percevait le bruit des rues
et le cri du vieil homme en guenilles,
à qui ces infinis faisaient gagner des sous.

Ainsi le poète, à qui le spectacle des choses
fait gagner si péniblement quelques pensées et quelques rêves.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Pourquoi? (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



ce matin
le monde
à ma mesure
je jongle avec les étoiles
je traverse à pied l’océan
immense
je suis
géant léger savant joyeux puissant
et bon

l’instant d’après
tassé rapetissé
déprimé

pourquoi?

(Bernard Friot)

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le vent prend feu (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Maria Amaral
    
Le vent prend feu dans les lumières
qui font de la nuit une haute racine vivante.
Les objets tendent leur cou sans tête,
tendent leurs mains sans doigts.

Tant de bras se tordent sur les murs
que la chambre bascule et va se renverser.
Toi que j’aime, je te vois, fermée par ta bouche
et découverte peu à peu par ta propre lueur.

Ton corps est pareil à une eau
où le soleil entre de toute sa nudité.
Il y a dans ton regard de l’obscurité
qui brûle du feu sourd des vitres incendiées.

Quand tout s’éteint le monde est si vaste
que je me demande si tu existes encore,
si tu es bien contre moi de toute ta chair
qui a repris sa forme dure de plante.

La nuit devient si dense autour de nous
que, même serrés l’un contre l’autre,
nous sentons que cette nuit nous sépare
de tout ce qui n’est peut-être que notre peau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai cherché dans ta chair (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
J’ai cherché dans ta chair une raison de vivre,
je n’ai trouvé qu’un corps où ma bouche
revenait avec le même baiser d’acier,
la même pointe de feu hardie et désespérée.

Au moment où la terre remontait jusqu’à mes mains
dans le battement d’un ventre à peine déclos,
je criais ma joie à l’être sur lequel je roulais
comme sur la plus haute vague de la mer.

Je tentais de passer bien au-delà de cette chair
mais elle restait simplement franchie comme un pas
arqué dans un printemps de rosée,
comme une fente de soleil au coeur du monde.

Les mots que je disais pour lier l’espace à nous
s’abattaient comme des oiseaux
dans le regard desquels tout le ciel avait tenu
et l’amour demeurait imprenable entre nos yeux.

Ton corps perdait peu à peu son visage,
le monde un instant se fermait sur moi
et au plus clair de cette femme qui me cachait la terre
je trouvais des forêts de douceur.

Et nous étions aussi loin l’un de l’autre
que la lumière l’est de la pierre qu’elle touche.
Nous nous retrouvions dans notre nudité comme devant un miroir
qui n’a pas besoin du jour pour se reconnaître.

En pleine éternité, dans une chute interminable
de montagne en montagne, de clairière en clairière,
nos corps se tenaient aux branches de tendresse
qui naissaient d’un sein tendu contre mon épaule.

Nos chairs nues comme un matin de fenêtres
montaient d’un seul jet vers deux visages
qui s’étonnaient de n’avoir pour limite que le fond d’un regard.
Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux.

Le plaisir était neuf comme une coulée de métal.
Tu n’étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe
et pour y goûter il fallait chercher ta bouche,
il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe.

Un baiser et notre existence n’avait plus de poids
Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées
Un regard et la mer était au-dessus de nous
Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je cherche ton regard (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Sukhorukikh    
    
Je cherche ton regard comme un aveugle
cherche le monde qu’il a perdu
ce grand regard qui venait vers moi
m’apporter celui de toutes les femmes.

Il était pour moi beau comme un de ces couchants
devant lesquels on s’arrête de respirer
et je ne voyais plus rien d’une terre
qui naissait de nos pieds pour rejoindre l’horizon.

Je ne retrouve plus ton corps dans mes mains
et pourtant elles l’ont tenu comme on tient
de hautes brassées d’herbes dans le soleil
au moment où la terre se roule dans l’été.

Je cherche ton corps au fond de mes nuits,
dans toutes les vitrines où il s’est miré.
Mais il ne reste rien de lui pas même ces cheveux
qui ont glissé comme un filet d’eau entre mes doigts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Ritou (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




    
Ritou, ta tête est belle sous des cheveux
où le soleil est pris comme dans un filet
et le soir les lampes s’allument plus douces
au contact de tes boucles et de ton regard.

Sûre de toi, tu tends les mains à la pluie
et tu t’étonnes de ne pouvoir la retenir.
Les mots sont dans ta bouche comme les pousses
qui trouent la terre dans la fraîcheur du matin.

Les herbes font contre ton visage
leurs bonnes caresses de bêtes
et toutes les fleurs te fêtent
comme si le monde venait de naître avec toi.

Quand tu entres dans la mer,
tu ris de n’avoir plus de jambes
et l’eau que tu fais jaillir
retombe sur toi comme un feuillage.

Les papillons te poursuivent
pour se poser sur tes yeux
et la rosée est pour tes joues
ton premier baiser d’amour.
dont il ne connaît que les bords
et où il se cogne jusque dans ses rêves.

Enchaîné à ses pas, il reste sur place
malgré l’appel amical du couchant
et son désespoir est si grand
qu’il ne peut, même en pleurant, perdre la face.

Il n’a plus que la ressource
de ramener les limites de l’horizon
à celles de son lit où, plomb,
il descend au fond de la plus noire des sources.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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