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Le Matin (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



 

Illustration: Marc Chagall 
    
Le Matin

Cri du coq
Chant du cygne de la nuit
Monocorde et fastidieux message
Qui me crie
Aujourd’hui ça recommence
Aujourd’hui encore aujourd’hui
Je n’entends pas ta romance
Et je fais la sourde oreille
Et je n’écoute pas ton cri
Pourtant je me lève de bonheur
Presque tous les jours de ma vie
Et j’égorge en plein soleil
Les plus beaux rêves de mes nuits.

(Jacques Prévert)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Histoires
Traduction:
Editions: Folio

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DANS LE JARDIN (Pierre Torreilles)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017


 


 

Gustav Klimt ferme_klimt [1280x768]

DANS LE JARDIN

Je te disais la résonance pure du silence
le lierre grave et miséricordieux
le vacarme lointain du sang bouleversé
et la conversation de branches accoudées,
la résonance aussi de la lumière sans mirage
le printemps bref et monocorde après l’hiver.

Mais quelle singulière fièvre nous frappait?
Et ce ressac aux éclairages équivoques
était-ce aussi l’éternité de l’oeuvre surgissante?
Ce lieu dans l’évidence à peine dépouillé,

Je te disais le bleu vermiculé de tous mes rêves,
la tâche rouge dans mes yeux
mon extrême éblouissement et ma faiblesse
au pied de tout ce qui nous reste à dire.
Je te disais combien la mort se familiarisait,
semblables à ces inquiètes matinées de solitude.

Je te disais
-combien suis-je étonné de ne jamais m’entendre-
cet incessant chuintement jusqu’à
l’extrême ciselure du silence
et l’odeur des lambris dans la demeure de mes âges.

Je te disais aussi la blessure du jour
et le combat dans l’aveuglante servitude.
L’ombre reste pour moi le refuge inouï
de la parole qui s’avère.
Mais aujourd’hui je suis dans la distance qui meurtrit
et dans les mots qui ne sont pas de mon langage.
Je bruis de toute part de ce qui ne s’accorde pas
au geste nu et conciliateur….
Quel équipage ainsi se mesure à la mort?
Quelle gloire parfois semblable à ces soirées
ouvertes longuement sur de si lourds nuages?
La paix est d’ombre aussi et de langage satisfait.

(Pierre Torreilles)

Illustration: Gustav Klimt

 

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