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Poésie

Posts Tagged ‘monologue’

Nageurs (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Nageurs dans les eaux troubles
du néant, nous avons cherché la vie
au fond des océans.

Nous avons trouvé de l’intelligence aux bêtes
et cette intelligence nous a fait peur.
Presque autant que nos monologues intérieurs
et les idoles aux grands yeux vides.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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LES POÈMES (Victor Sandoval)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



 

Alberto Galvez 693

LES POÈMES

Pourquoi écrit-on des vers ?
Pourquoi donc jaillissent les poèmes
et se mettent-ils en marche
à grandes enjambées dans les rues,
parlant tout seuls,
ne voyant rien et regardant tout le monde ?

Pourquoi se baladent-ils libres
comme des fous, les poèmes ?
La nuit, ils t’accompagnent,
ils causent avec toi
dans l’insomnie
ils te lancent de grands monologues,
ils t’inventent des mondes et des remords,
des souvenirs et des craintes,
la nostalgie d’un amour lointain,
une musique discrète dans la rue.

Toute
la nuit ils t’accompagnent
comme un vin accablant,
et ivres, à
l’aube, ils s’en vont.

(Victor Sandoval)

Illustration: Alberto Galvez

 

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QUESTION-REPONSE (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018




Illustration
    
QUESTION-REPONSE

La beauté n’est pas silence.
C’est pourquoi ma voix
n’est pas un monologue.

La fleur du grenadier,
par exemple,
est un chef d’oeuvre
que
le jour récite.

Je vois, j’entends
des lumières de voix.

C’est pourquoi vous me voyez
marchant (et même
dans le désert)
m’incliner souvent.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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Monologue du solitaire (Ismail Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Monologue du solitaire

Je m’élève et m’éloigne mais n’en éprouve aucune jouissance.
Me voici seul et j’ai encore plus froid.
Je m’en doutais, mais ma fatale impatience
Me pressait vers ce ciel ingrat.

Comme ramassés à la morgue, des bras de femmes sans vie
Me dispensent une joie tout aussi glacée.
Je me sens en hiver, même si nous voici déjà en avril.
J’ai froid,
Oh, j’ai froid.

***

Monologu i te vetmuarit

Tani une ngjitem lart dhe s’kam asnje gezim.
Ketu ku kam arritur me ftohte eshte, me vetmi.
E dija kete, por padurimi i vdekur
Me shtynte te shpejtoj te ky sinor i kote.

Krahe grash te thyera mbi supe si te prera nga nje morg
Me japin nje gezim po aq te vdekur.
Me duket ende dimer ndonese esht prill.
Kam ftohte.
Kam ftohte.

(Ismail Kadaré)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Je m’ennuie (Iggy Pop)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



024 - Le Consommateur Moderne - 1993 100 x 81 - Acrylique sur toile 

Je m’ennuie

Je suis le président de l’ennui,
Je suis un long monologue
Je suis living comme un chien

Je m’ennuie

Je portais moi-même pour dormir la nuit
Je me suis porté en plein jour coz

Je m’ennuie
Juste un autre trou visqueux

Je suis libre de mes portait bien acheté amis
Et de passer mon argent jusqu’à ce que le coz fin

Je m’ennuie
Je m’ennuie

Je suis le président du conseil d’administration

Je suis malade
J’en ai marre de tous mes coups de pied
J’en ai marre de tous les macchabées
J’en ai marre de toutes les trempettes

Je m’ennuie

Je portais moi-même pour dormir la nuit
Je me suis porté en plein jour coz

Je m’ennuie
Je m’ennuie

Juste un autre sale trou

Tous droits de poupée visage
Venez et m’ennuient

Je suis malade
J’en ai marre de tous mes coups de pied
J’en ai marre de tous les macchabées
J’en ai marre de toutes les trempettes

Je suis malade

Je suis malade quand je vais dormir la nuit
Je suis toujours malade en plein jour coz

Je m’ennuie
Je m’ennuie

Je suis le président de …
l’ENNUI!

***

I’m bored

I’m the chairman of the bored,
I’m a lengthy monologue
I’m livin’ like a dog

I’m bored

I bore myself to sleep at night
I bore myself in broad daylight coz

I’m bored
Just another slimy bore

I’m free to bore my well-bought friends
And spend my cash until the end coz

I’m bored
I’m bored

I’m the chairman of the board

I’m sick
I’m sick of all my kicks
I’m sick of all the stiffs
I’m sick of all the dips

I’m bored

I bore myself to sleep at night
I bore myself in broad daylight coz

I’m bored
I’m bored

Just another dirty bore

All right doll-face
Come on and bore me

I’m sick
I’m sick of all my kicks
I’m sick of all the stiffs
I’m sick of all the dips

I’m sick

I’m sick when I go to sleep at night
I’m still sick in the broad daylight coz

I’m bored
I’m bored

I’m the chairman of the …

BORED!

(Iggy Pop)

Illustration: Alain Chayer 

 

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CORPS NOCTURNE (Elías Nandino)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Nicole Helbig (1)

 

CORPS NOCTURNE

Quand, la nuit, seul, dans les ténèbres,
fatigué de je ne sais quel épuisement
mon corps s’effondre et s’accommode
à l’impassible surface obscure
qui lui sert d’appui et de linceul,
je m’étends aussi et je me limite
au contour désarmé qui me livre
à l’île de l’oubli où l’on se perd.
Séparé de lui et fondu en lui,
je me souviens que je le porte tout le jour
comme prison de fièvre qui m’opprime,
comme lèvres qui tiennent d’autres discours,
comme instinct qui se moque de mes désirs
ou actions déliées de ma force ;
mais à le regarder ainsi, sans le distinguer,
indifférent dans son attitude de pierre,
tigre de bronze, mare de silence,
colonne de cynisme abattue,
figure aveugle dans sa leçon de mort :
je le vois comme une chair intruse,
comme mal d’une plaie étrangère,
complice d’un destin que je ne comprends pas,
mutisme que n’atteint pas ma parole,
bourreau dans l’anesthésie séquestré.
Et pour cela à me sentir divisé de lui,
et à la fois de son moule prisonnier,
j’analyse, je doute, je réfléchis
que ses murs chétifs qui me cernent
sont flamme orpheline, terre spoliée,
eau assujettie à des veines submergées,
et humeur sans air arraché au vent ;
je suis prisonnier d’éléments
en combustion profonde qui cherchent
à fondre les maillons qui les unissent
afin de retrouver la pureté intacte
du lieu universel où ils étaient libres :
la terre demande son repos à la terre,
l’air, son acrobatie diaphane,
le feu, le délice de sa flamme,
et l’eau, la blancheur de son givre,
sa voie ou le prodige d’être nuage.

À son côté, ailé mais enraciné,
je le touche, je l’examine du dedans :
intérieur d’une église ensanglantée,
arcs gothiques, jungles musculaires,
pulsion entrelacée de lierres,
labyrinthe de clarté, de coquelicots,
entrailles de crypte où se dissimule
la numérique blancheur du squelette.
Et moi, en plein milieu, juge et coupable,
envahisseur rebelle et envahi,
voir qui découvre et se découvre,
unité qui contemple ses parties,
questionnement privé de réponse,
spectateur qui souffre en son propre sang,
usure corporelle de qui lui viennent
ses réserves croissantes d’agonie.

Si je suis son maître, pourquoi me semble-t-il étrange au toucher ?
Détaché de moi, ombre d’un arbre,
écorce suffocante de mon angoisse,
pansement qui me dissimule, étaie fragile,
aimant qui me réunit et me diffuse,
matière que je porte et qui m’emporte.
Et je suis en lui, présent inévitable,
uni dans le monologue et l’attente,
grandi malgré lui et trahi
par ses mains, ses yeux, ses passions,
la brûlante angoisse de ses délires,
la brume de ses moments de naufrage
et les éclairs de son allégresse.

Du dedans au dehors, de la racine au faîte,
je m’appuie, je me soulève, je largue mes forces
pour creuser, pour terminer les murs
qui survivent de me garder prisonnier ;
las, un amour naît en moi et me retient,
un fanatisme du refuge vital
l’attachement de l’âme et des cellules,
l’intimité de la forme et du fond,
accouplant leurs aveugles surfaces ;
et je me résigne, paisible
dans la prison ajustée qui m’épouse
afin de continuer de former le noeud de fièvre
par lequel je sais qu’en vérité je suis.

Eau, terre, feu et air, en continuelle
aspersion de leurs cajoleries chimiques,
immergés dans la fougue de leurs appétits,
dans un enchaînement caché d’élans,
ordonnant et aspirant leurs limites,
faisant et défaisant ce qu’ils tracent,
se dévorant eux-mêmes, recréant
la seule valeur de leur structure
en oppositions, attirances et obstacles
parce qu’ils aiment, désirent, cherchent, bâtissent
l’agir persistant qui les rend
à leur forme d’origine.

Cette unité d’éléments, ce nid
de luttes physiques, d’incessantes
réactions, est mon seul appui,
la source tragique de la force
qui me soutient au fond de mes soliloques.

(Elías Nandino)

Illustration: Nicole Helbig

 

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CARS (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




CARS

les vieux qui envahissent les rues
qui prennent d’assaut les magasins
les cabines téléphoniques
les vieux qui apostrophent et réclament
un peu de respect une priorité absolue
les vieux d’un coup sont en nous
ils vous emplissent la gorge la poitrine
le cerveau
ils y développent des monologues
ils y agitent leurs mains

(Gérard Noiret)

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