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Poésie

Posts Tagged ‘monstre’

Prépare-toi (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Prépare-toi : tu ne seras pas couvert du bon côté.
Les monstres se reconnaissent le temps venu à l’absence d’ombre sur leurs visages.
Comment pouvait-on n’y pas croire ?
Ils sont surprenants de taille, de logique
comme des bâtons réfractés qui n’en finissent pas de sortir de l’eau.
Ce sont tes dissemblables. Ils inscrivent leurs lois sur des feuilles de réquisition.
Ils s’applaudissent par millions.
Ils simplifient la vie.

(Guy Bellay)

Illustration: John Henry Fuseli

 

 

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Eclat d’un miroir Dans la boue (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2019



miroirs-dans-boue

Eclat d’un miroir
Dans la boue. A toute heure
La cassure saigne,
Y vit un plein visage
Qui se souvient.
Tout envol le raie
Et s’y engouffre
L’horizon.
Le souffle dernier
Qui l’a terni
Renaît. Buées, nuées,
Toutes sont là. Même la nuit
Au fond des sources
Le soleil poursuit sa course.
Tout le jour il répond
Aux questions du soir.
Piège à regards. Un pas
L’écrase un peu plus.

*

Es-tu sûr d’être là ?
Est-ce bien toi qui parles ?
Une foule se bouscule
Devant la porte.
Derrière, la lumière…
Il faut feindre d’ignorer.
Tout savoir est suspect.
Seul devant le guichet.
De l’autre côté, tout recommence,
Un autre peuple, une autre attente.

*

Encore toi, la main tendue
Vers un reflet. La glace
Eclate. Tes doigts saignent.
Une voix t’appelle
Au bout du couloir.
L’escalier monte dans le noir.
Tu es là-haut.
Peut-être.

*

Grande marée qu’aspire
La lune pleine. Tout se cache
Dans cette poitrine.
Sommeil sur l’autre rive.
Ici, morsure du réveil.
Ton épaule
Attend, creux de vague.
Un arbre se couche sur le sable
La main remplie
De coquillages. Nacre et goudron.
Pourriture et sel. La nuit
Sort ses monstres. Une étoile
De mer est rongée par un crabe.
Un mât. Un mouchoir de fumée.
Une aile. La distance d’un rêve.
Un oiseau minuscule dit
Le bonheur d’être aveuglé
Par un jour encore.

(Louis Guillaume)

 

 

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LES TEMPS DIFFICILES (Jules Mougin)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019




    
LES TEMPS DIFFICILES

Un marchand de canons
avait des soucis
(qui n’en a pas ?)
Son chiffre d’affaires
baissait, baissait
– était dérisoire, en somme.

Je ferais mieux de vendre
des scies ou des rasoirs,
disait-il à son président
président directeur général.

Et le monstre, honnête commerçant,
pour soulager
soulager sa peine et sa misère
faisait une prière
prière quotidienne
pour que
pour que la guerre
la guerre
la guerre enfin, quoi
la guerre arrange, mais oui,
arrange ses affaires
ses petites affaires
qui baissaient, qui baissaient
dans un monde
un monde si difficile,
si difficile à vivre
aujourd’hui.

(Jules Mougin)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Animal monstrueux (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



 

Sarolta Bán n5 [1280x768]

Animal monstrueux, qu’agite une âme obscure,
Monstre muet, comment, ô ma mère, ô Nature,
Suis-je ta conscience et ton verbe, et pourquoi
Sembles-tu ne penser et ne parler qu’en moi ?

(Henri Cazalis)

Illustration: Sarolta Bán

 

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À peine défigurée (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


ange

Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime

Tu n’es pas tout à fait la misère
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire

Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps
Tête désappointée
Tristesse beau visage.

(Paul Eluard)

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МОNSTRES (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
МОNSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s’assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir —
Où tout sera pourpre dans l’univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô conscience (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Ô conscience, à laquelle il faut toujours et toujours, des événements !
Il suffit que tu sois, et sois éveillée pour être remplie
Toujours tu préfères le hasard au vide et le chaos au zéro.

Tu es faite pour toute chose,
et tu fais n’importe quelle chose pour subsister.
Et quel monstre que tu fasses, tu veux lui donner une signification, ne pas l’avoir vu en vain…

Et invinciblement aussi, tu te divises,
tu préfères quelqu’une de tes parties.
Tel fantôme sera le roi des autres.
Telle parole sera plus puissante.
Telle idée plus étendue,
plus maîtresse que son instant.

— Adieu

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les oliviers s’enroulaient sur eux-mêmes (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Les oliviers s’enroulaient sur eux-mêmes.
Chaque torsion les ligotait d’un siècle.
Ils se nourrissaient d’une terre pourpre et calme
mais souvent aussi d’énormes roches, à la couleur de leurs feuilles,
et qu’ouvraient leurs vertiges de monstres.
Pour troncs ils n’avaient que des bras animaux, des noeuds de poulpe lignifiés.
La nuit, sans bouger ils tournent en moi, et je crie.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Plus dure que les rocs (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Albert-Ernest Carrier -Belleuse 283

Plus dure que les rocs, les côtes et la mer,
Plus altière que l’air, que les cieux et les anges,
Plus cruelle que tout ce que je puis nommer,
Tigres, ours et lions, serpents, monstres étranges,
Tu ris en me tuant et je meurs pour aimer.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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Portraits (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2019



monstres

 

Quand il eut regardé de bien près tous les monstres
Et vu qu’ils étaient faits tous de la même étoupe,

Il put s’asseoir tranquille dans une chambre claire
Et voir l’espace.

(Guillevic)

 

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