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Posts Tagged ‘monstre’

Plus dure que les rocs (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Albert-Ernest Carrier -Belleuse 283

Plus dure que les rocs, les côtes et la mer,
Plus altière que l’air, que les cieux et les anges,
Plus cruelle que tout ce que je puis nommer,
Tigres, ours et lions, serpents, monstres étranges,
Tu ris en me tuant et je meurs pour aimer.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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Portraits (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2019



monstres

 

Quand il eut regardé de bien près tous les monstres
Et vu qu’ils étaient faits tous de la même étoupe,

Il put s’asseoir tranquille dans une chambre claire
Et voir l’espace.

(Guillevic)

 

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Tout est chemin (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 

Martin Jarrie _yeux

Tout est chemin où tu peux vaguer monstre et ange
selon qui sait ou ne sait pas
Homme si savoureux de toi et autant d’autrui
qui pourrais savoir la prière et la sainteté si les cloches
sonnaient à l’heure dite

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Martin Jarrie

 

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Coup d’ongle (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Virginie Stefani  hirondelle  et rose

Coup d’ongle

Rien vénéneux
coup d’ongle si fin
de l’hirondelle de la rose.
Monstres et rostres derrière les décors,
dans l’innocence du soir.

(Bartolo Cattafi)

Illustration: Virginie Stefani

 

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AUSCHWITZ (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



    

AUSCHWITZ

Là-bas, à Auschwitz, loin de la Vistule,
mon amour, le long de la plaine nordique,
dans un champ de mort: froide et funèbre,
la pluie sur la rouille des poteaux
et les barbelés entortillés de l’enceinte :
ni arbre ni oiseaux dans l’air gris
ou surgissant en nous, mais l’inertie
et la douleur que laisse la mémoire
à son silence sans ironie ni colère.

Tu ne veux ni élégies, ni idylles : juste
des raisons à notre destin, ici,
toi qui t’émeus des contrastes de l’esprit,
incertaine d’une présence
claire de la vie. Et la vie est ici,
dans chaque non qui semble être une certitude :
ici nous entendrons pleurer l’ange, le monstre
et nos heures futures
parcourir l’au-delà, qui est ici, éternel
et mouvant, et n’est pas une image
de rêves, de possible pitié.
Ici les métamorphoses, les mythes.
Sans nom de symboles ni de dieu,
ils sont la chronique, les lieux de la terre,
ils sont Auschwitz, mon amour. Pareil au cher corps
d’Alphée et d’Aréthuse qui subitement
se changea en fumée d’ombre.

De cet enfer ouvert par une inscription
blanche : « Le travail vous rendra libre »
s’échappa continuellement la fumée
de milliers de femmes poussées
à l’aube hors des chenils contre le mur
du stand ou suffocant en criant
pitié avec leurs bouches
de squelettes sous les douches à gaz.
Les retrouveras-tu, soldat, dans ton
histoire en forme de fleuves, d’animaux,
ou bien es-tu toi aussi cendres d’Auschwitz,
médaille de silence ?
Il reste de longues tresses enfermées dans des urnes
de verre encore nouées par des amulettes
et les ombres infinies des petits souliers
et des écharpes hébraïques : ce sont les reliques
d’un âge de sagesse et de savoir
où l’homme connaissait la mesure des armes,
ce sont les mythes, nos métamorphoses.

Sur les plaines où l’amour, les pleurs
et la pitié pourrirent, sous la pluie,
là-bas, un non frappait au fond de nous,
un non à la mort, morte à Auschwitz,
afin que dans ce trou elle ne se relève plus
des cendres, la mort.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Et pourtant (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



    

Et pourtant de façon imperceptible
quelque chose bouge dans l’ombre simple,
les monstres se raréfient, l’imprononçable

Abîme s’estompe, on dirait que te voilà
dans l’oeil du Temps, regardant le monde

Alentour qui nidifie dans la parole,
s’érige en elle en figure de l’inachevé,
l’eau descend, le ciel monte jusqu’à lui

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Irrémédiable (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l’azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu’a tenté l’amour du difforme,
Au fond d’un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres!
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d’un gouffre dont l’odeur
Trahit l’humide profondeur,
D’éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle;

– Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu’un cœur devenu son miroir!
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
– La conscience dans le Mal!

(Baudelaire)

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La géante (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Illustration: Tarsila do Amaral

    

La géante

Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandit librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

(Charles Baudelaire)

Illustration

 

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Mouvante place des hommes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



Mouvante place des hommes

Où sommes-nous ?

Dans la tempérance d’une rivière
Dans la démesure des torrents

Dans le compas de l’oeil
Dans les brumes de la chair

Dans l’attelage des monstres
Dans les mains sans épine

Dans les nasses du doute
Dans la force des granges

Dans l’angoisse qui mobilise
Dans la peur qui engloutit

Dans le foisonnement du corps
vivier qui fonde l’esprit

Dans le songe insulaire
Dans le rêve faiseur d’hommes

Dans la dissolution des mots
Dans le tissu de la parole

Dans les randonnées du sang
Dans la réunion du coeur ?

Où sommes-nous ?

Où aucun ciel ne peut prétendre !

(Andrée Chedid)


Illustration: Maryse Casol

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LE DESHERITE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



LE DESHERITE

On voit à peine son visage
Les malheureux n’ont l’air de rien
Son père dit qu’il n’a plus d’âge
Sa mère dit je l’aimais bien

Des jours brisés qu’il se rappelle
Il n’est pas sûr qu’il ait souffert
Tant sa douleur est naturelle
Son sourire est mort l’autre hiver

ll pleut des jours le jour en pleure
L’avril périt de ses parfums
Et comme lui les regrets meurent
Sait-on d’un mort s’il fut quelqu’un

lls iront le voir à l’asile
ll a des frères il a des soeurs
Jouer aux sous dans sa sébile
Nul ne peut rien à son malheur

S’il a vécu comme personne
Souvenez-vous par charité
Qu’un monstre attend qu’on lui pardonne
L’affreux bonheur d’avoir été

(Joë Bousquet)

Illustration

 

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