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Posts Tagged ‘monstruosité’

HALEINES (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

HALEINES

Richesse lourde et nourricière.
dans ces palais d’oubli,
en grande solitude

Un vent d’errance
comme celui des grands espaces
inhabités

Des souffles
comme en des lieux sans voix
de rocs de sable et de silence

Reflet du vide de l’esprit,
avidement béant,
et sourd
aux monstruosités des hommes

(Françoise Coulmin)

 

 

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Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Je ne savais pas (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je ne savais pas

J’écoutais tous ces gens disserter du péché,
C’était pour moi autant de fables. Et le pire,
J’en riais: le péché, quelle idée insensée!
En parler, c’est être trop lâche pour agir.
J’ignorais que mon cœur abritait la tanière
De tant de monstruosités! Moi qui croyais
Qu’il battait pour offrir du rêve, à la manière
D’une maman berçant l’enfant qui s’endormait!

La lumineuse vérité m’apprit bientôt
Que la méchanceté, datée du premier temps,
Se dresse noire dans mon cœur, obscur tombeau.

Moi muet, que ma bouche, en un gémissement,
Dise: je suis pécheur, soyez-le tous sur terre!…
Et je ne serai plus tout à fait solitaire.

(Attila Jozsef)


Illustration: Rubens

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L’abîme avait fini par entrer dans sa forme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




L’abîme avait fini par entrer dans sa forme.
La condamnation, lourde, lépreuse, énorme,
S’était, sur cet archange à jamais rejeté,
Lentement déposée en monstruosité.
L’impur typhus sortait de son haleine amère.
Parfois, dans ce puits sombre et rempli de chimère
Que la vision seule aperçoit et connaît,
Quelque ruissellement de lueur dessinait
Son dos ou la membrane immonde de son aile.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.
Sa face était le masque effaré du vertige.
A de certains moments, phases du noir prodige,
Un flamboiement, sortant de lui, glissait sur lui ;
L’abîme aveugle était brusquement ébloui ;
Alors, une vision noire à travers l’insondable,
A travers l’inconnu qui n’est pas regardable,
Dans l’étrange épaisseur du gouffre devenu
Glauque autour du colosse inexprimable et nu,
Satan apparaissait dans toute sa souffrance ;
Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié ;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute ;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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Rêve pour l’hiver (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Rêve pour l’hiver

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras: « Cherche! » en inclinant la tête,
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup…

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Ricardo Lopez-Cabrera

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