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Posts Tagged ‘montagne’

Si j’étais simplement un sapin de la forêt (Nils Collett Vogt)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Si j’étais simplement un sapin de la forêt

C’est maintenant tard en automne,
l’air ne vibre plus,
l’air reste silencieux et voit
de son regard froid, bleu glacé,
les jeunes bouleaux droits,
aubes jaunes brillant
dans l’église de la forêt.

Quand vient la tempête hivernale,
toute la forêt tremble,
les cierges jaunes de l’autel
s’éteignent au premier frisson,
les feuilles s’envolent, flammèches,
l’air pâlit, et la neige tombe,-
alors les grands sapins,
comme de noirs drapeaux, murmurent
dans les salles de la forêt.

Et alors je vais en forêt,
j’écoute le murmure du vent
glisser dans les cimes vieillies,
gémir sur la montagne sombre,
si ténébreuse, là-haut.
Et je pense en moi-même :
tu n’es pas lumière terrestre
qu’éteint le premier coup de vent.

Si j’étais seulement un sapin de la forêt,
quand vient la tempête hivernale,
l’air pâlit, et la neige tombe,
les salles des forêts murmurent
comme un drapeau oscillant, loin,
guettant l’été pour reverdir !

(Nils Collett Vogt)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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Neige (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2022



 

Illustration
    

Neige

Maman venait nous réveiller,
Elle disait : « Il a neigé ! »
Et nous courions à la fenêtre
Mais le savions déjà peut-être

A cause des bruits étouffés
(Tout alentour était silence).
Notre bonheur était immense
Et nous sortions emmitouflés.

Nous nous lancions dans la bataille,
Nous défendant vaille que vaille,
Et nous poussions des cris de joie.
Nous n’avions que faire du froid.

Pour moi, la neige, c’est l’enfance,
La beauté, l’émerveillement.
Mais ce peut être la souffrance
De celui qui pleure en marchant.

Il a fui son pays en guerre,
A traversé bien des contrées,
Il a risqué sa vie en mer
Et parcourt la montagne à pied.

Il n’a jamais connu la neige,
Il n’a jamais connu le froid.
Il prie son dieu : « Allah, où vais-je ?
Allah, prends pitié, guide-moi ! »

Oh ! Qu’elle est loin, notre innocence !
Nous ignorions la cruauté
Et ne mesurions pas la chance
Que nous avions d’être choyés.

(Béatrice Bastiani-Helbig)

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Le vent calligraphe (Abdourahman A. Waberi)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2022



Le vent calligraphe

pinceau en main le vent dessine
des paysages de mots
des montagnes sculptées
des plaines d’ombre
des enclaves d’horizons

le calligraphe chatouille
les sillons enflammés du désert
avec un bâtonnet d’encre bien délicat

(Abdourahman A. Waberi)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha
Illustration: Martin Schoeller

 

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Le nuage (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



Le nuage
assombrit la montagne,
ignorant le marcheur.

(Anne Tardy)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Mouvement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




Mouvement

Si tu es la jument d’ambre
je suis le chemin de sang

Si tu es la première neige
je suis celui qui allume le brasier de l’aube

Si tu es la tour de la nuit
je suis le clou brûlant dans ton front

Si tu es la marée du petit matin
je suis le cri du premier oiseau

Si tu es le panier d’oranges
je suis le couteau de soleil

Si tu es l’autel de pierre
je suis la main sacrilège

Si tu es la terre couchée
je suis le roseau vert

Si tu es le saut du vent
je suis le feu enterré

Si tu es la bouche de l’eau
je suis la bouche de la mousse

Si tu es la forêt des nuages
je suis la hache qui les fend

Si tu es la ville profanée
je suis la pluie de consécration

Si tu es la montagne jaune
je suis les bras rouges du lichen

Si tu es le soleil qui se lève
je suis le chemin de sang

***

Movimiento

Si tú eres la yegua de ámbar
yo soy el camino de sangre

Si tú eres la primer nevada
yo soy el que enciende el brasero del alba

Si tú eres la torre de la noche
yo soy el clavo ardiendo en tu frente

Si tú eres la marea matutina
yo soy el grito del primer pájaro

Si tú eres la cesta de naranjas
yo soy el cuchillo de sol

Si tú eres el altar de piedra
yo soy la many sacrílega

Si tú eres la tierra acostada
yo soy la caña verde

Si tú eres el salto del viento
yo soy el fuego enterrado

Si tú eres la boca del agua
yo soy la boca del musgo

Si tú eres el bosque de las nubes
yo soy el hacha que las parte

Si tú eres la ciudad profanada
yo soy la lluvia de consagración

Si tú eres la montaña amarilla
yo soy los brazos rojos del liquen

Si tú eres el sol que se levanta
yo soy el camino de sangre

(Octavio Paz)

Illustration

 

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La montagne (Jean Ferrat)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2022




Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

(Jean Ferrat)

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Promenade en montagne (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




Illustration: He Zhihong
    
Promenade en montagne

Un chemin de pierre serpente au loin dans la montagne d’automne.
Des maisons transparaissent au coeur d’un nuage blanc.
Je m’arrête pour admirer la forêt d’érables, jusqu’au soir,
Ses feuilles givrées sont plus rouges encore que les fleurs du printemps.

***

(Du Mu)

Recueil: Poèmes de Chine de l’époque dynastique des Tang
Traduction: Guillaume Olive & He Zhihong
Editions: Seuil

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A un enfant turc (Michel Cosem)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2022



    

à un enfant turc

Ton sourire ouvre la porte du monde
ton geste doux parle d’un pays
d’arbres et de sources
de chants ensoleillés
de tambours qui battent dans la nuit
de légendes au coeur gros
du blé qui pousse si haut dans la montagne
et du vent au goût de résine

Ton sourire ouvre la porte du monde
il est comme un cerf-volant dans l’azur
il va et vient et ne veut jamais s’arrêter

(Michel Cosem)

Recueil: La cour couleurs Anthologie de poèmes contre le racisme
Traduction:
Editions: Rue du monde

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Susurre le vent (Wang Bo)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Illustration: Shen Zhou  
    
Susurre le vent : ombres, fraîcheurs
Purifiant pour moi vallons et bois
Il fouille, près du torrent, la fumée d’un logis
Et porte la brume hors des piliers de montagne

Allant, venant, sans jamais laisser de traces
S’élève, s’apaise, comme mû par un désir
Face au couchant, fleuve et mont se calment :
Pour vous, il éveille le chant des pins

(Wang Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Départ à l’aube sur le mont Shang (Wen Ting-yun)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Illustration: Leslie Goh
    
Départ à l’aube sur le mont Shang

Départ avant l’aube : les clochettes qui tintent
Ravivent la nostalgie des voyageurs –
Gîte de chaume sous la lune : chant d’un coq
Pont de bois couvert de givre : traces de pas

Tombent les feuilles sur la route de montagne
Quelques fleurs éclairent les murs du relais
Rêvant encore au pays de Du-ling
Les oies sauvages, près de l’étang, s’attardent

(Wen Ting-yun)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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