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Poésie

Posts Tagged ‘montagne’

Une pierre tomba de la montagne (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Une pierre
Tomba de la montagne
Et se posa
Tout juste sur une fourmilière

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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AVENTURE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
AVENTURE

Était-ce hier ou clans un temps lointain ?

La vibration de l’air à peine on l’entendait
(C’était le cri de l’alouette invisible)

J’étais seul, habité par une multitude muette
où grondait la colère des mauvais jours.

Dans cette large plaine coulait sans doute un fleuve
et au-delà pâlissaient les montagnes mais on ne les voyait pas

Le reflet de ma peine
identique à ma joie
plongeait dans les ténèbres vides.

Quelqu’un passa, ou quelque chose
« Qui est là ? » — demandai-je

Nul ne répondit.
Mais une feuille tomba

et le rideau s’entrouvrit
sur le paisible abîme de mes jours.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chagrin de la nuit (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Chagrin de la nuit somnolente aux rides assoupies
Lentes sont les fissures de l’aube certaine

L’étoile m’a attelé à son aile ô sourde beauté
Fol oiseau je suis dans la demeure hantée

Eclair je te pardonne mon coeur est de foudre
Fendre la montagne hâlée le silence n’est que tempête

***

The sorrow of a languid night with drowsy wrinkles
Slow in coming are the cracks of the certain dawn

The star has harnessed me to its wing o deaf beauty
Mad bird I am in the haunted abode

Lightning I forgive you my heart is made of a thunderbolt
Splitting the sunburnt mountain the silence is only storm

(Tahar Bekri)

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Quelquefois (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Le dernier déchirement
est pour la neige
pour des milliers de papillons
qui entourent la peur muette
d’un arbre

Quelquefois
c’est ton baiser
qui annule la montagne.

(Christian Viguié)


Illustration: Auguste Rodin

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Ton baiser (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Le dernier déchirement
est pour la neige
pour des milliers de papillons
qui entourent la peur muette
d’un arbre

Quelquefois
c’est ton baiser
qui annule la montagne.

(Christian Viguié)


Illustration: Alain Gagnon

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Que faire de la petite voix (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019




Que faire de la petite voix
Sans voix
Qui dit des choses
Qu’on ne dit pas
Même
A l’oreille qui n’entend pas

On la connaît grain de sable
Tombée des meules
De la montagne
Où presque personne ne va

On la savait goutte de pluie
D’une pluie
Dont les dernières
Moussons faisaient cadeaux

On traîne ce lambeau d’âme
Comme une carie
Parmi les canines aiguisées
Du quotidien

Et les molaires
Mâcheuses de crépuscules

La parole sans verbe envoie
Ses marteaux-piqueurs
Défoncer
La mosaïque de nos images

Et les parpaings mal ajustés
Du silence
Ecrasent le reste en tombant

Laissant
Sur ces gravats
Les luzernes dorées et folles

(Werner Lambersy)

Illustration: Jeana Sohn

 

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La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Salut printemps (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Salut printemps

la montagne est en feu
le matin l’incendie
et le plus haut sommet
un sapin le couronne

et debout sur la cime
je regarde le monde
ô monde tout fleuri
sous les fleurs je te vois

***

Frühlingsgruß

Es steht ein Berg in Feuer,
In feurigem Morgenbrand,
Und auf des Berges Spitze
Ein Tannbaum überm Land.

Und auf dem höchsten Wipfel
steh ich und schau vom Baum,
O Welt, du schöne Welt, du,
Man sieht dich vor Blüten kaum !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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