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Ils cassent le monde (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Zdzislaw Beksinski  ax 1976

Ils cassent le monde

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau

Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez

Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurai toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties

Et même,
même s’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s’attarde un peu de mon sang
Je l’aime je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J’aime ce judas qui s’ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête, je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l’aime, je l’aime
Je l’aime pour de bon

Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon coeur

(Boris Vian)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Envahi de chaleur (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Envahi de chaleur mon corps gonflé d’attente
est une plage qui se souvient de la marée.
Mon corps est une plage à la marée montante.

(Pierre Béarn)

Illustration: William Bouguereau

 

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LES VIEUX AIMENT BIEN (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Carl Kronberger

    

LES VIEUX AIMENT BIEN

Les vieux aiment bien
les petits faits certains.
Le courrier arrivera
à quatre heures pile, pas environ,
les mots croisés seront
en haut à gauche de la
page vingt-trois.

Le poids d’un enfant,
les longueur et largeur d’une chaussure,
le montant exact d’une facture
et sa date de paiement,

l’endroit de tel événement,
pas sa raison, mais quand précisément.

Les vieux
n’aiment vraiment pas
aller au-delà

de ce qu’ils connaissent le mieux.

Ils ne veulent pas errer dans la purée, encore moins
passer l’avenir au peigne fin
trop loin de chez eux.

Non, les vieux n’aiment pas du tout
s’éloigner beaucoup
de petits faits certains comme ceux susdits,
le nom, la date, le lieu
et le nombre et l’amour et l’appétit…

Mais qu’y a-t-il avec les vieux ?
Tout le monde vieillit un jour ou deux.

***

OLD MEN ARE FOND

Old men are fond
of little certainties.
The mail will arrive
at exactly three-forty-five,
the crossword puzzle will be
in the upper lefthand corner of
page twenty-three.

The weight of a baby,
the length and breadth of a shoe,
the exact amount of a bill
and when it is due,

the place where it happened,
not why, but precisely when.

Old men
are not at all fond
of going beyond

familiar attachments…

They don’t want to roam in the gloam or to comb
the future with a fine-tooth comb
too far from home.

No, old men are not at all fond
of going much distance beyond
such little certainties as those mentioned above,
the name and the date and the place
and the number and hunger and love…

But what about old men?
Everybody gets to be old now and then.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Comme la marée montante (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2016



comme la marée montante
diminue l’île
la peur isole
tout est dehors
même le dedans
mais de ces gués frileux
il en vient
une longue lumière

***

as the rising tide diminishes the island
fear isolates
everything is outside
even the inside
but from these shivering crossings
there comes
a long light

(Heather Dohollau)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Mer montante (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Mer montante

Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
Du Raz jusqu’à Penmarc’h la côte entière fume,
Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
A travers la tempête errent les goëlands.

L’une après l’autre, avec de furieux élans,
Les lames glauques sous leur crinière d’écume,
Dans un tonnerre sourd s’éparpillant en brume,
Empanachent au loin les récifs ruisselants.

Et j’ai laissé courir le flot de ma pensée,
Rêves, espoirs, regrets de force dépensée,
Sans qu’il en reste rien qu’un souvenir amer.

L’Océan m’a parlé d’une voix fraternelle,
Car la même clameur que pousse encor la mer
Monte de l’homme aux Dieux, vainement éternelle.

(José-Maria de Hérédia)

Illustration

 

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