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Poésie

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Un homme arrive au paradis (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Un homme arrive au paradis.
Il demande à un ange de lui montrer le chemin qu’ont dessiné ses pas sur terre.
Par curiosité. Par enfantin désir de voir et de savoir.

Rien de plus simple, dit l’ange, allez vers cette fenêtre et regardez.
L’homme approche son visage de la vitre et contemple la trace de ses pas sur la terre,
depuis son enfance jusqu’à son dernier souffle.
Quelque chose l’étonne : parfois il n’y a plus de traces.
Parfois le chemin s’interrompt et ne reprend que bien plus loin.

Ces absences, dit l’ange,
correspondent à ces jours où votre vie était trop lourde pour que vous puissiez la porter.
Je vous prenais donc dans mes bras,
jusqu’au jour suivant où la joie vous revenait — et vos forces avec elle.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Pour quelques-uns penchés (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2022




    
Pour quelques-uns penchés
Sous le fardeau amer
Pour quelques-uns
Qui penseraient avoir le coeur
Brisé
L’instant s’étire
À perdre haleine
Un voile se déchire
Et montre à nu les plaies
Du ciel

Puis tout revient à l’ordre

Et c’est comme le tremblement
Des feuilles
Après une bourrasque

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Sous l’imperturbable clarté Choix de poèmes 1983-2014
Traduction:
Editions: Gallimard

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Souviens-toi (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2022



 

Valérie Sjodin  wonder-of-beauty [1280x768]

Souviens-toi mon petit le lac était si calme,
Chacun de tes sourires me remplissait le coeur
Tu m’as montré le cygne, un léger bruit de palmes
Et dans tes yeux levés je lisais le bonheur.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Valérie Sjodin

 

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La belle vieille (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2022



Illustration: Christelle Fontenoy 
    

La belle vieille

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

(François Maynard)

 

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Circonstances (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2022



    
Circonstances

La géographie et l’histoire de chaque être
Lui sont particulières selon qu’il va naître
Dans tel ou tel pays, de tels ou tels parents,
Sous quelle conjoncture et quels événements.

Son bagage essentiel est sa petite enfance :
L’amour reçu ou, au contraire, la souffrance
Paveront son chemin, seront déterminants,
Et son regard d’adulte en sera différent.

Il n’y a jamais dans une même brassée
Deux fleurs identiques malgré les apparences.
La chaîne et la trame que la vie a tissées
Font notre unicité et notre différence.

Nous ne savons jamais de quoi demain est fait,
De quels accidents ou de quelles rencontres,
Mais, quand nous grandissons, l’expérience nous montre
Qu’il est bon de savoir jouir de chaque bienfait.

Nous sommes tour à tour, selon les circonstances,
Pleins d’ombre ou de lumière, tristes ou joyeux,
Et, si le soleil brille, il faut saisir sa chance
Et vivre le présent comme un cadeau des Cieux.

(Béatrice Bastiani-Helbig)

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Sur les remparts (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2022


Toujours mille flèches de soleil, chacune est pour nous.
Il fait chaud ici comme la terre est ronde comme l’oeil est visible du bonheur.
Au-dessus des remparts où le soleil couchant éparpille sa boule énorme entre les orangers,
toi, tout à l’heure, tu laisseras monter tes seins dans mes paumes
pour dorer notre nuit.

(André Frénaud)

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Miettes pour un rouge-gorge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022




    
Miettes pour un rouge-gorge
Bravo, Mathys!
à Raphaël Segura, peintre

Raphaël dit à Mathys,
son petit-fils de huit ans:
«Puisque tu es en vacances
et qu’il fait beau, ce matin,
nous pourrions aller au zoo,
mais j’ai mieux à te proposer.
Nous irons rendre visite
dans son mas, à la campagne,
au vieux poète Jean Joubert.
Il a écrit des romans,
des contes, des poèmes,
des albums pour les enfants,
des haïkus sur des galets,
il a parlé de ma peinture.
il te montrera des livres,
il te lira des histoires,
il t’écrira un poème.
— Non, dit Mathys résolument,
j’aime mieux aller voir les singes ! »

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le bois sec (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022




    
Le bois sec

Brûler Je songe à ma cendre
quand m’appellent des forêts
Ô feux Mais à leur voix tendre
répond votre chant secret

Je suis né pour cette fête
barbare ces rites purs
ce mortel assaut de bêtes
contre le défi des murs

J’aime la gloire soudaine
des flammes j’aime le bref
sursaut de passion de haine
du feu saluant son chef

Brûler Mon sang me calcine
Pas un coin de chair ombreux
Et si pourtant mes racines
trouvaient un sol généreux

un peu d’eau de sable Le sable
d’où je sors verrait des fruits
Non De cette paix durable
la fin seule me séduit

Je ne porte ni lumière
ni chaleur en mon corps mais
ce n’est qu’au centre des pierres
qu’on trouve un feu qui dormait

Verdoyez branches dociles
aux commandements des dieux
Je montre mon bois fossile
C’est lui qui flambe le mieux.

(Liliane Wouters)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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Nocturne (Germaine Beaumont)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022



Illustration: George Hyde Pownall
    
Nocturne

Des Irlandaises vendaient sous les portes
des pommes de terre qui me brûlaient les doigts.
Quel vent désolé vous apporte
Londres, mon Londres d’autrefois ?

Les chats cousaient les maisons l’une à l’autre
d’un fil noir, d’un fil roux, d’un fil blanc.
Ils faufilaient le jour et la nuit l’un à l’autre.
Des « derelicts » dormaient, distingués, sur des bancs.

La Tamise montait, mais en nappes légères
d’odeurs et de brouillards ténus.
Que de songes ainsi, dans l’ombre, sont venus
se prendre à vos chapeaux, nocturnes passagères !

L’Adelphi, vers le flot glissait en froides pentes
qu’une lanterne transperçait.
Et l’ivresse nouait sa forme titubante
aux « street lamps » qu’elle enlaçait.

Parfois un rat, qu’un bruit insolite déloge
s’enfonçait dans la vase avec un sifflement.
L’éternité bat dans vos cœurs comme une horloge,
Pèlerins de la nuit qui marchez en dormant.

J’ai frôlé, jeune encor, sans mesurer le risque,
ces épaves du temps perdu,
Cléopâtre dressant sa petite obélisque,
montrait le ciel d’un doigt tendu.

Elle perçait de l’aiguille,
votre opaque intensité,
nuit de Londres où scintille,
l’astre du déshérité.

Le bruit d’un pas, ce tendre ami des rues désertes
sonne encor dans mon souvenir.
Mon cœur attend au seuil d’une porte entrouverte,
ce qui ne peut plus revenir.

Mon cœur perçoit au loin le convoi qui déraille
avec ses morts et ses vivants.
Quelqu’un court dans la nuit derrière un brin de paille
mais c’est le vent, mais c’est le vent.

(Germaine Beaumont)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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La pluie printanière et les nuages au printemps (Fenyang Shanzhao)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2022




    
La pluie printanière et les nuages au printemps
Redonnent vie à toute la création.
L’émeraude des collines parsème la campagne,
Du vert des plantes, les nuances s’étalent.
Que la pluie cesse et c’est le calme du vide,
Que les nuages disparaissent et le ciel montre sa vraie couleur.
Je le dis à qui veut cultiver le Tao:
Quoi d’autre pourrait mieux le révéler!

(Fenyang Shanzhao)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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