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Poésie

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Je ne suis rien sans toi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Albert Aublet
    
Je ne suis rien sans toi,
sans ton visage contre le mien.
Tu étais pour moi le pain
dont on ne se lasse jamais.

Tu avais cette odeur des foins
qui bouleverse tout un couchant.
Tu es morte sur les photos
où tu souris pourtant éternelle.

J’ai cru t’entendre respirer :
ce n’est que mon coeur qui bat.
J’ai perdu l’espoir de te retrouver
dans les fenêtres entr’ouvertes de la ville.

Je ne suis plus qu’un homme
loin d’une femme aimée,
loin d’une vie qui n’est plus la sienne,
loin d’un regard qui me montrait le jour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les objets (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Dino Boschi (11)

 

Les objets aident le jour naissant
à aller à la rencontre de ton regard
et ils reprennent aussitôt leurs visages
de témoins d’un monde sans profondeur

Pour communiquer les uns avec les autres,
ils ont tout un alphabet de reflets
et dès que tu franchis le seuil de ma porte
ils te montrent la place qu’ils t’ont gardée près de moi.

Ils ne peuvent partager notre existence
mais à travers leurs doigts mal joints
ils s’étonnent parfois de découvrir qu’à deux
nous pouvons ne plus former qu’un seul objet.

(Lucien Becker)

Illustration: Dino Boschi

 

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LE LOUP ET L’AGNEAU (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017


 


 

LE LOUP ET L’AGNEAU

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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À l’intérieur de la substance essentielle (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Gao Xingjian
    
À l’intérieur de la substance essentielle
La promesse d’un don
L’astre de la délivrance est tout blanc
Tellement blanc qu’il est invisible
Il faut deviner ses formes et son trajet
Car c’est lui qui montre le chemin
Pour parvenir à une trouée de lumière
Aussi puissante que la Vérité.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Quand une femme relève sa chevelure (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Arkady Ostritsky
    
Quand une femme relève sa chevelure,
c’est pour montrer sa nuque
et nous plonger dans la mer des illusions.

L’érotisme tient parfois à un cheveu,
présent, absent, volant.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Un homme arrive au paradis (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Un homme arrive au paradis.
Il demande à un ange de lui montrer le chemin qu’ont dessiné ses pas sur terre.
Par curiosité. Par enfantin désir de voir et de savoir.

Rien de plus simple, dit l’ange, allez vers cette fenêtre et regardez.
L’homme approche son visage de la vitre et contemple la trace de ses pas sur la terre,
depuis son enfance jusqu’à son dernier souffle.
Quelque chose l’étonne : parfois il n’y a plus de traces.
Parfois le chemin s’interrompt et ne reprend que bien plus loin.

Ces absences, dit l’ange,
correspondent à ces jours où votre vie était trop lourde pour que vous puissiez la porter.
Je vous prenais donc dans mes bras,
jusqu’au jour suivant où la joie vous revenait — et vos forces avec elle.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Montre ta face (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Montre ta face, car je désire le verger et la roseraie,
Ouvre tes lèvres, car je désire sucre en abondance.

Ô Soleil, fais surgir ta face du voile de nuage,
Car je désire le radieux éclat de ce visage.

(Mawlana Rûmî)

 

 

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INCONSÉQUENT (Léo Trézenik)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017



INCONSÉQUENT

On veut bien m’accorder d’être un garçon tranquille ;
Et moi j’ajouterai même très paresseux.
Je hais toute fatigue, et ne suis pas de ceux
Qui se hâtent pour voir la troupe qui défile.

Je ne suis pas badaud et dans les carrefours
On ne m’a jamais vu m’esbaudir aux Hercules
Encadrés de bourgeois béats et ridicules
Qui se payent cela pour un sou tous les jours.

Je ne suis même pas curieux et dédaigne
De voir passer le roi d’Espagne ou de Sardaigne,
Gambetta le Superbe, ou le maréchal Rrran.

Et pourtant que de fois, d’une course obstinée.
On m’a surpris à suivre, et toute une journée,
Une femme qui montre un bout de son bas blanc !

(Léo Trézenik)

Illustration: Paul Journet

 

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J’ai vu ces songeurs, ces poètes (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



    

J’ai vu ces songeurs, ces poètes,
Ces frères de l’aigle irrité.
Tous montrant sur leurs nobles têtes
Le signe de la Vérité.

Et près d’eux, comme deux statues,
Qui naquirent d’un même effort,
Se tenaient, de blancheur vêtues.
Deux vierges, la Vie et la Mort :

Mais enfin la compagne sûre
Venait ; la radieuse Mort
Lavait tendrement la blessure
De leurs seins exempts de remord.

Ainsi que les mères farouches
Qui sont prodigues du baiser,
Elle les baisait sur les bouches,
Doucement, pour les apaiser.

(Théodore de Banville)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Mener plus loin (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 Illustration
    
Mener plus loin

La pendule assassine
De son tic tac tes années

Aucune aiguille
Ne montre
Le chemin du retour

Le pas du temps
Te mènera
Au-delà

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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