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Poésie

Posts Tagged ‘monument’

Un arc de triomphe (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

hirondelles 2

Un arc de triomphe

Tout ce qu’ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C’est que c’était à cause d’elles
Qu’on élevait un monument.

Leur nid s’y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu’elles ont pris ce champ d’asile
Pour causer d’affaire, ou d’amour.

En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l’hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.

Dans le casque de la Victoire
L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,
Qui, tout ignorants de l’histoire,
Eclosent fiers comme chez eux.

Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr’ouvert.

La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l’étranger
« Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger. »

Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s’entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s’entr’aimaient en bas.

La guerre est un cri de cigale
Pour l’oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n’égale
N’est vu qu’à peine en si haut lieu.

Voilà pourquoi les hirondelles,
A l’aise dans ce bâtiment,
Disent que c’est à cause d’elles
Que Dieu fit faire un monument.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

http://henriettel.canalblog.com/archives/2010/07/11/18545629.html

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C’est plus près et plus loin que cela (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Toute architecture est ce que vous faites d’elle quand vous la regardez,
(Pensiez-vous que le monument était dans la pierre blanche ou grise ?
Y était-elle la ligne des voûtes et des corniches ?)

Toute musique est ce qui s’éveille en vous quand les instruments vous le rappellent,
Ce ne sont ni les violons, ni les cornets, ni les hautbois
ou les tambours battants, le solo du baryton filant sa romance
ou la partie du choeur des hommes ni celle du choeur des femmes,
C’est plus près et plus loin que cela.

(Walt Whitman)

 

 

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Fut-il onc monument (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



 

Pavlovets Alexander

Fut-il onc monument si beau que votre sein ?

(Philippe Desportes)

Illustration: Pavlovets Alexander

 

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La beauté (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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PALAIS SOUTERRAIN (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018


 



    
PALAIS SOUTERRAIN

Au-dessus d’un palais ancien
enfoui sous la plaine
marche une serve
des insectes armés
sous ses pieds meurent
sauf quelques-uns blessés
qui survivront jusqu’au soleil bas
dans l’heure qu’un homme
avide de civet sombre
emporte à son épaule
la bêche du fossoyeur.
Il faudra encore des ans
avant que le monument
ne soit exhumé
du sol rouge ravagé
par pluies et vents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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DERNIÈRES VOLONTÉS (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration: Otto Dix
    
DERNIÈRES VOLONTÉS

Ôtez donc de mon visage ce drapeau : ça me chatouille !
Ensevelissez dedans mon chat ensevelissez-le là-bas
où se trouvait mon jardin chromatique.

Ôtez donc de ma poitrine cette couronne de fer-blanc :
ça bat la breloque !
Foutez-la sur le stock de statues en vrac
et donnez les rubans aux putains qu’elles s’en parent.

Dites des prières au téléphone mais coupez le fil,
ou bien enveloppez-les dans un mouchoir avec des miettes de pain
et jetez-les dans l’étang à ces crétins de poissons.

Que l’évêque reste chez lui et se soûle
Qu’on lui donne un barillet de rhum,
prêcher donne soif.

Et fichez-moi la paix avec vos monuments et vos huit reflets !
de ce beau marbre pavez une ruelle inhabitée
une ruelle pour oiseaux.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Sur les fleuves (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Sur les fleuves que le soir fait déborder,
dans les champs qui deviennent au loin un horizon,
au-dessus des arbres soudain changés en ciel,
j’ai vu la joie paraître à visage découvert.
Elle avait souffert des siècles durant
de devoir vivre entre le regard des hommes,
à la merci d’une larme qui coule au moment
où l’espace s’élève de tout son monument de lumière,
à la merci des pays inconnus
qui s’étendent d’une tempe à l’autre,
à la merci des déserts que la mort élargit
entre des êtres qui se comptent à l’heure des repas.
Mais je ne l’ai vu que le temps de la reconnaître.
Elle s’en est allée d’un seul coup
comme une branche chargée de fruits
qui échappe des mains de qui veut la retenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’île d’Ulysse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Firmin Girard
    

L’île d’Ulysse

L’île d’Ulysse était-elle mon île ?
La retrouvant, je ne la reconnus,
terre étrangère où je n’étais moi-même
qu’en reniant le voyage et le Temps.

Ne vivait là qu’une troupe d’aveugles.
Je connaissais ma propre cécité,
je ne voyais que d’anciennes lumières.

Oh ! repartir, retrouver l’onde et l’âme,
le flot changeant, les dangers qui nous sauvent
et cette étrave où la mer se déchire.

C’était hier. J’oubliais les écueils,
celui de vivre et celui de mourir,
maître d’exil et roi de mon errance.

J’entends au loin le chant vert des sirènes.
J’ai tant rêvé d’être bu par ces bouches,
jamais le sort n’aura si beau visage.

Contre l’appel de l’énigme, des liens !
Ce corps tendu, ce cri dans mes cavernes,
l’étouffement de l’être dans mon être.

Tu le savais : jamais plus l’aventure.
Que devenir sur cette terre morne ?
Nul monument ne voit tourner son ombre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Grisonnante lumière (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



L’arbre de Judée
se tord comme un serpent de roses
autour s’élèvent des moments
de marronniers en fleurs, monuments

Du vert, puissante célébration
de la couleur et du parfum. Jaillissement
du coeur végétal fervent qui porte
une goutte de sang dans la soudaine

Grisonnante lumière. Le vent soulève
la poussière des Tuileries, la tristesse
qui prépare l’amour et son reflux
comme un grand coup d’écriture

Disperse les ombres les saluts
à des moments de vie. Sables,
embruns, cris des oiseaux de mer.

(Claude Adelen)

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Le matin étrange (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2017



 

Le matin étrange des monuments
et des cimetières

La mousse douce sur les noms gravés
dans la pierre des vieilles tombes

Des fleurs se fanent
Chaque pétale perdu
S’ajoute au silence

(Georges Bonnet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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