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Poésie

Posts Tagged ‘monument’

La beauté (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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PALAIS SOUTERRAIN (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018


 



    
PALAIS SOUTERRAIN

Au-dessus d’un palais ancien
enfoui sous la plaine
marche une serve
des insectes armés
sous ses pieds meurent
sauf quelques-uns blessés
qui survivront jusqu’au soleil bas
dans l’heure qu’un homme
avide de civet sombre
emporte à son épaule
la bêche du fossoyeur.
Il faudra encore des ans
avant que le monument
ne soit exhumé
du sol rouge ravagé
par pluies et vents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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DERNIÈRES VOLONTÉS (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration: Otto Dix
    
DERNIÈRES VOLONTÉS

Ôtez donc de mon visage ce drapeau : ça me chatouille !
Ensevelissez dedans mon chat ensevelissez-le là-bas
où se trouvait mon jardin chromatique.

Ôtez donc de ma poitrine cette couronne de fer-blanc :
ça bat la breloque !
Foutez-la sur le stock de statues en vrac
et donnez les rubans aux putains qu’elles s’en parent.

Dites des prières au téléphone mais coupez le fil,
ou bien enveloppez-les dans un mouchoir avec des miettes de pain
et jetez-les dans l’étang à ces crétins de poissons.

Que l’évêque reste chez lui et se soûle
Qu’on lui donne un barillet de rhum,
prêcher donne soif.

Et fichez-moi la paix avec vos monuments et vos huit reflets !
de ce beau marbre pavez une ruelle inhabitée
une ruelle pour oiseaux.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Sur les fleuves (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Sur les fleuves que le soir fait déborder,
dans les champs qui deviennent au loin un horizon,
au-dessus des arbres soudain changés en ciel,
j’ai vu la joie paraître à visage découvert.
Elle avait souffert des siècles durant
de devoir vivre entre le regard des hommes,
à la merci d’une larme qui coule au moment
où l’espace s’élève de tout son monument de lumière,
à la merci des pays inconnus
qui s’étendent d’une tempe à l’autre,
à la merci des déserts que la mort élargit
entre des êtres qui se comptent à l’heure des repas.
Mais je ne l’ai vu que le temps de la reconnaître.
Elle s’en est allée d’un seul coup
comme une branche chargée de fruits
qui échappe des mains de qui veut la retenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’île d’Ulysse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Firmin Girard
    

L’île d’Ulysse

L’île d’Ulysse était-elle mon île ?
La retrouvant, je ne la reconnus,
terre étrangère où je n’étais moi-même
qu’en reniant le voyage et le Temps.

Ne vivait là qu’une troupe d’aveugles.
Je connaissais ma propre cécité,
je ne voyais que d’anciennes lumières.

Oh ! repartir, retrouver l’onde et l’âme,
le flot changeant, les dangers qui nous sauvent
et cette étrave où la mer se déchire.

C’était hier. J’oubliais les écueils,
celui de vivre et celui de mourir,
maître d’exil et roi de mon errance.

J’entends au loin le chant vert des sirènes.
J’ai tant rêvé d’être bu par ces bouches,
jamais le sort n’aura si beau visage.

Contre l’appel de l’énigme, des liens !
Ce corps tendu, ce cri dans mes cavernes,
l’étouffement de l’être dans mon être.

Tu le savais : jamais plus l’aventure.
Que devenir sur cette terre morne ?
Nul monument ne voit tourner son ombre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Grisonnante lumière (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



L’arbre de Judée
se tord comme un serpent de roses
autour s’élèvent des moments
de marronniers en fleurs, monuments

Du vert, puissante célébration
de la couleur et du parfum. Jaillissement
du coeur végétal fervent qui porte
une goutte de sang dans la soudaine

Grisonnante lumière. Le vent soulève
la poussière des Tuileries, la tristesse
qui prépare l’amour et son reflux
comme un grand coup d’écriture

Disperse les ombres les saluts
à des moments de vie. Sables,
embruns, cris des oiseaux de mer.

(Claude Adelen)

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Le matin étrange (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2017



 

Le matin étrange des monuments
et des cimetières

La mousse douce sur les noms gravés
dans la pierre des vieilles tombes

Des fleurs se fanent
Chaque pétale perdu
S’ajoute au silence

(Georges Bonnet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Si peu de vie soudain (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2017



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Si peu de vie soudain
Un journal oublié sur un banc

Des feuillages jaunis
la chute de quelques feuilles

Un monument aux morts
droit dans sa mémoire

(Georges Bonnet)

 

 

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VAINES PAROLES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



VAINES PAROLES

Pourquoi voulez-vous que j’oublie
Et que je mette au monument
Ou bien au bûcher consumant
Mon ancienne amour abolie?

Pourquoi voulez-vous à mes maux
Trouver l’inutile remède?
Pourquoi ce vain discours qui m’aide
A me consoler par des mots?

Vous aurez beau dire et beau faire,
Il manque pour mon cœur d’amant
Une étoile à mon firmament,
Un parfum dans mon atmosphère.

D’un bon conseil vous m’éclairez.
Mais, hélas ! je connais d’avance
Quelle pauvre et maigre chevance
On apporte aux désespérés.

On dit, je l’ai dit comme un autre.
Que les regrets sont superflus,
Que le passé ne revient plus,
Et que ce sort-là c’est le nôtre,

Et qu’une fois l’amour parti,
Le plus sage est qu’on y renonce.
Mais tout cela vaut-il une once
De son baiser le plus petit?

D’autres, pour calmer ma détresse,
Vont me parler de cieux meilleurs,
Et chanter que l’on doit ailleurs,
Là-haut, rejoindre sa maîtresse.

Ceux-là connaissent nos défauts
Et nos désirs d’âme immortelle.
Mais cette âme-là, d’où sort-elle?
Et qui l’a vue? où donc?… C’est faux.

Il faudrait croire à ces mensonges
Pour y trouver l’apaisement.
Pour moi votre hypothèse ment
Encor plus que mes anciens songes.

Je ne suis pas de vos chrétiens
Que notre ici-bas embarrasse.
Je ne suis pas de votre race.
Je crois au bonheur que je tiens.

C’est pourquoi mes regrets avides
N’espèrent pas de lendemains.
J’avais mon bonheur dans les mains
Et maintenant mes mains sont vides.

Mais je veux y penser ; je veux,
En fermant mes yeux lourds de fièvres,
Sentir sa bouche sur mes lèvres,
Sentir mes doigts sur ses cheveux;

Et dans ma pensée agrandie
Son souvenir qui vit toujours
Sur le pays de mes amours
Flambera comme un incendie.

(Jean Richepin)

 

 

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Je t’adore mon Lou (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

 

Je t’adore mon Lou et par moi tout t’adore
Les chevaux que je vois s’ébrouer aux abords
L’appareil des monuments latins qui me contemple
Les artilleurs vigoureux qui dans leur caserne rentrent
Le soleil qui descend lentement devant moi
Les fantassins bleu pâle qui partent pour le front pensent à toi.
Car ô ma chevelure de feu tu es la torche
Qui m’éclaire ce monde et, flamme, tu es ma force

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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