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Poésie

Posts Tagged ‘moqueur’

Le Rêve le plus proche (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



Le Rêve le plus proche – recule – irréalisé –
Le Ciel que l’on poursuit –
Comme l’Abeille de Juin – devant l’Ecolier –
Invite à la Course –
Descend sur un Trèfle facile –
Plonge – échappe – agace – se déploie –
Puis – vers les Nues Royales –
Elève son léger Esquif –
Insoucieux du Garçon –
Qui contemple – ahuri – le Ciel moqueur –
Regrettant le Miel constant –
Ah – l’Abeille ne fuit point –
Qui fabrique cette rare variété !

(Emily Dickinson)


Illustration

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LE FAUX ET LE VRAI VERT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    

LE FAUX ET LE VRAI VERT

Tu ne m’attends plus avec le coeur vil
de l’horloge. Qu’importe si tu ouvres
ou fixes la désolation : il reste les heures épineuses,
dénudées, avec les feuilles qui soudain
cognent contre les vitres de ta
fenêtre, haute sur deux allées de nuages.
Il me reste la lenteur d’un sourire,
le ciel sombre d’une robe, un velours
couleur rouille enroulé sur tes cheveux
et déployé sur tes épaules et ton visage
noyé dans une eau à peine mouvante.

Coups de feuilles d’un jaune rugueux,
oiseaux de suie. D’autres feuilles
craquèlent les branches et déjà s’élancent,
enchevêtrées : le faux et le vrai vert
de l’avril, ce rictus moqueur
à la sûre fleuraison. Mais tu ne fleuris plus
tu n’ajoutes plus les jours ni les songes qui s’élèvent
de notre au-delà, tu n’as plus tes yeux
d’enfant, tu n’as plus tes mains tendres
pour chercher mon visage qui me fuit ?
Reste la pudeur d’écrire des vers
de journal ou de pousser un cri dans le vide
ou dans ce coeur incroyable encore
en butte avec son temps exhaussé.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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FÊTES DE VILLAGE EN PLEIN AIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



 

Carl Larsson  -« Petit déjeuner dans le parc » [1280x768]

FÊTES DE VILLAGE EN PLEIN AIR

Le bal champêtre est sous la tente.
On prend en vain des airs moqueurs ;
Toute une musique flottante
Passe des oreilles aux coeurs.

On entre, on fait cette débauche
De voir danser en plein midi
Près d’une Madelon point gauche
Un Gros-Pierre point engourdi.

On regarde les marrons frire ;
La bière mousse, et les plateaux
Offrent aux dents pleines de rire
Des mosaïques de gâteaux.

Le soir on va dîner sur l’herbe ;
On est gai, content, berger, roi,
Et, sans savoir comment, superbe,
Et tendre, sans savoir pourquoi.

Feuilles vertes et nappes blanches ;
Le couchant met le bois en feu ;
La joie ouvre ses ailes franches :
Comme le ciel immense est bleu!

(Victor Hugo)

Illustration: Carl Larsson 

 

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Chanson d’Après-midi (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n’est pas celui d’un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t’adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion!
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l’énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d’un encensoir;
Tu charmes comme le soir
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Ou fait revivre les morts!

Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser;

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon coeur
Ton oeil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur!
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie!

(Charles Baudelaire)

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Les bijoux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



nue aux bijoux 1 [800x600]

Les bijoux

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

(Charles Baudelaire)

Illustration

 

 

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La Béatrice (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Dans des terrains cendreux, calcinés, sans verdure,
Comme je me plaignais un jour à la nature,
Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J’aiguisais lentement sur mon cœur le poignard,
Je vis en plein midi descendre sur ma tête
Un nuage funèbre et gros d’une tempête,
Qui portait un troupeau de démons vicieux,
Semblables à des nains cruels et curieux.
A me considérer froidement ils se mirent,
Et, comme des passants sur un fou qu’ils admirent,
Je les entendis rire et chuchoter entre eux,
En échangeant maint signe et maint clignement d’yeux :

—«Contemplons à loisir cette caricature
Et cette ombre d’Hamlet imitant sa posture,
Le regard indécis et les cheveux au vent.
N’est-ce pas grand’pitié de voir ce bon vivant,
Ce gueux, cet histrion en vacances, ce drôle,
Parce qu’il sait jouer artistement son rôle,
Vouloir intéresser au chant de ses douleurs
Les aigles, les grillons, les ruisseaux et les fleurs,
Et même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques,
Réciter en hurlant ses tirades publiques ?»

J’aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monts
Domine la nuée et le cri des démons)
Détourner simplement ma tête souveraine,
Si je n’eusse pas vu parmi leur troupe obscène,
Crime qui n’a pas fait chanceler le soleil!
La reine de mon cœur au regard non pareil,
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse.

(Charles Baudelaire)

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Un oiseau caché dans les branches du parc solitaire (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Un oiseau caché dans les branches
du parc solitaire,
rit, l’air moqueur…
Pendant que nous pressons
dans notre verre la pénombre d’un rêve…
Et une part de nous qui est terre dans notre chair
sent, comme une caresse, l’humidité du jardin.

(Antonio Machado)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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La jeune châtelaine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Alexandr Sulimov -    (3)

La jeune châtelaine

« Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.  »
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur.  »
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux. »
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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La demoiselle aux mains légères (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La demoiselle aux mains légères
a des cascades plein les doigts
Elle leur fait prendre un peu l’air
en les emmenant dans les bois

Un seul regard de la pensive
fait fleurir un oiseau rieur
Il est malin comme l’eau vive
volant ici il est ailleurs

D’où venez-vous oiseau moqueur ?
Je suis né de deux mains légères
Où allez-vous oiseau rôdeur ?
Je vais au caprice de l’air

L’oiseau est vraiment délicieux
La demoiselle aux mains légères
a des étoiles plein les yeux
L’oiseau lui chante son grand air

et leur gaîté réjouit les cieux

(Claude Roy)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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Le monde est méchant (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Le monde est méchant

Le monde est méchant, ma petite:
Avec son sourire moqueur
Il dit qu’à ton côté palpite
Une montre en place de coeur.

– Pourtant ton sein ému s’élève
Et s’abaisse comme la mer,
Aux bouillonnements de la sève
Circulant sous ta jeune chair.

Le monde est méchant, ma petite:
Il dit que tes yeux vifs sont morts
Et se meuvent dans leur orbite
A temps égaux et par ressorts.

– Pourtant une larme irisée
Tremble à tes cils, mouvant rideau,
Comme une perle de rosée
Qui n’est pas prise au verre d’eau.

Le monde est méchant, ma petite :
Il dit que tu n’as pas d’esprit,
Et que les vers qu’on te récite
Sont pour toi comme du sanscrit.

– Pourtant, sur ta bouche vermeille,
Fleur s’ouvrant et se refermant,
Le rire, intelligente abeille,
Se pose à chaque trait charmant.

C’est que tu m’aimes, ma petite,
Et que tu hais tous ces gens-là.
Quitte-moi ; – comme ils diront vite:
Quel coeur et quel esprit elle a !

(Théophile Gautier)

Illustration: Charles Dwyer

 

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