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Posts Tagged ‘mordiller’

Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire? (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire?
Sa hanche au grand contour, les globes de ses seins ?
Son crâne a-t-il encor cette crinière noire
Que l’orgie autrefois couronnait de raisins ?

Et son ventre, son dos ? Oh ! que sont devenues
Surtout, par les hasards de l’insensible azur,
Ces épaules cold-cream? et ces lèvres charnues
Où mes dents mordillaient comme dans un fruit mûr?

Et ces cuisses que j’ai fait craquer dans les miennes?
Et ce col délicat, ce menton et ce nez,
Ces yeux d’enfer pareils à ceux des Bohémiennes
Et ses pâles doigts fins aux ongles carminés ?

Il n’y a que l’échange universel des choses,
Rien n’est seul, rien ne naît, rien n’est anéanti,
Et pour les longs baisers de ses métamorphoses,
Ce qui fut mon épouse au hasard est parti!

Parti pour les sillons, les forêts et les sentes,
Les mûres des chemins, les prés verts, les troupeaux,
Les vagabonds hâlés, les moissons d’or mouvantes,
Et les grands nénuphars où pondent les crapauds,

Parti pour les cités et leurs arbres phtisiques,
Les miasmes de leurs nuits où flambe le gaz cru,
Les bouges, les salons, les halles, les boutiques,
Et la maigre catin et le boursier ventru.

Parti… fleurir peut-être un vieux mur de clôture
Par-dessus qui, dans l’ombre et les chansons des nids,
Deux voisins s’ennuyant en villégiature
Échangeront un soir des serments infinis !

(Jules Laforgue)


Illustration: Niklaus Manuel Deutsch

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Le diable se faufile (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
le diable se faufile au jardin d’eden
(caresse-moi belle caresse-moi bien)
et voit qui errent deux êtres humains
—entends les arbres qui se plaignent

la femme et puis l’homme il mordille
(s’ouvrent magnifique s’ouvrent bien)
et leurs yeux sont humides et brillent
—sens un peu ce serpent qui grimpe

dieu il appelle et un ange vient
(baise-moi chéri oh baise-moi bien)
avec une longue large épée de feu
—et comme je jouis ô mon dieu

***

devil crept in eden wood
(grope me wonderful grope me good)
and he saw two humans roaming
—hear that tree agroaning

woman chewed and man he chewed
(open beautiful open good)
and their eyes were wet and shining
—feel that snake aclimbing

lord he called and angel stood
(poke me darling o poke me good)
with a big thick sword all flaming
—o my god I’m coming

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Je prétends à la vie (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



    
Je prétends à la vie
Et ne supporte pas
Qu’on me tienne enfermé
Dans les pages d’un livre

Hors des mots seulement
Je palpite et je suis
Pareil à cette image
Inconnue de moi-même

Si quelqu’un veut toucher
Mon coeur qu’il s’agenouille
Et creuse lentement
Le coeur chaud de la terre

Qu’il soulève en ses mains
La glaise et le terreau
L’humus qui garde encor
Une odeur de châtaigne

Qu’il aille plus profond
Dans la nuit des racines
Là où le feu commence
A mordiller le grain

Qu’il me saisisse enfin
Alors que je dérive
Inlassablement nu
Vers un pays certain.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Mélancolie d’automne (Kóichi Hirako)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



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Mélancolie d’automne –
Un chat
lèche et mordille ses pattes

(Kóichi Hirako)

 

 

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PROMENADE (Denise Jallais)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2015



PROMENADE

Plus d’herbes bleues
Pour me mordiller les paupières dans un pré
Je meule la menthe sauvage
De mes dents d’adulte
Et je la crache sur le chemin
La bouche poivrée d’enfance perdue
L’âme broutée jusqu’à la terre
Par la vie — mouton
Qu’un jour
J’égorgerai.

(Denise Jallais)

 

 

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