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Poésie

Posts Tagged ‘mordu’

Absence (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Absence

Je te laisse : aussitôt
tu circules en moi, cristalline
ou tremblante
ou inquiète, blessée par moi
ou tout d’amour comblée, comme en cet instant
où tes yeux
se ferment sur le présent de la vie
que je ne cesse de t’offrir.

Mon amour,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions soif et nous avons
bu toute l’eau et tout le sang,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions faim
alors nous nous sommes mordus
comme le feu,
il nous en resta des blessures.

Mais attends-moi,
garde-moi ta douceur.
Et je t’offrirai aussi
une rose.

(Pablo Neruda)


Illustration: Salvador Dali

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Encore plus loin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Encore plus loin

Encore plus loin
que la route qui mène nulle part

(Stanislas Rodanski)

Tout entre
en résonance
chez les mordus d’éternité

insurgés plein soleil
toujours prompts au rebond
pied au plancher

ceux-là sont semblables
à des capteurs de particules
soufflées par les vents solaires

ne sommes-nous plus
que des pianos désaccordés
disent-ils

n’avons-nous plus rien
à faire entendre
aurions-nous égaré le verbe

capable
de faire résonner
notre la souverain

écoutons vraiment
écoutons
au plus chaviré

écoutons
ce bleu ardent
la plus ancienne lumière du monde

arpentant ses pistes enflammées
nous pouvons tout délaisser
nous retrouvons notre espace

notre souffle
notre centre
le centre des centres

celui qui se laisse porter
emporter par l’ardeur
est un archange de l’énergie

aimanté
sans fin par l’oeil
de la cible

il enlace les angles morts
glisse en bulle d’éternité
entre deux vies

calligraphiant une poésie ultrasensible
qui défie toute gravité
à l’écoute du chant

au fond des impasses
ou des neurones
il danse à chaque respiration

il sait le secret cher à Michaux
d’une pente
qui dévale vers le haut

bouche d’ombre
en souffle continu
frère d’embuscade

tourbillon somnambule
il retrace l’histoire de la lumière
à travers les espaces-temps

empli tout entier
d’un oui qu’il offre
à perte de coeur

il ne fait qu’un avec le mystère
et sa dimension frémissante
il vibre et vibre encore

une confiance étrange
nous vient soudain
étrange autant qu’illimitée

qui traverse le chant
à l’écoute de l’intuition fusante
à l’écoute du bleu ardent

comment laisser flotter les choses
en rebelle éveillé
comment se redonner de l’espace

comment retrouver cet art
si parfait
du contrôle des accidents

l’absolue justesse
du tempo de l’univers
le continuum de l’énergie

dix mille photons
lancés il y a cinq millions d’années
par quelque géante gazeuse

percutent à l’instant
notre rétine
larmes à ciel ouvert

se dessine
devant nos yeux éblouis
une perle de pur enthousiasme

plus démesurée
plus abyssale même
que le désespoir

sortons du labyrinthe
chevauchons le bleu ardent
captons l’alexandrin du big bang

(Zéno Bianu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Et déjà le soir (Philippe Leuckx)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
Et déjà le soir aux arêtes
Des toits
Et une vague sombre
Indécise
Qui te ronge le coeur
Rideau mordu d’ombre.

(Philippe Leuckx)

 

Recueil: Quelques mains de poèmes
Traduction:
Editions: l’Arbre à paroles

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SOIR (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018



Illustration: Beverly Ash Gilbert
    
SOIR

(Ma Lucie avait-elle
les pieds dans le ruisseau?)

Trois immenses peupliers
une étoile.

Le silence mordu
de grenouilles paraît
une gaze piquée
de verts grains de beauté.

Sur la rive
un arbre sec
se voit fleurir en cercles
concentriques.

Et sur l’eau mes songes s’évadent
vers une fille de Grenade.

(Federico Garcia Lorca)

 

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L’automne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
l’
automne
goûte déjà
les premières feuilles
il broutera bientôt
de son mufle roux
toutes les émeraudes
de la sève.

une
femme
n’est pas un lis
et pourtant
lis lis
son amertume
est bien ta tige
mille fois mordue.

immense
neige
où court l’aiguille
de la foudre
ta nudité
comme un vertige.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Les pommes respirent (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017




    
Les pommes respirent

Ne laissez pas l’amour s’échapper de ses pommes.
Ce sont des fruits mordus, sucrés, puis oubliés.
On trouve dans l’herbage ce qui reste d’un homme ;
pulpes mortes et fraîches, chair qui perdit son nacré.

Le pommier a fleuri dans le gel d’hiver ;
ses pétales ont été emportés au loin par un vent sec.
L’écorce s’est fendue, la mousse est sa misère ;
une roue a écrasé ses pépins, la neige les enterre.

L’amour charnu bouge dans le vent froid,
pomme jaunie par les soucis :
c’est un nomade abandonné sans être en vie,
quel amant a choisi d’être un dieu sans carquois ?

Amour rouge et rond telle une pomme douce,
on retrouve des traces de dents sur la peau neuve.
Est-ce un baiser perdu dont la sève s’abreuve ?
On oublie le pas discret d’une saison trop rousse.

Amour, quoi de plus secret, perdu, abandonné,
la guêpe a mordu son cœur qui fut le tien.
Tu roules sur le chemin avec les chiens,
tu te laisses enfermer dans un blanc compotier.

Amour comestible dont le jus fait du bien.

(Jean Cayrol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Chacun vient avec son silence
Traduction:
Editions: Points

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Il doit y avoir un lieu (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017




    
Il doit y avoir un lieu où un bras
et un autre bras feraient plus que deux bras,
une chaleur de feuilles mordues par la pluie,
le matin si proche même à bout de forces.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Le soleil, la poussière (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



 Illustration

    
Le soleil,
la poussière
plus que lente du sud,

la pierre de l’air
claire et mordue,

la blanche et nue
et si ancienne
poussière du soleil,

vient se poser
sur mes yeux.

Encore.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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LIED (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Alex Alemany secuencia-amorosa

 

LIED

Ah ce soir le vent, amoureux rêvant,
Va pastellisant du ciel émouvant…

Ah ce soir sans doute il est par le monde
Des mille et millions d’endroits où des vents,
Amoureux rêvant,
Ou hordes menant rondes furibondes,
Font des milliers d’yeux émus, par le monde.

Mais toi, faible toi,
Tu n’as que deux yeux et un ciel étroit
Mordu par les toits.

*

Sur terre il y a, par mille et millions,
Des vierges qui font, par mille et millions,
Piaffer des désirs après leurs talons.

Un homme crispé sur chacune d’elles,
Contraignant leurs jambes comme des ailes,
Ouvrira leur chair neuve, et tiède, et frêle,
En épiant leurs yeux…

Mais jamais ta chair
Ne saura le goût premier de tant de chairs,
Et jamais tes yeux
Ne boiront le cri unique de tant d’yeux…

*

Villes et hameaux sur la terre sont
Par mille et millions.
Par mille et millions ils ont des maisons
Où vivre…

Ah pouvoir dans chaque édifier son Livre !
Ah des pages là, puis là-bas remplies !

Las ! tu n’as qu’un livre,
Tu n’as qu’une vie
A vivre.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alex Alemany

 

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Destruction (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Destruction

Ils s’aiment cruellement les amants
et, de tant s’aimer, ils ne se voient pas.
L’un s’embrasse sur l’autre, réfléchi.
Deux amants, que sont-ils? Deux ennemis.

Les amants, enfants par les gâteries
de l’amour abîmés, ne réalisent
comme à s’enlacer ils se pulvérisent,
et ce qui était monde au rien retourne.

Rien, personne. Amour, pur fantôme qui
les promène léger, comme serpent
s’empreint dans le souvenir de sa trace.

Et ils succombent mordus pour toujours.
Ils cessent d’exister, mais l’existé
continue à faire un mal éternel.

(Carlos Drummond de Andrade)

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