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Poésie

Posts Tagged ‘mort’

Sur ton passage (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017



Sur ton passage tu annihiles tout.
N’est-ce pas pourtant toi, Mort,
Qui rends unique tout d’ici ?
Cette nuit même, n’est-ce toi
La brise qui parcourt les sentiers,
Le nuage qui, flottant, cache les étoiles,
Le parfum de tilleul qui soudain étouffe,
Les lucioles égarées là
Sur l’étang de la mémoire…
Ce brame déchirant cœurs et reins,
Biche blessée cédant à l’invite
D’un lit de mousse sans fond,
Au sein de l’aveuglante clairière.

(François Cheng)

Illustration

 

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Essor d’une Mouette (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration
    
Essor d’une Mouette

Aidez-moi dans ma fuite, ô les beaux vents fidèles !
Car je sens remuer en moi mes longues ailes !

Et sans craindre l’effroi des espaces amers,
J’obéis à l’appel impérieux des mers !

Je ne sais où j’irai, ni quel souffle m’emporte…
Mais je ne reviendrai que triomphante ou morte,

Je n’obéis qu’à vous, à votre étrange loi.
Me voici prête pour la fuite… Portez-moi !

J’ignore où j’errerai, mais j’ai l’amour de vous,
O despotiques vents divinement jaloux !

Je n’ai pu qu’entrevoir la lueur de vos faces,
Mais mon coeur est saisi par vos griffes tenaces.

O vous qui demeurez mon amour éternel,
Emportez-moi dans le ciel ouvert ! Dans le ciel !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Incapable de nostalgie (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Incapable de nostalgie
J’envie le calme des vieillards
La petite mort dans leurs regards,
Leur air en deçà de la vie.

Incapable de m’imposer
J’envie la soif des conquérants
La simplicité des enfants,
La façon qu’ils ont de pleurer.

Mon corps tendu jusqu’au délire
Attend comme un embrasement
Un devenir, un claquement ;
La nuit je m’exerce à mourir.

(Michel Houellebecq)

découvert ici chez laboucheaoreilles

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À A… (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




À A…

Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

(René Char)

 

 

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Paysage hollandais (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Johan Barthold Jongkind   
    

Paysage hollandais

Voici que s’alourdit en moi le lourd malaise,
L’eau mauvaise pourrit dans le morne canal…
Et je sens augmenter, dans mon coeur, tout le mal
Ainsi que se pourrit, là-bas, cette eau mauvaise…

C’est l’impuissant ennui de mon regard lassé.
La fièvre me surprend en traîtresse ennemie…
Avec terreur je vois cette face blêmie,
Qui fut mienne pourtant dans les jours du passé.

Nul cher baiser ne vient surprendre enfin mes lèvres
Et je n’espère plus secours ni réconfort.
Cette tristesse est plus terrible que la mort…
Que je hais cette eau trouble où s’embusquent les fièvres !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Traîtrise du Sablier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



    

Traîtrise du Sablier

Je tiens entre mes doigts le traître sablier
Qui s’écoule avec un bruit doux et régulier.

C’est l’heure où je m’en vais et voici que tu pleures,
Exactitude atroce et fatale des heures !…

Ecoute glisser l’heure en un glissement doux :
Je t’aime, tu le sais, et c’en est fait de nous.

Que le sable d’argent est doux sous le soleil !
Mais le soir cependant le teindra de vermeil.

O sable lent et doux qui marques l’heure lente,
O sable, sois chéri par mon âme indolente !

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort
Marque enfin cet instant espéré de la mort !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Les Musiciennes mortes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Maurice Denis

Les Musiciennes mortes

J’entends passer tout près l’essaim des musiciennes.
C’est le groupe sacré des âmes d’autrefois
Dont l’harmonie intime éclatait dans la voix,
Dans le clavier sonore ou les lyres anciennes.

Leurs pas font murmurer les harpes éoliennes.
Leurs esprits harmonieux hantent l’ombre des bois
Pour enseigner leur art et leurs divines lois
Aux jeunes rossignols, muses aériennes

Où leur vol passe, l’air a de légers frissons.
Elles viennent mêler leurs antiques chansons
Aux forêts, de mystère et d’ombre recouvertes.

Comme pour exhaler le chant ou le soupir,
Je les vois hésiter, les lèvres entrouvertes,
Et le poète seul les entend revenir.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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PÉCHÉ (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




PÉCHÉ

I
Péché! Tentation du soir ! Chairs profanées,
Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu,
Lèvres ne sachant plus les douceurs de l’aveu,
Et s’effeuillant pour tous comme des fleurs fanées.

Chambres de volupté, rouge et flambant décor
Dont les miroirs profonds redisent la féerie,
Alcôves où la chair lamentable et fleurie
Offre son plaisir rose et nu sur des fonds d’or.

O baume du Péché ! courtisanes menteuses,
Muses des soirs mauvais, versant des élixirs
Qui sont entremetteurs d’amour et de désirs
Et du champagne blond aux mousses chuchoteuses.

Douceur des seins s’offrant comme un coussin moelleux
Où reposer sa tête endolorie et pâle
Quand l’ivresse, à travers les vins couleur d’opale,
Fait surgir des lits d’or sous de grands rideaux bleus.

Et vers ces lits profonds, baignés d’odeur légère,
On marche, halluciné par des fantômes nus,
Et l’on va demander, dans des bras inconnus,
La minute d’oubli d’une mort passagère!

Oh ! dormir! oublier tout ce qui peut mentir !
Les lèvres et les yeux, amante ou fiancée !
Etouffer les coups d’aile aux murs de sa pensée
Et clamer peu à peu la douleur de sentir.

C’est comme qui dirait une agonie heureuse !
On divague, on s’endort dans un énervement
Et les choses au loin flottent confusément
Dans l’aube du sommeil fragile et vaporeuse !

Et vaincu, tout un soir dans l’ombre, sans flambeau,
On enlace une chair que le spasme importune,
Triste comme les morts caressant sous la Lune
L’ange de marbre blanc couché sur leur tombeau !

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration: Franz von Stück

 

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SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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