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Poésie

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Si un jour la mort te chuchote (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



Si un jour

la mort te chuchote
des paroles apaisantes
oppose-lui l’éternité de ton instant

(Bernard Montini)


Illustration: Harmen van Steenwyck

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Allez, vagabonds sans trêves (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



 

Portrait of an Old Man

Allez, vagabonds sans trêves

Leurs jambes pour toutes montures,
Pour tous biens l’or de leurs regards,
Par le chemin des aventures
Ils vont haillonneux et hagards.

Le sage, indigné, les harangue;
Le sot plaint ces fous hasardeux;
Les enfants leur tirent la langue
Et les filles se moquent d’eux.

C’est qu’odieux et ridicules,
Et maléfiques en effet,
Ils ont l’air, sur les crépuscules,
D’un mauvais rêve que l’on fait:

C’est que, sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés;

C’est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure -fastidieux-
L’amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux!

Donc, allez, vagabonds sans trêves,
Errez, funestes et maudits,
Le long des gouffres et des grèves,
Sous l’oeil fermé des paradis!

La nature à l’homme s’allie
Pour châtier comme il le faut
L’orgueilleuse mélancolie
Qui vous fait marcher le front haut.

Et, vengeant sur vous le blasphème
Des vastes espoirs véhéments,
Meurtrit votre front anathème
Au choc rude des éléments.

Les juins brûlent et les décembres
Gèlent votre chair jusqu’aux os,
Et la fièvre envahit vos membres,
Qui se déchirent aux roseaux.

Tout vous repousse et tout vous navre,
Et quand la mort viendra pour vous,
Maigre et froide, votre cadavre
Sera dédaigné par les loups!

(Paul Verlaine)

Illustration: Adolph Friedrich Erdmann von Menzel

 

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L’Elégance (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



L’Elégance

sur l’herbe qui sent la mort
le vent ferme les yeux
porteur de tourterelles

(Daniel Boulanger)

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Une lettre d’amour ? (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Une lettre d’amour ? Oui, doux Seigneur
Mais à qui donc l’écrirai-je ?
Tous mes bouquets de bonheur
Sont poussières sous les neiges.

Neige, neige qui n’est pas de beau temps,
Beau temps qui n’est pas d’ivresse,
Neige de mes passe-temps
Et chevelure en détresse.

Ma main ne brode plus de mots d’amour
Doux Seigneur. L’âge m’emporte.
A tel revers nul secours,
Lettre d’amour : lettre morte.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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LA BLESSURE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2020



Illustration: Oleg Zhivetin
    
LA BLESSURE

Ce n’est pas le Kandjar qui l’a faite :
Mes ennemis étaient sous leurs tentes.
Ce n’est pas une vengeance échue :
Ceux que j’ai offensés sont morts de ma propre main.
Ce n’est pas le hasard aveugle :
Le hasard quand il croise ma route devient clairvoyant.
Si ma vie se répand et me quitte
C’est que ses yeux m’ont blessé à mort
Et qu’Elle en aime un autre.

(Anonyme)

 

Recueil: Ghazels – Poemes persans
Traduction: Marguerite Ferté
Editions: http://www.ebooksgratuits.com

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ELLE EST MORTE… (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



Illustration: Oleg Zhivetin
    
ELLE EST MORTE…

À cette source elle a bu.
Elle est morte – et la source n’a pas tari.
À ce miel elle a goûté.
Elle est morte – et le miel est resté aussi doux.
Sur ce rosier elle s’est penchée.
Elle est morte – et le rosier fleurit toujours.
Mais mon cœur, elle l’avait pris entre ses mains.
Elle est morte – et mon cœur repose dans sa tombe.

(Anonyme)

 

Recueil: Ghazels – Poemes persans
Traduction: Marguerite Ferté
Editions: http://www.ebooksgratuits.com

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ÉLOGE DU SOUFFLEUR (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 

mer

ÉLOGE DU SOUFFLEUR
(pour John Coltrane)

à Mimi Lorenzini

Je pars d’un point
et je vais le plus loin possible
au plus loin des possibles
je prends une note
et je la transforme
en colonne sans fin
sans relâche et sans fin
je ménage des ouvertures
dans la peau du monde
des irruptions de jardins clos
des baies vitrées
dans la chair même du son
je joue les notes comme je les vois
je n’invente rien
je fais apparaître
les désordres fluides du vivant
les marbres tremblés du temps
jusqu’à resplendir
jusqu’à m’accorder
au mouvement perpétuel de la lumière
oui
j’attends que la lumière
se pose sur mes notes
comme un amant

comme un aimant
comme l’aimant des apparitions
là où tout palpite
au fond de l’infiniment sensible
où l’identité n’est
plus qu’un vacillement
pourquoi moi pourquoi toi
toutes les aubes viennent à ma bouche
toutes les aubes
respectent l’arc-en-ciel
je suis un argonaute du souffle

Je pars d’un point
et je vais toujours plus loin
j’avance le long de ma ligne de coeur
un peu Orphée un peu Faust
je passe à travers tous les cercles
naissances morts renaissances
s’en vont s’en reviennent
à chaque seconde de chaque solo
je traverse mille frontières
pour une liberté enfin déliée
pour un surcroît de bienveillance
j’absorbe tout
au velours de la vraie vie
au velours de la vraie nuit
j’accepte le chaos
dès lors qu’il apaise
dès lors qu’il irise
dès lors qu’il flamboie
je n’aime pas la redite

mais l’obsession
je métamorphose
je tourbillon
je vortex
je voudrais me réveiller
dans chacun de vos rêves
je voudrais vous faire entendre
les grands territoires de la solitude
chacune de mes notes met un mot
sur votre mélancolie
un mot un seul
un mot d’orage éblouissant
un mot minéral
un mot volcanique
en plein coeur du monde et
out of this world
écoutez-moi
j’ouvre un espace
j’ouvre l’espace même
mes trilles ont le pouvoir
d’effacer tous les maux
je suis un ange viril

Je pars d’un point
mais quel est ce je
qui part d’un point
mon je n’est pas un je
c’est un vrai jeu un grand jeu
un je qui joue qui noue et dénoue
un je-nous un je-monde
un je immensément collectif
inconditionnel
un je qui n’est que musique
je suis une pensée qui chante
inexorable
une pensée sonore
qui ne cesse de s’élever
une pensée qui sature votre coeur
d’une douceur rugueuse
une pensée qui bruit à chaque instant
n’attendez pas de mourir
pour écouter vraiment vos étoiles internes
n’attendez pas de mourir
pour donner naissance
au meilleur de vous-même
mille roses ouvertes dans le vide
a love supreme
un amour à jamais suprême
pour parler de la constellation des âmes
reconnaissance
accomplissement
voilà tout le baume de ma véhémence
je suis un descendant de ces hauteurs
où pense la lumière
tout n’était que son
et j’étais au milieu du son
jamais je n’ai joué
sans tout donner
jamais je n’ai joué sans vous aimer
je suis le sourire du déluge

(Zéno Bianu)

Illustration

 

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MISERERE DE L’AMOUR (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2020



Illustration: Edvard Munch
    
MISERERE DE L’AMOUR.

Miserere !
Encore une fois, ma colombe,
O mon beau trésor adoré,
Viens t’agenouiller sur la tombe
Où notre amour est enterré.
Miserere !

I.

Il est là dans sa robe blanche ;
Qu’il est chaste et qu’il est joli !
Il dort, ce cher enseveli,
Et comme un fruit mûr sur la branche,
Son jeune front, son front pâli
Incline à terre, et penche, penche…

Miserere !
Regarde-le bien, ma colombe,
O mon beau trésor adoré,
Il est là couché dans la tombe,
Comme nous l’avons enterré,
Miserere !

II.

Depuis les pieds jusqu’à la tête,
Sans regret, comme sans remord,
Nous l’avions fait beau pour la mort.
Ce fut sa dernière toilette ;
Nous ne pleurâmes pas bien fort,
Vous étiez femme et moi poète.

Miserere !
Les temps ont changé, ma colombe,
O mon beau trésor adoré,
Nous venons pleurer sur sa tombe,
Maintenant qu’il est enterré.
Miserere !

III.

Il est mort, la dernière automne ;
C’est au printemps qu’il était né.
Les médecins l’ont condamné
Comme trop pur, trop monotone :
Mon cœur leur avait pardonné…
Je ne sais plus s’il leur pardonne.

Miserere !
Ah ! je le crains bien, ma colombe,
O mon beau trésor adoré,
Trop tôt nous avons fait sa tombe,
Trop tôt nous l’avons enterré.
Miserere !

IV.

Il est des graines de rechange
Pour tout amoureux chapelet.
Nous pourrions, encor, s’il voulait,
Le ressusciter, ce cher ange.
Mais non ! il est là comme il est ;
Je ne veux pas qu’on le dérange.

Miserere !
Par pitié, fermez cette tombe ;
Jamais je n’avais tant pleuré !
Oh ! dites pourquoi, ma colombe,
L’avons-nous si bien enterré ?
Miserere !

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Quand vient la nuit (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



    

Quand vient la nuit
toujours cette angoisse
à voir mourir la lumière

alors les ombres
de la mort
m’envahissent

qui sait
si le soleil
réapparaîtra

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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La mort n’efface rien (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2020



Illustration: Rudolf Schäfer    
    

La mort n’efface rien. Orphée n’aura de cesse
De se retourner, tirant de l’ombre l’aimée.
Le Vide-médian changera tout cri en chant,
Et tout corps déchiré en souffle jaillissant.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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