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Poésie

Posts Tagged ‘mort’

L’ÉPITAPHE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Robert Desnos
    
L’ÉPITAPHE

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années
Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
Toute noblesse humaine étant emprisonnée
J’étais libre parmi les esclaves masqués.

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.
Je regardais le fleuve et la terre et le ciel
Tourner autour de moi, garder leur équilibre
Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes ?
Regrettez-vous les temps où je me débattais ?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes ?
Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard
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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Elle voit sans cesse (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Illustration: Talon Abraxas
    
elle voit sans cesse ne sait jamais assez
regarde-la voir pour l’arrêter ce n’est
pas une erreur cette chose qui ne
répond pas ne réfute pas ne comprend
pas
qui doit donc être morte

mais elle voit

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: A trois que le qui-vive
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Dans la nuit un mollusque grandit (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Dans la nuit un mollusque grandit.
— mais d’où tire-t-il sa chair ? —
il grandit avec les petites boules pâles
au creux des estomacs d’enfants :
ces boules qui s’enflent dans le ventre et sous les côtes
et qu’on appelle : « peur de la mort ».
C’est la peur de la mort du monde,
ce mollusque au mufle épais,
ces yeux sans regards qui rident l’espace.

(René Daumal)

 

Recueil: Se dégager du scorpion imposé
Traduction:
Editions: Editions Eoliennes

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La Famille Dupanard de Vitry-sur-Seine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



    

La Famille Dupanard
de Vitry-sur-Seine

1
La tribu Dupanard
Les parents les moutards
Habit’nt dans un gourbi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle veine!

2
Le papa Dupanard
A jadis fait son lard
Au retour d’ Biribi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle aubaine!

3
La maman Dupanard
S’est rangé’ sur le tard
E11′ buvait des anis
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle haleine!

4
Le p’tit Louis Dupanard
D’habitude couche au quart
Puis il fait son fourbi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quell’ vilaine!

5
La Louison Dupanard
A des patt’s de canard
Des poils de ouistiti
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quell’ Sirène!

6
Au musé’ Dupuytren
Il y en a encor un
Il n’a pas fait son lit
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle peine!

7
Dans l’caveau familial
Ils iront c’est fatal
C’est la mort c’est la vi’
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quel domaine!

8
Puis on les oubliera
Tôt ou tard c’est comm’ ça!
À Pékin à Paris
A Vitry
A Vitry-sur-Seine
Faridondaine !

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Complainte de Panurge (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Complainte de Panurge

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’une fille aux yeux caressants
Se fatigue de travailler
Et, mal payée,
Rêve d’être riche
Sa vie n’est-elle pas chiche?
A d’autres les adorateurs
A d’autres les toilettes
D’autres qui parfois sont plus bêtes
Parfois moins jolies et sans coeur
Au lieu des dîners à cent sous,
Des sommeils trop courts
Manger tout son saoul
Dormir tout le jour
Pourquoi n’est-ce pas elle
Que l’on admire et trouve belle
Et son coeur
Attend le séducteur.

2
Elles ont trimé tout le jour
Au fond des boutiques trop sombres
Elles rentrent comme des ombres
Quand meurt le jour
Elles vont très loin
Hélas pour manger sans faim
Se déshabiller dans un coin
Seules jusqu’à demain
Pourquoi n’est-ce pas elles… etc.

3
Et quand a surgi leur vainqueur
Il est naturel qu’un beau soir
Elles donnent lèvres et coeur
Le temps de boire
Le vin dans le verre
Ceux qui leur jettent la pierre
Ont l’âme sèche et le coeur dur
Peut-on leur faire honte
Puisque la mort vient en fin d’ compte
De courir sans peur l’aventure
De se vêtir avec la soie
Au lieu de la vendre
De chercher la joie
Et pour ça se vendre
C’est à leur tour à elles…

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Le lendemain de sa mort (Christophe Jubien)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Le lendemain
de sa mort, les papillons
de son enfance

(Christophe Jubien)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’année où ma mère est née au ciel Haïkus
Traduction:
Editions: Solstice

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La ville (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Alexander Klingspor 99

La ville

Se heurter à la foule et courir par les rues,
Saisi en plein soleil par l’angoisse et la peur,
Pressentir le danger, la mort et le malheur,
Brouiller sa piste et fuir une ombre inaperçue,

C’est le sort de celui qui, rêvant en chemin,
S’égare dans son rêve et se mêle aux fantômes,
Se glisse en leur manteau, prend leur place au royaume
Où la matière cède aux caresses des mains.

Tout ce monde est sorti du creux de sa cervelle.
Il l’entoure, il le masque, il le trompe, il l’étreint,
Il lui faut s’arrêter, laisser passer le train
Des créatures nées dans un corps qui chancelle.

Nausée de souvenirs, regrets des soleils veufs,
Résurgence de source, écho d’un chant de brume,
Vous n’êtes que scories et vous n’êtes qu’écume.
Je voudrais naître chaque jour sous un ciel neuf.

(Robert Desnos)

Illustration: Alexander Klingspor

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Érotisme de la mémoire (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Luc-Olivier Merson Diane chasseresse-1878

Érotisme de la mémoire

Cuisses de Diane
Ventre de Diane
Seins de Diane
Yeux de Diane

Le petit jour point dans la forêt où tout est orange !
Sauf le tronc marqué de craie des bouleaux.

C’est là près de cet arbre aux feuilles vieillissant avant la saison que j’ai
rencontré Diane dans une attitude naturelle mais rarement décrite
dans les poèmes.
Les fesses ovales se dessinaient entre le désordre du linge et le vert gris
tendre de l’herbe
Dans un sentier voisin le pas d’un garde retentit
Il passa sans qu’on le vît.
Tandis que Diane se dissolvait dans le jour,
comme le croissant de la lune.
À cet endroit de la forêt il y a les débris d’une bouteille
Un vieux livre que les pluies et les rosées renvoient au terreau
Une plume d’oiseau
Un morceau de silex
Une empreinte de pas profondément marquée dans la terre
Et quelqu’un, peut-être, passera là au jour et à l’heure de ma mort
0 vie, enivrante vie
Aveuglante et bienfaisante.

(Robert Desnos)

Illustration: Luc-Olivier Merson

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Le réveil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Le réveil

Entendez-vous le bruit des roues sur le pavé ?
Il est tard. Levez-vous. Midi à son de trompe
Réclame le passage à l’écluse et, rêvé,
Le monde enfin s’incarne et déroule ses pompes.

Il est tard. Levez-vous. L’eau coule en la baignoire.
Il faut laver ce corps que la nuit a souillé.
Il faut nourrir ce corps affamé de victoire.
Il faut vêtir ce corps après l’avoir mouillé.

Après avoir frotté les mains que tachait l’encre,
Après avoir brossé les dents où pourrissaient
Tant de mots retenus comme bateaux à l’ancre,
Tant de chansons, de vérités et de secrets.

Il est tard. Levez-vous. Dans la rue un refrain
Vous appelle et vous dit  » Voici la vie réelle « .
On a mis le couvert. Mangez à votre faim
Puis remettez le mors au cheval qu’on attelle.

Pourtant pensez à ceux qui sont muets et sourds
Car ils sont morts, assassinés, au petit jour.

(Robert Desnos)


Illustration: Gilbert Garcin

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