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Posts Tagged ‘mortelle’

Final provisoire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Final provisoire

Jamais ne se cicatrisent vraiment
Les blessures du cœur.
Je succombe peu à peu
Aux heures mortelles d’ennui
Dont le venin s’instille en moi
Minute par minute
Au rythme régulier
Et lancinant
Du balancier
Et mon regard suit
Inlassablement
Hypnotisé
Le disque de cuivre ciselé
Qui brille comme un soleil
De pacotille
Et oscille comme un débile
Dans les entrailles de l’horloge
Mais sans battre comme un cœur.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Tout au bout de la peur (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Tout au bout de la peur
Au large de ce récif noir,
Régions de vents et de mers tourmentées;
Jusques à quand cette mortelle terreur
Va-t-elle me retenir, m’emprisonner?

***

At the end of fear
Out over that black skerry,
Regions of wind and moiling sea:
How long will mortal terror
Withhold, imprison me?

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Il est extrêmement touchant (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Il est extrêmement touchant
De ne pas savoir s’exprimer
D’être trop évidemment responsable
Des erreurs d’un inconnu
Qui parle une langue étrangère
D’être au jour et dans les les yeux fermés
D’un autre qui ne croit qu’à son existence.

Les merveilles des ténèbres à gagner
D’êtres invisibles mais libératrices
Tout entières dans chaque tête
Folles de solitude

Au déclin de la force et de la forme humaine
Et tout est dans la tête
Aussi bien la force mortelle que la forme humaine
Et tout ce qui sépare un homme de lui-même
La solitude de tous les êtres.

(Paul Eluard)


Illustration: Gilbert Garcin

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Mortelle (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Mortelle

Pour charmer
ta chevelure
de luciole,
Deborah,
toute la mer
a ourlé
ses tempêtes
en dentelles
à tes genoux.

(André Frénaud)

 

 

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Enchantés de partance (Tilemachos Chytiris)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Enchantés de partance
Amis
Volcans enflammés
Maintenant inactifs
Pendus vue mortelle
Précipice exquis
L’aboutissement

(Tilemachos Chytiris)

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HAMLET (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

HAMLET

Être ou ne pas être, telle est la question.
Est-il plus noble pour l’esprit de souffrir
Les coups et les flèches d’une injurieuse fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de tourments,
Et, en les affrontant, y mettre fin? Mourir, dormir,
Rien de plus, et par un sommeil dire : nous mettons fin
Aux souffrances du coeur et aux mille chocs naturels
Dont hérite la chair; c’est une dissolution
Ardemment désirable.-Mourir, dormir,
Dormir, rêver peut-être, ah! C’est là l’écueil.
Car dans ce sommeil de la mort les rêves qui peuvent surgir,
Une fois dépouillée cette enveloppe mortelle,
Arrêtent notre élan. C’est là la pensée
Qui donne au malheur une si longue vie.
Car qui voudrait supporter les fouets et la morgue du temps,
Les outrages de l’oppresseur, la superbe de l’orgueilleux,
Les affres de l’amour dédaigné, la lenteur de la loi,
L’insolence du pouvoir, et les humiliations
Que le patient mérite endure des médiocres,
Quand il pourrait lui-même s’en rendre quitte
D’un coup de dague ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
Pour grogner et suer sous une vie harassante,
Si la terreur de quelque chose après la mort,
Contrée inexplorée dont, la borne franchie,
Nul voyageur ne revient, ne déroutait la volonté
Et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
Plutôt que fuir vers d’autres dont nous ne savons rien?

[…]

***

HAMLET

To be or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? To die: to sleep;
No more; and by a sleep to say we end
The heart-ache, and the thousand natural shocks
That flesh is heir to,’tis a consummation
Devoutly to be wished. To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream; ay, there’s the rub;
For in that sleep of death what dreams may come,
When we have suffled off this mortal coil,
Must give us pause: there’s the respect
That makes calamity of so long, life,
For who would bear the whips and scorns of time,
The oppressor’s wrongs, the proud man’s contumely,
The pangs of despised love, the law’s delay
The insolence of office, and the spurns
That patient merit of the unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin? Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after death,
The undiscover’d country, from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will,
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?

[…]

(William Shakespeare)

 

 

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UN CHEMIN DE SEL PUR (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 

Margarita Sikorskaia   (34)

UN CHEMIN DE SEL PUR

Je déchire la table et j’insulte
le visiteur invisible et l’ami
qui ne vient jamais.
Se concertent hors de ma vue
bouteilles, chaises, oeufs.
Je dors,
un ail sous chaque aisselle.
Et le visage pur.

L’ombre du sang,
sur la vitre complice,
amène un fouillis noir d’épines.
Je dessine avec le givre
le drapeau de la révolution,
lumineux et léger.
Abondent victuailles, laines,
et soleils et sommeils.
Dans ma bouche
un chemin prend naissance,
que je ne pourrai suivre.

Je croyais saisir un arbre,
engloutir un feuillage,
caresser des racines.
Je croyais à cette ombre
que partageait le jour.
Gorge sèche des corneilles.
Douleur à peine vive.
Couleur avide et mortelle.

Vif. Indéfinissable.
Chaque pierre t’aime,
et chaque arbre,
dieu bleu qui m’entoure
doucement de tes palabres.
Tes cheveux noirs engloutissent
l’eau pauvre et glacée.
Rivière où je perds la raison.

(Jacques Izoard)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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CITÉS DISPARUES (Jaime Labastida)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Teotihuacán

CITÉS DISPARUES

Le plus certain : le bruit effrayant
du silence. Où est restée Troie ?
Ensevelie. Où est Teotihuacán ?
Objet de tourisme. Et le Parthénon ?
Et l’Acropole ? Pierres lépreuses,
un peu d’air entre des colonnes gangrenées.
Venise ? Ensevelie sous la vase et le commerce.
Ainsi moururent Thèbes, aux portes
inhospitalières, et Palenque
dans son luxuriant catafalque de verdure.
Les pierres souffrent du cancer. L’ère
du pétrole a succédé enfin
à celle du fer. Et ce Mexique-là,
d’il y a à peine quelques heures,
celui dans lequel on pouvait dormir
et respirer, dans quel puits
de sang et de bitume nous enfonce-t-il ?
Tant de cités mortes,
avalées par des mers de cendre ?
Qui a élevé les murs de Corinthe ?
Ses portes ne s’ouvraient, dit-on,
que pour faire entrer
les épices. Et, au déclin du jour,
les volets se rapprochaient et la clef
enfermait non seulement la cité
mais aussi le temps et le savoir.
Ceux qui arrivaient trop tard ne trouvaient pas
les paroles du repos : le pont
avait divisé les hommes.
L’eau était muraille. L’air durcissait
subitement comme une roche vive. C’était un temps
tranquille celui de la langue qui vibrait
dans sa conversation d’azur, cette voix
qui glissait les mots comme un écho
de l’écho du feu, près du foyer
domestique, attentif, dans la pénombre certaine
des fantasmes. Les questions trouvaient
réponse. On nous l’a raconté: l’eau était cristal.
Les volcans avaient cessé de jeter
leur feu. Seulement neige et douceur, seulement
lumière et silence. Ah ! cités somptueuses,
perroquets solennels ! Maintenant nous marchons
dans leurs os, peut-être
dans leur intestin. Où sont
les esclaves ? Les rameurs,
où sont-ils ? Il y eut un jour ici des lacs.
Maintenant ce sont égouts et pourriture.

Y aura-t-il un autre temps semblable, mensonger ?
Et d’autres cités moins dures?
Mangerons-nous alors autre chose
que le temps cruel
et la cendre? Et comme aujourd’hui,
nos fils lutteront-ils contre les assassins ?
Chichén Itzá éblouira-t-elle,
somnambule, mortelle ?

D’autres viendront creuser pour nous chercher.
On sourira en voyant nos crânes.
La cité se fera rouille.
Et la poussière révérencieuse fera tomber
avec douceur et clarté
sa queue de topaze
dans la colère rouge des heures.

(Jaime Labastida)

Illustration

 

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Amour, tu es aveugle et d’esprit et de vue (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Lauri Blank -    (28)

Amour, tu es aveugle et d’esprit et de vue,
De ne voir pas comment ta force diminue,
Ton empire se perd, tu révoltes les tiens,
Faute de ne chasser une infernale peste
Qui fait que tout le monde à bon droit te déteste,
Pour ne pouvoir jouir sûrement de tes biens.

C’est de ton doux repos la mortelle ennemie,
C’est une mort cruelle au milieu de la vie,
C’est un hiver qui dure en la verte saison,
C’est durant ton printemps une bise bien forte,
Qui fait sécher tes fleurs, qui tes feuilles emporte,
Et, parmi tes douceurs, une amère poison.

Car, bien que quelque peine en aimant nous tourmente,
Si n’est-il rien si doux, ne qui plus nous contente,
Que de boire à longs traits le breuvage amoureux ;
Les refus, les travaux, et toute autre amertume
D’absence ou de courroux font que son feu s’allume
Et que le fruit d’amour en est plus savoureux.

Mais quand la Jalousie envieuse et dépite
Entre au coeur d’un amant, rien plus ne lui profite,
Son heur s’évanouit, son plaisir lui déplaît,
Sa clarté la plus belle en ténèbres se change :
Amour, dont il chantait si souvent la louange,
Est un monstre affamé qui de sang se repaît.

Hélas ! je suis conduit par cette aveugle rage ;
Mon coeur en est saisi, mon âme et mon courage.
Elle donne les lois à mon entendement,
Elle trouble mes sens d’une guerre éternelle,
Mes chagrins, mes soupirs, mes transports viennent d’elle,
Et tous mes désespoirs sont d’elle seulement.

Elle fait que je hais les grâces de Madame ;
Je veux mal à son oeil, qui les astres enflamme,
De ce qu’il est trop plein d’attraits et de clarté,
Je voudrais que son front fût ridé de vieillesse ;
La blancheur de son teint me noircit de tristesse
Et dépite le Ciel, voyant tant de beauté.

Je veux un mal de mort à ceux qui s’en approchent
Pour regarder ses yeux qui mille amours décochent,
A ce qui parle à elle, et à ce qui la suit.
Le Soleil me déplaît, sa lumière est trop grande ;
Je crains que pour la voir tant de rais il épande,
Mais si n’aimai-je point les ombres de la nuit.

Je ne saurais aimer la terre où elle touche,
Je hais l’air qu’elle tire et qui sort de sa bouche,
Je suis jaloux de l’eau qui lui lave les mains,
Je n’aime point sa chambre, et j’aime moins encore
L’heureux miroir qui voit les beautés que j’adore,
Et si n’endure pas mes tourments inhumains.

Je hais le doux sommeil qui lui clôt la paupière,
Car il est (s’ai-je peur) jaloux de la lumière
Des beaux yeux que je vois, dont il est amoureux.
Las ! il en est jaloux et retient sa pensée,
Et sa mémoire, aussi, de ses charmes pressée,
Pour lui faire oublier mon souci rigoureux.

Je n’aime point ce vent qui, folâtre, se joue
Parmi ses beaux cheveux, et lui baise sa joue.
Si grande privauté ne me peut contenter.
Je couve au fond du coeur une ardeur ennemie
Contre ce fâcheux lit, qui la tient endormie
Pour la voir toute nue et pour la supporter.

Je voudrais que le ciel l’eût fait devenir telle
Que nul autre que moi ne la pût trouver belle.
Mais ce serait en vain que j’en prierais les Dieux,
Ils en sont amoureux : et le ciel qui l’a faite,
Se plaît, en la voyant si belle et si parfaite,
Et prend tant de clarté pour mieux voir ses beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lauri Blank

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Merci (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Eugène Begarat dans le jatdin 65x50cm-600 [1280x768]

Merci

Etaient-elles mortelles
Aussi
Ô! si
Fraîches délicates et belles
Les Clara et les Isabelle
De ces dimanches sans souci
Du temps vieux de mes jouvencelles

Etaient-elles réelles
Aussi
Ô! si
Timidement amoureux d’elles
Qu’il se peut que je ne rappelle
Qu’un de ces rêves réussis
Qui laissent au coeur leurs séquelles

Troublantes sentinelles
Ainsi
Voici
Je vous reviens mes demoiselles
Par les étranges raccourcis
Que l’âge après lui amoncelle

Soyez clémentes Isabelle
Et vous belles Clara aussi

Ma vie a brûlé ses chandelles
Mais si vraiment vous fûtes telles
Merci

(Louis Calaferte)

Illustration: Eugène Begarat

 

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