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Poésie

Posts Tagged ‘mortifié’

Le chat noir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le chat noir

Un fantôme est encor comme un lieu
où ton regard se heurte contre un son;
mais contre ce pelage noir
ton regard le plus fort est dissous :

ainsi un fou furieux, au paroxysme
de sa rage, trépigne dans le noir
et soudain, dans le capitonnage sourd
de sa cellule, cesse et s’apaise.

Tous les regards qui jamais l’atteignirent,
il semble en lui les recéler
pour en frémir, menaçant, mortifié,
et avec eux dormir.

Mais soudain, dressé vif, éveillé,
il tourne son visage — dans le tien :
et tu retrouves à l’improviste
ton regard dans les boules d’ambre
jaune de ses yeux : enclos
comme un insecte fossilisé.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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ABSENCE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



ABSENCE

Absence ! Le matin où je partirai
plus loin que le loin, vers le Mystère,
comme poursuivant une inéluctable raie,
tes pieds glisseront jusqu’au cimetière.

Absence ! Le matin où sur la plage
de la mer d’ombre et de l’empire muet,
je partirai tel un oiseau lugubre,
un caveau blanc ta captivité sera.

La nuit en tes regards sera chue ;
et tu souffriras, et tu revêtiras alors
de pénitentes blancheurs mortifiées.

Absence ! Et dans tes souffrances mêmes,
parmi la plainte de l’airain, devra s’enfoncer
une meute de remords.

***

AUSENTE

Ausente! La mañana en que me vaya
más lejos de lo lejos, al Misterio,
como siguiendo inevitable raya,
tus pies resbalarán al cementerio.

Ausente! La mañana en que a la playa
del mar de sombra y del callado imperio,
como un pájaro lúgubre me vaya,
será el blanco panteón tu cautiverio.

Se habrá hecho de noche en tus miradas;
y sufrirás, y tomarás entonces
penitentes blancuras lanceradas.

Ausente! Y en tus propios sufrimientos
ha de cruzar entre un llorar de bronces
una jauria de remordimientos!

(César Vallejo)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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