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Poésie

Posts Tagged ‘mouchoir’

Quand tu viendras me voir (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



quand tu viendras me voir
dans les vapeurs du soir
qui troublent le miroir

quand tu viendras me voir
marchant sur le trottoir
dans ton vêtement noir

quand tu viendras me voir
pour me redonner l’espoir
de revivre ce soir

quand tu viendras me voir
tu sais qu’il peut pleuvoir
et évite de violemment choir

quand tu viendras me voir
n’oublie pas ton mouchoir
tout au fond d’un tiroir

car en venant me voir
tu pourrais t’émouvoir
et pleurer sans le vouloir.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Gabriel Domergue

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Le mouchoir (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration: Simone Massi
    
Le mouchoir

Ce sont ses mains
qui l’ont lavé
repassé

plié

ses mains
qui l’ont déposé
sur la pile

dans l’armoire

ses mains
qui ont refermé les portes
de l’armoire

et que l’on a refermées
sur elles-mêmes

et sur nous

Ses mains
grattaient à la porte des robes
des chemises

et du linge de maison

même quand le linge
et la maison avaient disparu

de ses mains

Ses mains glissaient
à vide

sur le drap

où son corps tournait
à vide

dans les draps

ses mains
que j’ai prises dans mes mains

le jour où ses yeux se sont ouverts
une dernière fois

au jour qui se ferma

à cinq heures de l’après-midi
ce jour-là

Ce sont les mains de ma mère qui ont lavé
repassé
plié

hier

le mouchoir
que je déplie
aujourd’hui

avec mes mains.

(Yvon Le Men)

 

Recueil: Les mains de ma mère
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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… mais ainsi soit-il (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021


 


… mais ainsi soit-il.

Un éclat de trompette
dialogue avec les essaims de la chênaie.
Dans la coquille où le soir se reflète
un volcan peint fume gaiement.

La monnaie enchâssée dans la lave
brille elle aussi sur la table et retient
quelques feuillets. La vie qui semblait vaste
est plus brève que ton mouchoir.

***

… ma cosi sia. Un suono di cornetta
dialoga con gli sciami del querceto.
Nella valva che il vespero riflette
un vulcano dipinto fuma lieto.

La moneta incassata nella lava
brilla anch’essa sul tavolo e trattiene
pochi fogli. La vita che sembrava
vasta è più breve del tuo fazzoletto.

(Eugenio Montale)


Illustration: Hokusaï

 

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Le grillon (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    
Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, le pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs ;
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! Disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n’ai point de talent, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants ;
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper.
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! Oh ! Dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux vivons caché.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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DIMANCHE DE POISSONS (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



    

DIMANCHE DE POISSONS

Et puis un jour vient encore, un autre jour,
allonger la corde des jours perdus
à reculer sans cesse devant la montagne
des livres, des lettres ; un jour

propre et net, ouvert comme un lit, un quai
à l’heure des adieux — et le mouchoir qu’on tire
est le même qu’hier, où les larmes ont séché
— un lit de pierres, et c’est là où nous sommes,

occupés à nous taire longuement,
à contempler par cœur la mer au plafond
comme les poissons rouges du bocal,
avec une fois de plus, une fois encore

tout un dimanche autour du cou.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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RONDE DES DÉPARTS (Franc-Nohain)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



    

RONDE DES DÉPARTS

– Pour montrer que nous sommes tristes,
Il convient d’agiter nos mouchoirs de batiste.

Choeur des sceptiques
Et si vous n’avez pas de mouchoirs ?

– Nous quitterons nos redingotes
Offrant au vent leurs pans qui se gonflent et flottent.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de redingote ?

– Que notre gilet de flanelle
S’envole vers l’absent comme de blanches ailes.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de flanelle ?

– Mais notre pantalon nous reste
Pour faire au train qui part nos signaux de détresse.

Le choeur
Et si vous n’avez pas de pantalon ?

– (C’est absolument invraisemblable.)

(Franc-Nohain)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chacun porte en lui ses glaciers (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Chacun porte en lui ses glaciers.
Je suis noir de décès
et bleu de lune.
Les vivants m’attaquent à cet instant :
Pourquoi ce besoin d’avoir toujours un compagnon
qui soit plus que tous nos frères ?
Va-t-en,
délivre-toi,
espère.

Ils agitent leurs mouchoirs.
Devenez dès aujourd’hui des ombres.

***

Everyone carries his glaciers within.
I am black with death
and moon blue.
The living attack me at this moment:
Why this need to always have a companion
who is more than all our brothers?
Go away,
free yourself,
hope.

They wave their hankerchiefs.
From this day become spirits.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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ET MALGRÉ TOUT UN POÈME… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



ET MALGRÉ TOUT UN POÈME…

Et malgré tout un poème
Que l’encre ou non soit visible
Dans les cassures rougies !

Ce qu’on appelle son âme,
C’est cela : ce vieux mouchoir
Dans lequel on a saigné,

Dont les doigts distraits se jouent
Le long des haies de banlieue
Piquées de papiers d’école,

Les clefs froides sur la cuisse,
Le dernier rameau de souffle
Pris dans le gel des cohues,

A votre image, à la mienne
Petits hommes des métros
Qui hantons des coffres vides,
Comme un testament perdu,
Et qui parlons de la mort
Au silence, à la poussière,
En craquements superflus…

Mais tout de même un regard
Vers les lointaines demeures !
Mais tout de même un poème
Pour ensemencer l’amour.

(Jean Rousselot)

 

 

 

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Iris (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019




    
Iris, à son brillant mouchoir,
De sept feux illumine
La molle averse qui chemine,
Harmonieuse à choir.

Ah, sur les roses de l’été,
Sois la mouvante robe,
Molle averse, qui me dérobe
Leur aride beauté.

Et vous, dont le rire joyeux
M’a caché tant d’alarmes,
Puissé-je voir enfin des larmes
Monter jusqu’à vos yeux.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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