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SUR UN MIROIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Constantin Razoumov

SUR UN MIROIR

Toutes les fois, miroir, que tu lui serviras
À se mettre du noir aux yeux ou sur sa joue
La poudre parfumée, ou bien dans une moue
Charmante, son carmin aux lèvres, tu diras :

« Je dormais reflétant les vers, que sur l’ivoire
Il écrivit… Pourquoi de vos yeux de velours,
De votre chair, de vos lèvres, par ces atours,
Rendre plus éclatante encore la victoire ? »

Alors, si tu surprends quelque regard pervers,
Si de l’amour présent elle est distraite ou lasse,
Brise-toi, mais ne lui sers pas, petite glace,
À s’orner pour un autre, en riant de mes vers.

(Charles Cros)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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FIN DE SAISON (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018



Illustration
    
FIN DE SAISON

Ô sources que le gel éternise en statues
Bourgeons d’étoiles tôt venus
Hautes forêts taillées dans l’écume et les flammes
Oiseaux
Quel oeil hideux vous a pris dans sa glu

Tout glisse lentement sur le dos de la terre
Les bouches sont fermées par une moue sévère
Les torrents ont figé le rire des moissons
La mer ne porte plus ses peaux et ses chansons
Je marche dans la rue où ne répond personne
Détachez de la nuit cette cloche qui sonne
Un homme jeune encore roule dans les taillis

Pour nous
C’est ça la vie
Des bras où rien ne brise
Un feu noir allumé
Le soleil sans sa frise
Et dans le vent léger les cendres d’un ami

Une main douce main
Pour éponger mon coeur.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Le plaisir (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Le plaisir

(donnez-nous des plaisirs aigus
croisés comme des fers d’épées)

Il l’embrasse il la vénère
Elle a des cheveux roux et fous
Ils semblent dire une prière
L’un pour l’autre et contre tous
(ah ! donnez-nous des plaisirs aigus

l’odeur des oeillets sauvages)

Elle sourit au fond de la salle
Une légère moue sur les lèvres
Un col blanc comme une voile
Tendue sur la mer tranquille

(des aiguilles de pins
criblées des feux de l’été)

Elle penche la tête pour cacher
Le trouble de son regard
Son désir et sa chasteté
Pareils au vin à l’eau mêlés

(violet couleur de la mer
violet couleur de la mort)

Pris d’une passion ingénue
Il agite devant ses yeux
Les prestiges de sa bouche
Rêvant son image nue

(comme une bête furieuse
un taureau ivre de rouge)

L’orage gronde sur la côte
Ils sentent venir le désir
De mesurer côte à côte
Le vertige du plaisir

(un paysage endormi
lassé de couleurs et de cris)

Ils reposent ensommeillés
Sur le sable d’une plage
Abandonnés contre les épaves
Seuls et las de s’être enlacés

(Paul Louis Rossi)

Illustration

 

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Une rose pour l’amante (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Une rose pour l’amante, un sonnet pour l’ami,
Le battement de mon cœur pour guider le rythme des rondes ;
L’ennui pour moi, le vin des rois pour mon ennui,
Mon orgueil pour la vanité de tout le monde,
Ô noble nuit de fête au palais de ma vie !

Et la complainte, pour mon secret, dans le lointain,
De la citronnelle, et de la rue, et du romarin…

Le rubis d’un rire dans l’or des cheveux, pour elle,
L’opale d’un soupir, dans le clair de lune, pour lui :
Un nid d’hermine pour le corbeau du blason ;
Pour la moue des ancêtres ma forme qui chancelle
D’illusions et de vins dans les miroirs couleur de pluie.

Et pour consoler mon secret, le son
Des rouets qui tissent la robe des moribonds.

Un quart d’heure et une bague pour la plus rieuse,
Un sourire et une dague pour le plus discret ;
Pour la croix du blason, une parole pieuse.
Le plus large hanap pour la soif des regrets,
Une porte de verre pour les yeux des curieuses.

Et pour mon secret, la litanie désolée
Des vieilles qui grelottent au seuil des mausolées.

Mon salut pour la révérence de l’étrangère,
Ma main à baiser pour le confident,
Un tonneau de gin pour la gaie misère
Des fossoyeurs ; pour l’évêque luisant
Dix monnaies d’or pour chaque mot de la prière.

Et pour la fin de mon secret
Un grand sommeil de pauvre dans un cercueil doré.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

 

 

 

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Rien au réveil que vous n’ayez (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Rien au réveil que vous n’ayez

Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue
Pire si le rire secoue
Votre aile sur les oreillers

Indifféremment sommeillez
Sans crainte qu’une haleine avoue
Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue

Tous les rêves émerveillés
Quand cette beauté les déjoue
Ne produisent fleur sur la joue
Dans l’oeil diamants impayés
Rien au réveil que vous n’ayez

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Pour une mèche brune (Christian Jodon)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Pour une mèche brune

Brunette m’a souri
Mais ne m’a pas dit oui
Et nulle n’a rougi
Quand j’ai défait mon lit

Brunette a fait la moue
A mon regard trop doux
N’y aura que ma joue
Sur mon oreiller mou

Brune parmi mes rêves
T’embrasserai sans trêve
Sur tes cuisses trop brèves
Je poserai mes lèvres

Sur ton ventre câlin
Je poserai mes mains
Entre tes petits seins
Mon front enfin serein

Sur ton épaule douce
Ma bouche à la rescousse
Ira vers ta frimousse
Baiser des taches rousses

Et lorsque le matin
Apparaîtra enfin
Je pleurerai sans fin
D’être seul dans le lin

(Christian Jodon)

Illustration: Alberto Galvez

 

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PROLOGUE (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

PROLOGUE

L’AMOUR est infatigable !
Il est ardent comme un diable,
Comme un ange il est aimable.

L’amant est impitoyable,
Il est méchant comme un diable,
Comme un ange, redoutable.

Il va rôdant comme un loup
Autour du coeur de beaucoup
Et s’élance tout à coup

Poussant un sombre hou-hou !
Soudain le voilà roucou-
Lant ramier gonflant son cou.

Puis que de métamorphoses !
Lèvres rouges, joues roses,
Moues gaies, ris moroses,

Et, pour finir, moulte chose
Blanche et noire, effet et cause;
Le lys droit, la rose éclose…

(Paul Verlaine)

 

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Dis-moi, rose (Rainer Maria Rilke),

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose .
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

*

Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose ronde?
Mais quand ton propre élan t’inonde,

tu t’ignores dans ton bouton.
C’est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.

(Rainer Maria Rilke),

Illustration

 

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