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Posts Tagged ‘moule’

UNE FEMME PARLE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Alex Alemany
    
UNE FEMME PARLE

obélisque de la douceur
sachez que je ne vous ai
point aimé sans que je perdisse
Le sens et sans qu’un pleur de larme
De terreur eût disjoint en deux
Le mаl joint de mon coeur ouvert

Sachez que je ne vous vis point
sans perdre mon nom et ma trace
Et que ce ruisseau de désir

Dans la fosse de jeune cuisse
Je le sentis comme la mort
Incapable d’avoir un Nom

Et puis ivre de clarté fausse
Écrasée aussi de jeunesse
Qui marche comme l’éléphant
J’ai rendu les armes — gardé
Dans le moule de ma beauté
L’obélisque de la douceur.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Marée basse à Landrellec (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



    


    
marée basse à Landrellec

1.
mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands

4.
Plus bas entre les rochers
étrange vie marine

baroque beauté

cette éruption de rugueuses balanes

berniques
fermées comme des Chinois

Là-bas
bleue et noire
une épaisse plaque de moules

l’herbe ondulante des posidontes

5.
Dans cette flaque tranquille
parmi les éponges jaune vert
les hydraires roses
et le bleu des mousses irlandaises

des crabes tâtonnent
de leurs pattes maladroites

6.
Dans cette autre
gelées lunaires
Les vertes couronnes de chair
des anémones

une étoile hyperboréenne

7.
Un crabe (de Jonas ?)
calé dans une crevasse

remuant ses antennes
attend

8.
murmure de la marée
qui remonte à présent

brissements blancs çà et là
le long de la baie

Soleil déclinant
or froid

(Kenneth White)

 

 

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Gastronomique (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir,
je finis par monter dans un autobus pistache
où grouillaient les clients comme asticots
dans un fromage trop fait.
Parmi ce tas de nouilles,
je remarquai une grande allumette
avec un cou long comme un jour
sans pain et une galette sur la tête
qu’entourait une sorte de fil à couper le beurre.
Ce veau se mit à bouillir parce qu’une sorte de croquant
(qui en fut baba) lui assaisonnait les pieds poulette.
Mais il cessa rapidement de discuter le bout de gras
pour se couler dans un moule devenu libre.
J’étais en train de digérer dans l’autobus de retour
lorsque devant le buffet de la gare Saint-Lazare,
je revis mon type tarte avec un croûton
qui lui donnait des conseils à la flan
à propos de la façon dont il était dressé.
L’autre en était chocolat.

(Raymond Queneau)

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Nos promises (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017



Illustration: Odd Nerdrum
    
Nos promises

Les balles de nos poitrines glissent des moules
avec un sanglot de soie.

Ces baigneuses de sang brillent et vibrent
dans l’instant frais d’un matin calme.

Où dors-tu, ma belle épouse du dernier jour
songes-tu à ces noces
à ta chance de n’être pas perdue
vierge triste dans la paix des racines.

Le temps t’approche de nos cours, sois patiente
ta chaleur dénouera le noeud terrible de nos veilles ;
étrangère coquette dans le secret du sang
vers le froid des planètes nous descendrons ensemble.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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La beauté vivante (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 


 

La beauté vivante

J’oblige, parce que la mèche et l’huile sont épuisées
Et que gelés sont les canaux du sang,
Mon coeur peu content à tirer contentement
De la beauté qui sort d’un moule où elle fut coulée
En bronze, ou de celle qui apparaît dans le marbre aveuglant,
Qui apparaît, mais qui lorsque nous nous éloignons s’éloigne,
Car elle est plus indifférente à notre solitude
Que si elle était une apparition. Ô mon coeur, nous sommes vieux ;
La beauté vivante est pour de plus jeunes hommes :
Nous ne pouvons lui payer son tribut de larmes dévorantes.

***

The living beauty

I bade, because the wick and oil are spent
And frozen are the channels of the blood,
My discontented heart to draw content
From beauty that is cast out of a mould
In bronze, or that in dazzling marble appears,
Appears, but when we have gone is gone again,
Being more indifferent to our solitude
Than ’twere an apparition. O heart, we are old ;
The living beauty is for younger men :
We cannot pay its tribute of wild tears.

(William Butler Yeats)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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Le passé (Malcom Lowry)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



 

Le passé

Comme une vieille échelle pourrie
Qu’on a jetée d’une scierie désaffectée
Et qui flotte, émergeant seulement par le haut,
Tandis que, tout imprégné d’eau, le reste baigne,
Rongé par les tarets, encroûté de bernacles
Et de moules accrochées en papillotes bleues ;
Puante, alourdie d’algues et de ces curieux êtres
Qui vivent de la mort et de la marée basse,
Route vermiculée, en proie à l’helminthiase :

Telle est ma conscience.

De temps en temps, je la sèche au soleil,
Je l’appuie (contre rien du tout,
Puisqu’elle ne monte nulle part) ;
Mais je la garde, on ne sait jamais, ça peut servir.
Qui sait si elle n’est pas récupérable,
Si on ne pourrait pas la radouber un peu
Et chaque nuit sans raison ma cervelle
Monte et descend les barreaux de l’échelle.

(Malcom Lowry)

Illustration

 

 

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SOUVENIR DES EAUX (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



SOUVENIR DES EAUX

La rivière se souvient de sa source
et y retourne en pèlerinage
mais parfois ne la retrouve pas

La vague se souvient
des courbes de ton corps
qu’elle avait épousées
et les reproduit à chaque marée

Le sable humide moule ton pas

et je pourrai plus tard
y poser le mien

Le vent s’est tari
comme la source des eaux
Le soleil s’est éteint
comme la lampe de ta chambre
Mon coeur a cessé de battre
comme celui des oiseaux.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Pierre Marcel

 

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La Mer du Nord (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

La Mer du Nord

Vent, vent salé au goût de moules et de crevettes,
et, à tous les horizons rien qu’un ourlet de brunie.
Tels sont les lointains que je me suis choisis :
évasifs à mon atteinte;

et tel est le souci qui, sans repos,
d’en haut, d’en bas, dirige ma recherche.
Ce ne peut être tout que le toucher et la vue,
les sons, tes goûts, les odeurs.

Découvrir est le premier jeu des sens
(Mordez le vent et l’eau entre la langue et la lèvre);
mais, s’il est détaché de la connaissance des choses,
aucun accomplissement ne peut commencer.

La mer est là. Elle ne cesse de s’assaillir elle-même
en un rythme aveugle dont elle ne guérit jamais.
Nous, cependant, par l’esprit nous nous élevons
à la verticale, au-dessus de l’apparence des choses.

(Herwig Hensen)

Illustration

 

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L’IMAGE (György Rába)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




L’IMAGE

Et puis les mamelles des voûtes
aspirer le désir saisi
et dans la paume pris

Couteau des clochers
les muscles-moules du corps étranger
s’ouvrent se déploient

Frontispices
flânerie contre la pesanteur
la joie d’oasis intérieures

Et la lumière la lumière

(György Rába)

 

 

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TOUT LE LONG DE LA VIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



TOUT LE LONG DE LA VIE

Paysages de songe en des miroirs brisés,
Putains agglutinées comme boyaux de moules,
Soudain un grand cri vert a jailli de la foule
Le soleil se brossait sur les Champs-Élysées !

Sordides et mafflus et geindres et braillards
Vont à pas de fourmis tout le long de la vie,
Dans les bistrots poisseux où l’on boit sans envie,
Dans les trains surpeuplés d’aveugles babillards.

Mais le printemps sonore éclate à coups de fleurs
Délivre la fanfare timide des rainettes
Fait rutiler de ciel toutes ces marionnettes,
Hisse d’un bond les joies au pavois des couleurs.

L’ortie l’aride ortie s’éveille au fond des cours,
Éclate en rémouleur l’orgue de Barbarie.
Que des pantins barbus dégoisent des discours,
Que Brigadier sifflote en sa gendarmerie

Et le paon et le pont et le rampatapon,
Coccinelle égarée sur le sein blanc des filles,
Puis la valse où la cloche évoque le jupon,
Puis les tumultueux quadriges des quadrilles…

Sur cela sont levés les ciels lavés de lune
Et coule la fontaine au vent sous les tilleuls,
Pour y passer la vie chacun a sa chacune
Jusqu’au bout c’est fatal on se trouve enfin seul.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Félix Vallotton

 

 

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