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Posts Tagged ‘moule’

La Mer du Nord (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

La Mer du Nord

Vent, vent salé au goût de moules et de crevettes,
et, à tous les horizons rien qu’un ourlet de brunie.
Tels sont les lointains que je me suis choisis :
évasifs à mon atteinte;

et tel est le souci qui, sans repos,
d’en haut, d’en bas, dirige ma recherche.
Ce ne peut être tout que le toucher et la vue,
les sons, tes goûts, les odeurs.

Découvrir est le premier jeu des sens
(Mordez le vent et l’eau entre la langue et la lèvre);
mais, s’il est détaché de la connaissance des choses,
aucun accomplissement ne peut commencer.

La mer est là. Elle ne cesse de s’assaillir elle-même
en un rythme aveugle dont elle ne guérit jamais.
Nous, cependant, par l’esprit nous nous élevons
à la verticale, au-dessus de l’apparence des choses.

(Herwig Hensen)

Illustration

 

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L’IMAGE (György Rába)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




L’IMAGE

Et puis les mamelles des voûtes
aspirer le désir saisi
et dans la paume pris

Couteau des clochers
les muscles-moules du corps étranger
s’ouvrent se déploient

Frontispices
flânerie contre la pesanteur
la joie d’oasis intérieures

Et la lumière la lumière

(György Rába)

 

 

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TOUT LE LONG DE LA VIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



TOUT LE LONG DE LA VIE

Paysages de songe en des miroirs brisés,
Putains agglutinées comme boyaux de moules,
Soudain un grand cri vert a jailli de la foule
Le soleil se brossait sur les Champs-Élysées !

Sordides et mafflus et geindres et braillards
Vont à pas de fourmis tout le long de la vie,
Dans les bistrots poisseux où l’on boit sans envie,
Dans les trains surpeuplés d’aveugles babillards.

Mais le printemps sonore éclate à coups de fleurs
Délivre la fanfare timide des rainettes
Fait rutiler de ciel toutes ces marionnettes,
Hisse d’un bond les joies au pavois des couleurs.

L’ortie l’aride ortie s’éveille au fond des cours,
Éclate en rémouleur l’orgue de Barbarie.
Que des pantins barbus dégoisent des discours,
Que Brigadier sifflote en sa gendarmerie

Et le paon et le pont et le rampatapon,
Coccinelle égarée sur le sein blanc des filles,
Puis la valse où la cloche évoque le jupon,
Puis les tumultueux quadriges des quadrilles…

Sur cela sont levés les ciels lavés de lune
Et coule la fontaine au vent sous les tilleuls,
Pour y passer la vie chacun a sa chacune
Jusqu’au bout c’est fatal on se trouve enfin seul.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Félix Vallotton

 

 

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LA PLUS DRÔLE DES CRÉATURES (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



LA PLUS DRÔLE DES CRÉATURES

Comme le scorpion, mon frère,
tu es comme le scorpion
dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.

Et tu n’es pas un, hélas,
tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau,
quand le bourreau lève son bâton

tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre,
c’est grâce à toi, mon frère.
Si nous sommes affamés, épuisés,
si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
pressés comme la grappe pour donner notre vin,
irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,
mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

(Nâzim Hikmet)

 

 

 

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L’Etoile de Vénus (IV) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2016



J’aime … et de cet amour j’ai l’âme toute pleine;
Je tremble … mon coeur bat … Je ne sais? … Mais je sens
Quand je touche sa robe ou sa main tous mes sens
Tressaillir, et le feu me courir dans la veine;

Aussi je meurs d’amour aux genoux de ma reine,
A voir s’épanouir la fleur de ses vingt ans,
Rayonner dans ses yeux un éternel printemps,
A l’écouter parler, respirant son haleine.

Mais ce que j’aime en toi surtout, ô ma beauté,
C’est ta jeune poitrine où bat la volupté.
Oh! Quel enivrement et quelle poésie

Dans ces deux seins naissants façonnés par l’Amour!
Oui la Grèce eût moulé sur leur divin contour
Une coupe où les Dieux auraient bu l’ambroisie.

(José-Maria de Heredia)

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BRETAGNE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2015




BRETAGNE

Ô tous ces noms bretons qui chantent dans ma tête
Pays de marée basse et de jours de tempête
De Saint Benoît des Ondes jusqu’à Vivier-sur-Mer
Grise s’étend la grève où le regard se perd
Sur un rivage sombre où les grappes de moules
Se balancent sans cesse au beau milieu de houles
Vildé-la-Marine où la barque jette l’ancre
Sur le sable infini que le reflux échancre
Aveuglant de clarté le fier Mont-Saint-Michel
Se dresse à l’horizon perçant un ciel cruel.

(Jean-Baptiste Besnard)

 

 

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Le rouge-gorge (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2015




du pont l’enfant regarde la gare, les
voies ferrées, les tunnels, les signaux,
les trains
qui relient depuis toujours les étoiles
(l’autre lumière est celle de l’humus
qui mélange lentement, longuement
la mort et la vie)

l’huître, la moule, la coque,
le livre s’entr’ouvrent,
reçoivent l’océan, le laissent passer.

le rouge-gorge balance entre les deux
framboisiers,
se pose,
c’est un fil
tendu en moi toujours il tremble

(Pierre Garnier)

 

 

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ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE (Joseph Brodski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE

Dire qu’il fut malheureux serait trop dire,
ou trop peu : fonction de l’auditoire.
Pourtant l’odeur qu’il dégageait était légèrement offensante
et son galop, bien difficile à suivre à hauteur.
Il disait, On avait prévu une statue, mais quelque chose avait raté :
le moule ? la fabrication ? la gestion ?
Ou la guerre n’avait pas eu lieu, on avait pactisé avec l’ennemi,
et lui, on l’avait laissé là, sans doute avec mission d’incarner
l’Intransigeance, l’Incompatibilité, ces choses qui ne prouvent pas tant
la singularité d’un être, sa valeur, mais un simple probable.
Des années durant, tel un nuage, il avait erré dans les champs d’oliviers,
admirant que l’unijambisme engendrât l’immobilité.
Il apprit à se mentir à lui-même et en fit un art,
faute de meilleure compagnie, et pour vérifier sa santé mentale.
Et il mourut assez jeune, parce qu’il trouva que
sa part animale était moins durable que son humanité.

(Joseph Brodski)

Illustration: Gustave Moreau

 

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CENDRES MÊLÉES (Omar Khayyam)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2015



CENDRES MÊLÉES

Quand nous aurons rendu et ton âme et la mienne,
Deux briques marqueront la place de nos corps.
D’autres suivront… Un jour, le briquetier d’alors
Mêlera dans son moule et ma cendre et la tienne…

(Omar Khayyam)

Illustration: Ratko Krsanin

 

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LES FILLES DES GOBES (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2015



 

Kristine Kvitka [1280x768]

LES FILLES DES GOBES

Dans un de ces jours-là qui sont pâles et gris
Comme les flancs humides de la craie
Dans le jour gris d’une marée de novembre
Qui attire très loin le bord bruissant de l’eau
Un homme inquiet regarde le ciel noir
Entre les découpures de la crête de marne
Au-dessus de la crête le ciel sombre où passent
Des voiliers d’oies sauvages en route vers le sud.

Il faut descendre encore un peu parmi les éboulis
Aller sur le chemin des ramasseurs d’épaves
De l’autre côté d’un tas rocheux où le pied glisse
Passer un cailloutis où des charognes pourrissent
Pour la joie des crabes verts à marée haute
Là-bas se trouve une grève secrète
Murée de blocs précipités jadis
Solitaire entre toutes les plages de ce rivage désolé.

Nous vîmes là dans un matin de fin d’automne
Trois filles de la mer qui dansaient tristement
Pâles aussi couronnées de varech
Nues comme la craie soumise à l’érosion.

Leurs cheveux ondulaient sur leurs épaules maigres
Comme les laminaires flottant aux creux des Haumes
Leurs ventres plats remuaient des croûtes de sable
Avec des mousses marines rouges et roses.

La plus belle portait un long collier d’or
Toutes trois apportaient le grand froid de la mort.

Trois filles nues battues du vent du nord
Le sel brillait au bout de leurs menus seins gris
Leurs pieds dans l’eau faisaient un clapotis
Monotone. Et la mort habitait leurs yeux clairs.

Froides filles accrues aux trous de la falaise
En quelque vieux nid de pygargue
Elles se paissent de moules crues et d’algues
Pêchées à mer basse
L’iode seul court dans leurs veines.

Quand le vent chasse la brume du matin
Déroulée comme un suaire en lisière du ciel
Quand le vent du nord hérisse de glaçons
Les rets blonds des parcs qui sèchent sur les pieux
Les filles des falaises sortent de leurs cavernes
Dans un tourbillon de plumes blanches.

Aux cris des guillemots et des grèbes
Les filles des falaises dansent devant les gobes.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: Kristine Kvitka

 

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