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Posts Tagged ‘mourir’

J’abdique tout (Jovette Bernier)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



J’abdique tout

Je ne suis plus qu’un peu de chair qui souffre et saigne.
Je ne sais plus lutter, j’attends le dernier coup,
Le coup de grâce et de pitié que le sort daigne
Assener à ceux-là qui vont mourir debout.

J’abdique tout. J’ai cru que la cause était belle
Et mon être a donné un peu plus que sa part;
La mêlée était rude et mon amour rebelle,
Ma force m’a trahie et je l’ai su trop tard.

Je suis là, sans orgueil, sans rancœur et sans arme;
Mais l’espoir têtu reste en mon être sans foi,
Même si je n’ai plus cette pudeur des larmes
Qui fait qu’on a l’instinct de se cacher en soi.

La vie âpre, insensible, a vu ma plaie béante
Et tous les soubresauts qui ont tordu mon corps;
J’ai crispé mes doigts fous aux chairs indifférentes.
Mon amour résigné a pleuré vers la mort.

Qu’elle vienne, la mort, celle des amoureuses,
La mort qui vous étreint comme des bras d’amant,
Et qu’elle emporte ailleurs cette loque fiévreuse
Qu’est mon être vaincu, magnifique et sanglant.

(Jovette Bernier)

Illustration: Edvard Munch

 

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SECONDE VIE ICARE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



 

SECONDE VIE
ICARE

La voix du soleil

Écoute écoute-moi car toi tu peux m’entendre
Je le vois à tes yeux sans repos
Je le vois à tes mains raidies lorsque les mots sont pauvres puis
comme des feuilles qui ne peuvent mieux faire que mourir
Je le sens à ce souffle qui te prend et te laisse comme si les oiseaux
t’avaient quitté
Écoute écoute-moi car toi tu peux sortir de ta chair et de ta maison
comme le ferait un mort neuf de ses bandelettes
Tu peux m’entendre toi qui sais que ces épis de blé que l’on sépare
ne témoigneront plus pour le chant de la terre
Tu peux m’entendre toi qui cherches la vie et la raison de vivre
Toi qui sais que tout est autre chose encore
Et le secret dont tu as une part aussi vrai que le son de tes pas
sur l’asphalte des villes

Ce cri que je suis
Ce cri que je suis en toi
Écoute-le et laisse ces royaumes sans énigmes où les jours
s’abattent l’un sur l’autre comme les volets d’une maison sage

Ce cri que je suis en toi fera tomber les écailles de ta première
naissance

Ce cri d’amour que je suis en toi
Ce cri d’amour que je suis en toi

Plus terrible que l’inquiétude du matin et que les mers dont la
nuit sonde les profondeurs
D’autres n’en veulent pas

Ils laissent accumuler en eux des moissons vaines entre lesquelles
je ne peux me frayer le passage

Ce cri
Ce cri terrible et tendre que je suis en toi habite ton visage le
plus nu
Qu’il te prenne que tu n’aies plus de cesse
Qu’il redresse ta jeune nuque qu’il batte à tes tempes
Et en ce point sacré entre tes deux yeux.

(Andrée Chedid)

Illustration: Henri Matisse

 

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Rien ne voulait mourir (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



 

Rien ne voulait mourir
ni à la fenêtre le récit des feuillages
ni la rose rouge
porteuse de son chant

Ils parlaient à la vie
comme la fleur à l’abeille
l’abeille à la fleur

En désirs de fontaines
leurs paroles jaillissaient

Détournée de la mort
l’absence
se faisait bienveillante

(Georges Bonnet)

 

 

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Tout se voyait (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



 

Tout se voyait
la nostalgie de la saison qui se meurt
la soif des vieux murs
la folie des alliances
le fin duvet des paroles tendres
Parfois les prémices d’un espoir
dans ses feuillages d’oiseaux

(Georges Bonnet)

 

 

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Ne vois-tu (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



Ne vois-tu, dans la soie sanglante
du coquelicot, une menace ?

Ne vois-tu pas que le pommier
fleurit pour mourir dans la pomme ?

Ne pleures-tu, parmi les rires,
près des bouteilles de l’oubli ?

(Pablo Neruda)

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L’hiver était magnifié (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



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L’hiver était magnifié en croix
dans ses branches mortes
Sur la table le soir un jardin d’abeilles
montait d’une tisane

Ils regardaient mourir les braises de la veille
A la fenêtre contemplaient la forêt
conversaient avec des dieux
devenus sauvages

Juste avant l’orée
les sentiers faisaient un signe

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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L’hiver venait à peine de mourir (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



 

L’hiver venait à peine de mourir
et tout était offert
de ce qu’on appelle la terre et le ciel
la mer et ses cantiques
ce qui n’est à personne
un peuple de graminées
à l’ancre d’un rocher
l’air cru l’effervescence
la lune sur les prés
dans un autre silence

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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Si tu savais (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



 

Dina Shubin 167341

Loin de moi,
Si tu savais.

Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas,
comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier
de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.

Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin-de-moi à qui je suis soumis

Si tu savais.

(Robert Desnos)

Illustration: Dina Shubin

 

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Caresse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



 

Lauri Blank -    (46)

Caresse

Tu m’as pris jeune, simple et beau,
Joyeux de l’aurore nouvelle ;
Mais tu m’as montré le tombeau
Et tu m’as mangé la cervelle.

Tu fleurais les meilleurs jasmins,
Les roses jalousaient ta joue ;
Avec tes deux petites mains
Tu m’as tout inondé de boue.

Le soleil éclairait mon front,
La lune révélait ta forme ;
Et loin des gloires qui seront
Je tombe dans l’abîme énorme.

Enlace-moi bien de tes bras !
Que nul ne fasse ta statue
Plus près, charmante ! Tu mourras
Car je te tue – et je me tue.

(Charles Cros)

Illustration: Lauri Blank

 

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Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables (Soeur Juana Inès de la Cruz)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables

Rose divine qui en culture élégante
es, avec ta subtilité parfumée,
magistère pourpre dans la beauté,
enseignement neigeux à la splendeur.

Semblant de l’humaine architecture,
exemple de la vaine élégance,
où, dans ton être, la nature a réuni
le berceau joyeux et la sépulture triste.

Comme, hautaine dans ta pompe, fière,
superbe, le risque de mourir tu méprises,
et après évanouie et recroquevillée

de ton être caduc tu donnes des signes fanés,
et ainsi par une mort savante et une vie niaise,
en vivant tu trompes et en mourant enseignes!

(Soeur Juana Inès de la Cruz)

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