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Poésie

Posts Tagged ‘mourir’

Il ne fait jamais nuit quand tu meurs (René Char)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



bosch-ascension

 

Il ne fait jamais nuit quand tu meurs,
Cerné de ténèbres qui crient,
Soleil aux deux pointes semblables.

Fauve d’amour, vérité dans l’épée;
Couple qui se poignarde unique parmi tous.

(René Char)

 Illustration: Jerome Bosch

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Le divers décroît (Victor Segalen)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
Le divers décroît.
Là est le grand danger terrestre.

C’est donc contre cette déchéance
qu’il faut lutter, se battre,

– mourir peut-être avec beauté.

(Victor Segalen)

 

Recueil: Essai sur l’exotisme
Traduction:
Editions:

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DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE

Dormeuse aux lèvres de soleil,
Dormeuse au sourire d’eau calme
Où dérivent de lents nuages,
Oh ! sous ta paupière close
La rosée de ton regard,
Ma fileuse d’aurores douces,
Ma dormeuse nue dans la robe
Profonde et soyeuse des fleuves
Je murmure ton nom de songe à ton oreille,
Je te parle des grands vaisseaux qui appareillent,
Je t’offre les joyaux qui brûlent dans les vagues
Ou que l’écume heureuse roule
Sur les plages de mon enfance,
Je caresse les tourterelles qui roucoulent
Aux tièdes nids de tes aisselles,
Tu souris et tu ne t’éveilles
De ton grand sommeil enchanté.
Il fait bon, si bon dans ton rêve,
O mon enfant, ma si tendre inconnue
Silencieuse, ô ma décapitée.

Toi qui circules dans ma vie
Comme une source dans la terre,
Et je connais ta voix amie,
Fleur de printemps parmi l’hiver,
Toi qui me lies et me délivres
De mes murs et de mes décombres,
Magicienne qui ravives
Mon ciel des couleurs de l’enfance,
Belle de jour, belle de nuit,
Soleil de tous mes paysages,
Navire près de mes rivages,
Ile proche dans mes naufrages,
Refuge en mes déserts de neige,
Azur sur tous mes continents,
Comment, comment te nommerai-je
Sans que tu meures de ton nom ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

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LA RIVIERE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017





LA RIVIERE

D’arbres infortunés
seuls au bord de l’eau
la rivière si fine
écoute l’écho

les poissons d’aventure
meurent au fil pendu
la pierre sans histoire
dort à coeur perdu

A vélo
sur le pont
un homme tout rond
s’essouffle et fait oh oh

le pêcheur emporte à la maison
les saules, les cailloux, peut-être les goujons

(Raymond Queneau)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Le début et la fin (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Au petit jour naît la petite aube, la microaube
puis c’est le soleil bien à plat sur sa tartine
il finit par s’étaler, on le bat avec le blanc des nuages
et la farine des fumées de la nuit
et le soir meurt, la toute petite crêpe, la crépuscule

(Raymond Queneau)

Illustration: ArbreaPhotos

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Calme (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Calme est l’arbre qui se dresse droit ou bien tordu
Calme est aussi l’arbuste en sa médiocrité
Calme est le fier cheval indemne de la morve
Calme est le champignon et sa femme la mousse
Calme est le ruisselet calme aussi le torrent
Calme est le cours fixé qui m’emporte du Temps
Calme la fleur qui meurt
Calme l’herbe qui pousse

(Raymond Queneau)


Illustration: ArbreaPhotos

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A SOI-MÊME ENNEMI (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
A SOI-MÊME ENNEMI

Rien n’est encore perdu endors-toi ma nuit
dans les lentes brassées d’un ciel qui se déploie
rien n’est encore perdu endors-toi mon jour
pour le grain qui fut perdu pour la source qui mourut
pour le vent nouveau des rues pour un dieu nu
rien n’est encore perdu endors-toi mon amour
tant qu’il y aura des morts si clairs à ensevelir
des chiens perdus un coeur d’enfant qui ne veut pas mentir
des vivants attablés à la Nuit qui fut seule
et des jardins venus sur les ruines d’un empire

rien n’est encore perdu puisque je t’aime.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Dans un doux silence solennel (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Dans un doux silence solennel,
Comme si quelqu’un allait mourir.

Mais ce n’est qu’un homme simplement triste
Déçu par la malchance,

Qui, le col ouvert,
Contemple les étoiles.

« Étoiles, étoiles,
Dites-moi pourquoi je suis triste !»

Et il contemple les étoiles.

«Étoiles, étoiles,
D’où vient cette angoisse?»

Et les étoiles racontent.
Elles racontent tout, les étoiles.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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FLORENCE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Florence 1

FLORENCE

I
Meurs, Florence, ô Judas,
Disparais dans les ténèbres séculaires !
A l’heure de l’amour, je t’oublierai,
A l’heure de la mort, je ne serai pas avec toi !

O belle, moque-toi de toi-même,
Car tu as perdu ta beauté !
Un rictus putride, un rictus de mort
A défiguré tes traits !

S’égosillent tes automobiles,
Sont hideuses tes maisons,
A la jaune poussière européenne
Pourquoi donc t’es-tu livrée !

Dans la poussière, tintent les vélocipèdes,
Là, où le saint moine fut brûlé,
Là, où Léonard a su percer les ténèbres,
Où Fra Beato un rêve bleu a rêvé !

Tu réveilles les Médicis somptueux,
Tu piétines tes propres lis,
Mais tu ne sais pas te faire renaitre,
De la poussière, de la cohue des boutiques !

Le long gémissement nasillard de la messe
Et l’odeur de cadavre des roses dans tes églises,
Tout le poids de la tristesse séculaire,
Disparais donc dans les siècles purificateurs !

IV
Les pierres surchauffées brûlent
Mon regard enfiévré.
Les iris brumeux, dans la fournaise
Semblent vouloir s’envoler.

O tristesse sans issue,
Je te connais par coeur !
Dans le ciel noir de l’Italie
Je mire mon âme noire.

(Alexandre Blok)

 

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