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J’entends battre mon Sacré-Coeur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



J’entends battre mon Sacré-Coeur
Dans le crépuscule de l’heure,
Comme il est méconnu, sans soeur,
Et sans destin, et sans demeure!

J’entends battre ma jeune chair
Equivoquant par mes artères,
Entre les Edens de mes vers
Et la province de mes pères.

Et j’entends la flûte de Pan
Qui chante: « bats, bats la campagne!
« Meurs, quand tout vit à tes dépens;
« Mais entre nous,va, qui perd gagne! »

(Jules Laforgue)


Illustration: Ricardo Casal

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Chanson de la gitane (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Chanson de la gitane

Mets sur ton coeur si tu vas à la guerre
mon portrait de San Feliu de Léon
vienne la balle meurtrière
ensemble nous mourrons.

(Armand Lanoux)


Illustration: Maurice Callewaert

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DOULEUR DES CHOSES QUE J’IGNORE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
DOULEUR DES CHOSES QUE J’IGNORE

Fouillis de racines noires et blanches,
odeur de levure et lombrics,
entaillée par les eaux la terre.

Douleur naissante des choses que j’ignore:
non seulement mourir une fois
mais tout le temps sentir peser sur le coeur
avec l’herbe une motte de terre.

***

DOLORE DI COSE CHE IGNORO

Fitta di bianche e di nere radici
di lievito odora e lombrichi,
tagliata dall’acque la terra.

Dolore di cose che ignoro
mi nasce: non basta una morte
se ecco piu volte mi pesa
con l’erba, sul cuore una zolla.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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De toute fleur (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018



Odilon Redon  flower-clouds-1903 [800x600]

De toute fleur

À chaque heure je soupire
Car tout ici a forme de feuille
Et de nuage.

À chaque fleur, je meurs
Car tout ici a forme de chagrin
Et de linceul

(Dylan Thomas)

Illustration: Odilon Redon

 

 

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Epitaphe (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Epitaphe

Il naquit,
Il fut toujours seul
Parmi tant de monde ;
Avec tant de mots
Il se tut;
Puis il mourut, il prit congé du soleil.

***

Epitafio

Nacque ;
Fu sempre solo
Tra tanta gente ;
In molte parole
Tacque ;
Indi mori, s’accomiato dal Sole.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Le suicidaire (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



 

Le suicidaire

Il ne restera dans la nuit aucune étoile
Il ne restera pas la nuit.
Je mourrai et avec moi la somme
De l’intolérable univers.
J’effacerai les pyramides, les médailles
Les continents et les visages.
J’effacerai l’accumulation du passé.
De l’histoire, je ferai poussière, poussière la poussière.
Je regarde le dernier crépuscule.
J’écoute le dernier oiseau.
Je lègue le rien à personne.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

 

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L’ÉTÉ VIENDRA (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



L’ÉTÉ VIENDRA

L’été viendra, les mots
déjà le disent, et tous
les reposoirs s’écroulent
sous le bleu sans cesse
accentué. L’eau de l’air
ne se boit qu’à distance.
Tu connaîtras (l’innommée
enfin se dévoile) la mer
qui t’invite à mourir.

(Pierre-Bérenger Biscaye)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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EAU MORTE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




    
EAU MORTE

Eau morte, sommeil des marais
où de larges feuilles de venin macèrent,
tantôt blanche tantôt verte dans les éclairs,
tu es semblable à mon coeur.

Alentour le peuplier grisonne et le chêne vert;
feuilles et glands s’apaisent du dedans
et chacune a ses cercles issus d’un centre originaire
déformés par le sombre bourdon du vent.

Ainsi comme sur l’eau le souvenir dessine
des cercles de plus en plus grands, ainsi mon coeur
part d’un centre et quand il meurt,
eau morte il te ressemble comme une soeur.

***

ACQUAMORTA

Acqua chiusa, sonno delle paludi
che in larghe lamine maceri veleni,
ora bianca ora verde nei baleni,
sei simile al mie cuore.

Il pioppo ingrigia d’interno ed il leccio;
le foglie e le ghiande si quietano dentro,
e ognuna ha i suoi cerchi d’un unico centro
sfrangiati dal cupo ronzar del libeccio.

Cosi, come su acqua allarga
il ricordo i suoi anelli, mio cuore;
si muove da un punto e poi muore :
cosi t è sorella acquamorta.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Ce n’était pas ma faute (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


eau

Un Tigre Mourant – geignait de Soif –
Je fouillais tout le Sable –
Cueillis l’Eau s’égouttant d’un Roc
Et la portai dans ma Main –

Ses Nobles Yeux – dans la mort étaient troubles –
Mais en scrutant – je pus voir
Une Vision sur sa Rétine
De l’Eau – et de moi –

Ce n’était pas ma faute – si ma hâte ne suffit pas –
Ce n’était pas sa faute – s’il mourut
Comme j’allais l’atteindre –
Mais le fait est – qu’Il était mort –

(Emily Dickinson)

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Soleil levant (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


soleil_levant

« Les Condamnés – voient le Soleil levant
Avec une Volupté autre –
Car – lorsqu’il resplendira de nouveau
Ils doutent d’en être témoins –
L’Homme – demain – qui va mourir –
Ecoute l’Oiseau des Prés –
Car sa Musique émeut la Hache
Qui réclame sa tête –

Joie – pour qui le Soleil levant
Précède un Jour – Epris –
Joie – pour qui l’Oiseau des Prés
N’a qu’Elégie! »

(Emily Dickinson)

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