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Poésie

Posts Tagged ‘mourir’

LA MOUCHE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
LA MOUCHE

Petite mouche
Ton jeu d’été
A troublé
Ma main insouciante.

Ne suis-je pas
Une mouche comme toi.
Ou n’es-tu pas
Un homme comme moi ?

Car je danse
Et bois et chante
Jusqu’à ce qu’une aveugle main
Trouble mon vol.

Si la pensée est la vie
Et la force et le souffle,
Et si l’absence de pensée
Est la mort

Alors je suis
Une heureuse mouche
Que je vive
Ou que je meure.

***

THE FLY

Little Fly,
Thy summer’s play
My thoughtless hand
Has brush’d away.

Am not I
A fly like thee?
Or art not thou
A man like me?

For I dance
And drink & sing,
Till some blind hand
Shall brush my wing.

If thought is life,
And strength & breath,
And the want
Of thought is death,

Then am I
A happy fly,
If I live
Or if I die.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Dans le quartier solitaire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Grégoire Mathieu
    
Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte
des volets se ferment sur des rires d’enfants
sur des voix très douces, très proches du coeur
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d’une femme
supporte le poids de tout le paysage
et l’on sent qu’elle peut mourir en fermant les yeux
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d’étoiles, les carreaux sont moins noirs
sur l’ombre qui sort des chambres comme une forêt
qu’on ne peut arrêter, parce qu’il n’y a plus
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu’il se pose sur la main
Un feu s’éteint sans cri au tournant de la nuit
et les fumées hautes marchent sur les toits
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai le cœur aussi grand qu’une place publique (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


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J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Ouvert à tous les vents
Voire à n’importe qui
Venez boire chez moi
Trois fois rien de musique
Et vous y resterez
Comme en pays conquis

J’ai le cœur en déroute
Il ne bat que d’une aile
Il bat comme un volet
Les nuits qu’il fait du vent
Ne le prenez jamais
Surtout comme modèle
Car je vais en mourir
Avant qu’il soit longtemps

À vingt ans, cœur joyeux
Moi qui ne savais rien
J’allais aux quatre coins
Des horizons du monde
Je croyais comme vous
Que la Terre était ronde
Et les hommes parfaits
Je m’en portais si bien

Mais le cœur que l’on porte
Au fond de sa poitrine
On ne le choisit pas
On en fait ce qu’on peut
Aux quatre coins de moi
Le chagrin se dessine
Mon bonheur à présent
Se meurt à petit feu

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place de foire
On y vient sans façons
On y fait Dieu sait quoi
Mais je ne voudrais pas
Qu’on en fasse une histoire
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

(Bernard Dimay)

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Petit Bonhomme vit encore (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


Après midi, dans l’ombre fraîche,
Nous étions entre jeunes gens;
L’Amour vint et voulut jouer
Au Petit Bonhomme avec nous.

Joyeux, chacun de mes amis
Avait près de lui son « cher coeur »;
L’Amour souffla sur son flambeau
Et dit: « Prenez cette chandelle! »

Et l’on fit circuler en hâte
Le flambeau qui brûlait sans flamme;
Chacun le glissa prestement
Entre les doigts de son voisin.

Et Dorilis me le tendit
De son air moqueur et railleur.
Ma main l’ayant touchée à peine,
La chandelle flambe à feu vif,

Me brûle les yeux, le visage,
Me met en flammes la poitrine,
Et ce brasier eût pour un peu
Jailli au-dessus de ma tête.

Je crus l’éteindre d’une tape,
Pourtant son feu dure toujours.
Au lieu de mourir, le bonhomme
Etait chez moi en pleine vie.

***

Stirbt der Fuchs, so gilt der Balg

Nach Mittage sassen wir
Junges Volk im Kühlen;
Amor kam, und stirbt der Fuchs
Wollt er mit uns spielen.

Jeder meiner Freunde sass
Froh bey seinem Herzchen;
Amor blies die Fackel aus,
Sprach: Hier ist das Kerzchen!

Und die Fackel, wie sie glomm,
Liess man eilig wandern,
Jeder drückte sie geschwind
In die Hand des andern.

Und mir reichte Dorilis
Sie mit Spott und Scherze;
Kaum berührt mein Finger sie,
Hell entflammt die Kerze,

Sengt mir Augen und Gesicht,
Setzt die Brust in Flammen,
Über meinem Haupte schlug
Fast die Gluth zusammen.

Löschen wollt ich, patschte zu,
Doch es brennt beständig;
Statt zu sterben ward der Fuchs
Recht bey mir lebendig.

(Goethe)

Illustration

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LES HEURES, COMME UN FLOT… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Mary Cassatt the-pensive-reader [800x600]

Les heures, comme un flot, viennent mourir en toi.
Pourquoi guetter un bruit de pas dans le silence ?
Ah! Le coeur n’est pas mort de ton adolescence.
Veux-tu donc le traîner toujours, comme une croix ?

Mon enfant, mon enfant, regarde dans la glace
Ce visage meurtri, ta bouche déjà lasse,
Ton front déjà plus vaste et plus grave — et tes yeux
Où ne vit plus l’espoir immuable et joyeux.

Mon enfant, mon enfant, accepte et prends un livre.
Et qui sait si l’amour ne viendra pas plus tard ?
Tu marches vers des mains, des lèvres, un regard,
Vers l’amour que contient ce qui te reste à vivre.

Le sombre azur du ciel emplit les vitres closes.
Ton front sent la douceur des anciens baisers —
Et voici que reflue, en ton coeur apaisé,
La pieuse et souffrante humilité des choses.

(François Mauriac)

Illustration: Mary Cassatt

 

 

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L’ANNONCIATEUR (Emile van Arenbergh)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



L’ANNONCIATEUR

Sur ta haute colonne, ô Poète stylite,
Tu t’es enseveli, tout vivant dans le ciel :
― Sous toi, comme une mer, la Vie en vain s’agite,
Jetant d’un pôle à l’autre un sanglot éternel.

Au seuil de l’Infini tu te dresses dans l’ombre,
Interrogeant l’abîme où le temps vient mourir ;
Son silence te parle, et, dans sa voûte sombre,
Par les trous du soleil tu vois Dieu resplendir.

La foule douloureuse attend dans les ténèbres
Qu’une lueur révèle une route à ses pas
Et qu’une voix réponde à ses appels funèbres ;

Et toi, joyeux d’espoir, tu lui montres là-bas,
Par-delà cette nuit où tout sommeille encore,
Tout au fond des cieux noirs, à l’horizon, l’Aurore.

(Emile van Arenbergh)

Illustration

 

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Ta voix est cet espace où tremble la fleur de rien (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017





Ta voix est cet espace
où tremble la fleur de rien

Elle pourra mourir
entre deux souffles
comme on pousse une porte
machinalement

Rien n’aura changé

L’air qui passe
est plus léger
que les mots

(Marilyse Leroux)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

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Les chemins tremblants (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration
    
Les chemins tremblants de la senteur des trèfles
s’en vont dans le soleil l’un vers l’autre
avec des voitures hautes comme des maisons
avec des hommes qui ne peuvent pas mourir le jour.

Près des buissons débordant d’un peu d’ombre
des paysans muets mangent leur soupe trop salée.
D’autres dorment une demi-heure
le corps uni au levain chaud du sol.

La colline comme un coeur au-dessus des sources
qui se tranchent l’aorte avec des cailloux clairs
vient au village par des chemins de soleil.
La fenêtre n’a pas remué son aile entr’ouverte.

La lumière tête nue sommeille sur le lit défait
un enfant se roule avec les poules dans la poussière.
La clarté se casse comme un verre en plein ciel
et libère les arbres dans un beau jour d’été.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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A mon Avril (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Jeanie Tomanek  
    
A mon Avril

Répands sur mon front d’insomnie
Tes cheveux d’aurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !

Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela s’est fait, puisque je t’aime.

Dans mon âme, où l’angoisse est morte,
Le souvenir est effacé…
Donne-moi tes lèvres ! qu’importe
La douleur que fut le passé !

L’oubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.

Car j’ai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où j’ai pleuré,
Quelque chose de doux, d’immense,
De lumineux et de sacré !

C’est pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
L’espace et les cieux et le monde !

J’ai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et qu’on espère, et que l’on aime
Et que l’on meurt en souriant !

(Renée Vivien)

 

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L’Amour des deux Jacinthes (Christian Jodon)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

L’Amour des Deux Jacinthes

Là-haut sur la colline
Y-a-t’un joli jardin
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Il y a deux jacinthes
Dans ce joli jardin
Le jardin de tes yeux
Remplis de romarin
Lavande du ciel bleu
Deux jacinthes au jardin

Pour tes jolies jacinthes
J’ai pleuré dans mes mains
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Insensible à ma plainte
Ni jour d’hui ni demain
Pour tes jolies jacinthes
Je pleurerai sans fin
Modulant la complainte
De ton regard de lin

Là-haut sur la colline
Y-a-t’un joli jardin
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Ton jardinier jardine
Tes deux yeux au jardin
Le parfum de tes yeux
Vaut bien le romarin
Lavande du ciel bleu
Deux jacinthes au jardin

Le vent de la colline
M’apporte ton parfum
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Le parfum de jacinthe
De tes beaux yeux de lin
Avec un goût d’absinthe
D’amer et de citrin

Au jardin de tes yeux
J’irai mourir demain

(Christian Jodon)

Illustration: Josephine Wall

 

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