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Poésie

Posts Tagged ‘mourir’

L’internel regard (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2022


Le_cri_

Le cri du naître,
premier acte du mourir
Cesser de mourir veut dire s’infinir
dans l’éternel retour du silence
au silence.
La chair retourne à la terre
La vie à la démesure de la vie.
L’internel regard (dépouillé de soi et du monde)
à l’énigmatique nudité de son propre silence

(Michel Camus)

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La Douceur des choses (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2022


douceurs

Si je chante la douceur des choses
si je dis la douleur des jours
c’est uniquement pour ne pas trébucher
pour ne pas mourir …

(Bernard Mazo)

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Il a taillé la haie (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022




Il a taillé la haie
avant de mourir.
Elle reprend de plus belle.

(Anne Tardy)

 

 

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Le chardonneret (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




Le chardonneret

Amour, ni le sang
ni le corps ne te louaient,
le chardonneret seul te louait
en mourant dans le filet.

Amour, ni le sang
ni le corps ne te pleuraient,
le chardonneret seul te pleurait
en mourant dans le filet.

Amour, ni le sang
ni le corps ne te criaient,
le chardonneret seul criait ton nom
en riant au ciel.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration

 

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Dauphins, poulpes, poissons (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



Dauphins, poulpes, poissons
fraîcheur de lin, de roseaux, d’oliviers
tremblement du jour dans une couleur
joie d’une ligne qui bouge encore
et je rêve à cette main entre milliards
de mains, étonnée, heureuse –
et je ne sais quoi, un pigment
qui fait que l’âme respire,
que voit la vie, ces choses qui
viennent à mes doigts
et mourront une fois encore –

(Lorand Gaspar)

 

 

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La litanie du beau garçon (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




La litanie du beau garçon

I.
La cigale appelle l’hiver
– quand chante la cigale
tout est clair et immobile de par le monde.
Là-bas le ciel est clair
– si tu viens ici que trouveras-tu?
De la pluie, des nuages et des pleurs d’enfer.

II.
Je suis un beau garçon,
je pleure tout le jour,
je t’en prie, mon Jésus,
ne me fais pas mourir.

Jésus, Jésus, Jésus.

Je suis un beau garçon,
je ris tout le jour,
je t’en prie, mon Jésus,
ah, fais-moi mourir.

Jésus, Jésus, Jésus.

III
Aujourd’hui c’est Dimanche,
demain je mourrai,
aujourd’hui je me vêts
de soie et d’amour.

Aujourd’hui c’est Dimanche,
dans les prés, de leurs pieds frais
les enfants sautent,
légers, dans leurs petits souliers.

En chantant à mon miroir,
je me peigne en chantant.
Dans mon oeil, il rit,
le Diable pécheur.

Sonnez ô mes cloches,
repoussez-le!
« Nous sonnons, mais que regardes-tu
en chantant dans les prés? »

Je regarde le soleil
des étés morts,
je regarde la pluie,
les feuilles, les grillons.

Je regarde ce que fut
mon corps d’enfant,
les tristes Dimanches,
et le temps perdu.

« Aujourd’hui on te vêt
de soie et d’amour,
aujourd’hui c’est Dimanche,
demain tu mourras. »

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Edouard Manet

 

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LA DELUSOIRE BEAUTE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2022



Cayetano de Arquer d024

LA DELUSOIRE BEAUTE

En cette nuit de lune et de neige
Tu es bien plus sombre que de coutume
Ainsi l’étang derrière les bouleaux
Disque d’eaux mortes muées en plomb
Plus noir plus pesant sous le ciel pâle.

Tu n’y vois qu’un autre miroir
Où aller solitaire et nue
T’aguerrir devant ton image.

Il fait si froid que les oiseaux
Viennent mourir à ta fenêtre
Et tu les regardes mourir
Sans vouloir leur ouvrir tes lèvres
Qui les attirent hors du bois.

Aussi chaudes qu’un nid
Tes lèvres collées au carreau
Pour un appât de baisers
Trop vite évanoui.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: Cayetano de Arquer

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Je vis, je meurs (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremélés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

(Louise Labé)


Illustration

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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Je vois maintenant un enfant (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2022




Je vois maintenant un enfant qui revient de la fontaine
avec deux brocs d’eau pleins:
il marche dans l’air clair du pays,
qui est pour moi un pays inconnu.

Pourtant, lui, l’enfant, est pour moi un visage familier,
avec le ciel qui pâlit dans une funèbre douceur
et les maisons qui s’abandonnent peu à peu à l’ombre
tandis que sur la placette tout est écrasé
par un son de trompette accablant.

C’est le déclin du jour,
et je me souviens du nombre infini de jours
que j’ai vu mourir ainsi…

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration

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