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Poésie

Posts Tagged ‘mourir’

Le Coeur du Monde (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le Coeur du Monde

Ils sont
La sève des arbres
Le coeur du monde
Les yeux de l’aveugle
La substance des choses

Ils sont
Les forces souterraines
Animant les étoiles
Donnent à l’univers
Sa structure et sa forme

Ils sont
Le cri de révolte
De la vie torturée
Lavent de leur corps
La plaie de la corruption

Ils sont
Le regard du naufragé
Tendant les mains
Vers une promesse trahie
Vers un avenir achevé

Ecoutez-les
Ils ont
Mille visages
Ils sont de toujours
Ils enlacent l’infini
En une gerbe lumineuse

Quand l’un d’eux disparaît
S’éteint une étoile dans le ciel

Car chaque soleil qui meurt
Assombrit la nuit des humains

M’abandonne à la nuit
M’abandonne l’espoir
De demain

(Luciole)

https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Antonio Chacon

 

 

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VERTIGE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Claude Sauzet  (2)

VERTIGE

Oh! soyons intenses !
Abusons des danses!
Abusons des lits
Et des seins polis !

Oh les innocences
Et toutes leurs transes !
Leurs cruels oublis !
Froissons tous ces lys.

Nous aimons le crime
Nous trouvons la rime
Dont on meurt souvent.

Vivons d’oeuvres folles !
Disons des paroles
Qu’emporte le vent.

(Charles Cros)

Illustration: Claude Sauzet

 

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AU CAFE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Jean-Claude Forez  _La_biere

AU CAFE

Le rêve est de ne pas diner,
Mais boire, causer, badiner
Quand la nuit tombe ;
Epuisant les apéritifs,
On rit des cyprès et des ifs
Ombrant la tombe.

Et chacun a toujours raison
De tout, tandis qu’il la maison
La soupe fume,
On oublie, en mots triomphants,
Le rire nouveau des enfants
Qui nous parfume.

On traverse, vague semis,
Les amis et les ennemis
Que l’on évite.
Il vaudrait mieux jouer aux dés,
Car les mots sont des procédés
Dont on meurt vite.

Ces gens du café, qui sont-ils ?
J’ai dans les quarts d’heure subtils
Trouvé des choses
Que jamais ils ne comprendront,
Et, dédaigneux, j’orne mon front
Avec des roses.

(Charles Cros)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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LA nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Christian Schloe 70323648_b

La nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée :
Ces archipels de lune aux longs chemins mouvants
Et par l’unique étoile une ombre déchirée
– Appel d’un dieu perdu dans le mythe des vents.

La nuit donne à la nuit ses lambeaux de silence,
D’un silence où la mer en nous ne s’entend plus,
Où l’ange en s’endormant visite une autre enfance
Et nous laisse mourir pour ceux qui se sont tus.

La nuit n’attend que nous pour boire une eau plus pure :
L’éloge d’une larme est celui du pardon.
Mortels cloués vivants à la sainte blessure,
Notre couche d’orage à l’amour dit son nom.

– Amour, à cette nuit refuse les visages
Que nous avons subi pour déjouer ta loi !
Le temps ne t’appartient que si tu le partages
Et le jour doit mourir s’il ne meurt que de toi.

Amour, blancheur de l’ange éparse dans les nombres
Dont la nuit dissimule et surprend le pouvoir,
Dans cette solitude interdite aux décombres
Nous as-tu rejetés pour te voir sans me voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Christian Schloe

 

 

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SAINT-SEBASTIEN (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Alfred Courmes   Saint Sebastien 40 [1280x768]

SAINT-SEBASTIEN

Je suis inutile et je suis nuisible ;
Ma peau a les tons qu’il faut pour la cible.
Valets au pouvoir public attachés
Tirez, tirez donc, honnêtes archers !

La première flèche a blessé mon ventre,
La seconde avec férocité m’entre
Dans la gorge, aussi mon sang précieux
Jaillit, rouge clair, au regard des cieux.

Je meurs et là-haut sont dans les platanes
Des oiseaux charmeurs. En bas de bons ânes
Mêlés à des ours, brutes qu’il ne faut
Jamais occuper des choses d’en haut.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Courmes

 

 

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La vie (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



La vie,
c’est un endroit
où l’on meurt…

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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Ce n’était pas ma faute (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017


eau

Un Tigre Mourant – geignait de Soif –
Je fouillais tout le Sable –
Cueillis l’Eau s’égouttant d’un Roc
Et la portai dans ma Main –

Ses Nobles Yeux – dans la mort étaient troubles –
Mais en scrutant – je pus voir
Une Vision sur sa Rétine
De l’Eau – et de moi –

Ce n’était pas ma faute – si ma hâte ne suffit pas –
Ce n’était pas sa faute – s’il mourut
Comme j’allais l’atteindre –
Mais le fait est – qu’Il était mort –

(Emily Dickinson)

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Soleil levant (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017


soleil_levant

« Les Condamnés – voient le Soleil levant
Avec une Volupté autre –
Car – lorsqu’il resplendira de nouveau
Ils doutent d’en être témoins –
L’Homme – demain – qui va mourir –
Ecoute l’Oiseau des Prés –
Car sa Musique émeut la Hache
Qui réclame sa tête –

Joie – pour qui le Soleil levant
Précède un Jour – Epris –
Joie – pour qui l’Oiseau des Prés
N’a qu’Elégie! »

(Emily Dickinson)

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J’appelle poésie (Pascal Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

J’appelle poésie cette intrigue de l’infini
où je me fais auteur de ce que je vois, de ce que j’entends.
Musique et pensée.
Poignée d’images dans la brume.
Vallées qui serpentent.
Pourquoi faudrait-il que la mort
soit la religion absolue ?
L’oeil habillé d’une paupière
n’est pas dans la tombe.
D’ailleurs,
placé en ce lieu de parole qui fait parole,
rien ne meurt qui a commencé.

(Pascal Boulanger)

 Illustration

 

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Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me chercha
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)


Illustration

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