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AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019




    
AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS…

Amour déshabillé de nous comme, de mousse,
Par la rage de l’eau,
Un mur, toujours plus bas plongeant dans le terreau
Peuplé de larves douces,

Ton torse blanc résiste à la griffe des houx,
Aux hachures de l’ombre
Et chaque pierre en toi reste fidèle au nombre
Qui s’est défait de nous.

Te retrouverons-nous ? Brûlerons-nous ensemble ?
Parfois, dans le charbon,
L’enfant croit reconnaître en nos amas profonds
Quelqu’un qui lui ressemble,

Mais ce n’est qu’un nuage, une feuille, un serpent
Ou quelque rêve informe
Comme en font les rochers lorsque l’on croit qu’ils dorment
A l’ombre des vivants.

Et toi tu resplendis, à la fois vierge et veuve
Au soleil revenu :
On dirait que, nous arrachant à ton flanc nu,
La mort te fait plus neuve,

Amour femelle, et ton entêtement joyeux
Dans la beauté du monde
Qui n’est beau que de toi, de ton haleine blonde
Et de l’eau de tes yeux.

(Jean Rousselot)

 

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Dans le chaos d’une avalanche (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



 

deux pierres

Dans le chaos d’une avalanche,
deux pierres s’épousant au bond
purent s’aimer nues dans l’espace.
L’eau de neige qui les engloutit
s’étonna de leur mousse ardente.

(René Char)

Illustration

 

 

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Les quatre saisons – L’été (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

John Byam Liston Shaw 930_b [1280x768]

Les quatre saisons – L’été

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

(Charles Cros)

Illustration: John Byam Liston Shaw

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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Ô NEIGE (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



Ô NEIGE

Ô neige,
Qui réchauffes et qui protèges
Le blé qui lève à peine
Avec la mousse, avec la laine
Que tu répands de plaine en plaine !
Neige silencieuse et doucement amie
Des maisons, au matin dans le calme endormies,
Recouvre notre toit et frôle nos fenêtres
Et soudain par le seuil et la porte pénètre
Avec tes flocons purs et tes dansantes flammes,
Ô neige lumineuse au travers de notre âme,
Neige, qui réchauffes encor nos derniers rêves
Comme du blé qui lève !

(Émile Verhaeren)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Crâne crâne ville tortueuse (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

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Crâne crâne ville tortueuse
dans l’allée principale les becs de gaz crevèrent
La lucidité chante son chant de diamant sauvage
sur la mousse des tempêtes

(Guy Lévis Mano)

 

 

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ENNEMIE DE LA MORT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
ENNEMIE DE LA MORT
à Rossana Sironi

Tu ne devais pas, ma bien-aimée,
arracher ton image à ce monde,
nous priver d’une mesure de beauté.
Ennemis de la mort, que ferons-nous
penchés sur tes pieds roses,
sur ton flanc mauve ?
Tu n’as laissé ni feuille ni mot
de ton dernier jour, ni même un non à toute chose
apparue sur la terre, un non au journal
monotone des hommes. L’ancre triste et
estivale de la lune a emporté
tes songes : collines arbres lumière
ténèbres et eaux; non pas des pensées
confuses, mais des songes véritables
retranchés à l’esprit déterminé qui
soudain arrêta le temps
pour toi, la lâcheté future. Désormais,
tu es sur le seuil des portes dures,
ennemie de la mort. — Qui hurle, qui hurle ?

Tu as tué la beauté en un clin d’oeil,
tu l’as frappée pour toujours, tu l’as lacérée
sans une plainte pour son ombre
folle qu’elle déploie sur nous. Tu ne nous suffisais pas,
beauté, solitude déliée.
Tu as déroulé un geste dans l’obscurité, tu as écrit
ton nom dans les airs ou ce non à tout
ce qui grouille ici et par-delà le vent.
Je sais ce que tu voulais dans ta robe neuve,
je connais la question qui nous revient vide.
Il n’y a pas de réponse pour nous, il n’y en a pas pour toi,
ni mousse ni fleurs, ma bien-aimée,
ennemie de la mort!

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Écrit sur la cellule d’un bonze (Wang Tch’ang-Ling)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
Écrit sur la cellule d’un bonze

Les fleurs de palmier couvrent la cour,
La mousse envahit la cellule solitaire.

L’hôte et le visiteur
ayant échangé des paroles sublimes
se taisent.

Dans l’air,
on sent flotter un parfum inconnu.

(Wang Tch’ang-Ling)

 

 

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Le silence de la mousse (Luciano Erba)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



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Le silence de la mousse

Je compris que j’étais arrivé là où il fallait
sur les parois, et non sur le sol seul, régnait la mousse
c’était une grotte ouverte protégée
des blasphèmes sylvestres des bûcherons
un espace à mi-côte
l’ébauche d’une encoche
et qui n’avait plus rien à dire
une antre privée de sibylle
rien qu’un peu de mousse et quelque goutte dernière.

***

Il silenzio del muschio

Capii d’essere giunto al posto giusto
aile pareti, non solo al suolo, regnava il
muschio
era una grotta d’aria, protetta
dalle silvestri bestemmie dei boscaioli
uno spazio di mezzo sul costone
una rientranza rimasta agli inizi
che non aveva più nulla da dire,
un antro senza sibilla
soltanto muschio e qualche ultima stilla.

(Luciano Erba)

Illustration

 

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Tapis de mousse (Albert de Neuville)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Tapis de mousse

Sur un tapis de mousse, à l’ombre,
Je disais: Vivre est doux,
Lorsque j’y découvris des insectes sans nombre
S’entre-déchirant comme nous.

***

L’ennemi

Sur sa couche funéraire
Pour toujours endormi,
Je regarde mon ennemi
Et je reconnais un frère.

(Albert de Neuville)

 

 

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