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Poésie

Posts Tagged ‘mouton’

Les bergers (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2020



Les bergers

Par les chemins poudreux, je les ai vus venir,
Les bergers de naguère. Ils parlaient des langages
Anciens en égrenant de bien vieux souvenirs,
Les dictons fleurissant dans leur barbes sauvages,
Avec des inflexions de métal émoussé.
Ils nous ont raconté de très longues histoires
De brigands, de trésors dans des montagnes noires,
Assis près du vieux puits. Puis, l’Ancien a toussé;
Dans le sac, ils ont mis le litre et les croûtons
Et sont partis, drapés d’un nuage de moutons.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Pétronille (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration: Valérie Renoux
    

Pétronille

Je suis une petite fille
Mais je mets des pantalons.
J’ai beau m’appeler Pétronille
J’aime mieux être un garçon.

Quand la crémière m’interpelle
Bonjour ma petite demoiselle »
Exprès je lui réponds
« Bonjour M’sieur Potiron. »

Quand le boucher s’écrie
« Qu’est-ce que veut aujourd’hui
Ma petite escalope ? »
Je fronce les sourcils
Et lui dis . « Du persil,
Mademoiselle Pénélope. »

Ça crée la confusion.

J’ai beaucoup d’caractère
Beaucoup de formation

Et sous mes petits airs
Se cache un grand garçon.

Je n’aime pas les filles
Aux réflexes sanguins
Moites sous les charmilles
Et pâles dans les trains.

Quand on est un garçon
On siffle dans ses doigts
On est Ali-Babas
On grimpe sur les toits.

On s’en va sur les mers
Où y’a plein de moutons.
On vole dans les airs
Avec les électrons.

Et devant ces exploits
Tout l’monde reste baba.

« Non Maman, pas ma robe, je veux mon pantalon
Ma ceinture de cuir, mon colt, mes munitions .
Je vais faire un hold-up
A Plessis-Robinson. »

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

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Il pleut, il pleut bergère (Philippe Fabre d’Eglantine)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020




Il pleut, il pleut bergère
Presse tes blancs moutons
Allons sous ma chaumière
Bergère vite allons
J’entends sous le feuillage
L’eau qui tombe à grand bruit
Voici, venir l’orage,
voici l’éclair qui luit

Entends tu le tonnerre ?
Il roule en approchant
Prends un abri bergère,
à ma droite en marchant
Je vois notre cabane
Et tiens voici venir
Ma mère et ma soeur Anne
qui vont l’étable ouvrir

Bonsoir, bonsoir ma mère
Ma soeur Anne bonsoir
J’amène ma bergère
Près de nous pour ce soir
Va te sécher, ma mie
Auprès de nos tisons
Soeur, fais lui compagnie
Entrez petits moutons

Soignons bien, oh ma mère,
Son tant joli troupeau
Donnez plus de litière
A son petit agneau
C’est fait allons près d’elle
Eh bien donc te voilà
En corset qu’elle est belle
Ma mère voyez la

Soupons, prends cette chaise
Tu seras près de moi
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi
Goûte de ce laitage
Mais tu ne manges pas ?
Tu te sens de l’orage,
Il a lassé tes pas

Eh bien voilà ta couche,
Dors-y bien jusqu’au jour,
Laisse moi sur ta bouche
Prendre un baiser d’amour
Ne rougis pas bergère,
Ma mère et moi demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main

(Philippe Fabre d’Eglantine)

Illustration

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Mon petit cheval (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
Mon petit cheval

Mon petit cheval la la
Mon petit cheval la la
Dans les prés, dans les bois
Galopant et galopette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit cheval de bois

Mon petit mouton la la
Mon petit mouton la la
Dans les prés, dans les bois
Sautillant et sautillette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit mouton de bois

Mon petit cabri la la
Mon petit cabri la la
Dans les prés, dans les bois
Bondissant et bondissette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit cabri de bois

Mon petit canard la la
Mon petit canard la la
Dans les prés, dans les bois
Dandinant et dandinette
(ou balançant et balancette)
Dans les prés, dans les bois
Mon petit canard de bois

(Suzanne François)

 

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BIBLE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020




BIBLE

Le feu et toute la crépitude
M’avaient jeté sur un versant
Je chantais un chant nu
Et seul comme un mouton
Je paissais l’effroi et la solitude
Chacun est un Job et un Jérémie
De profundis ad te clamavi
Inutilement du triste génie de ma vie
Un pauvre arbre vert une feuille
Que rien n’appelle et que rien n’accueille
Un soupir un nom prononcé
Mystère de la détresse nue et totale
Le grain de la douleur une larme étonnée
Qu’aucun autre ne sait et ne saura jamais.

(Pierre Morhange)


Illustration: William Blake

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365 HEURES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Flo DS
    
365 HEURES

Jours blancs jours de peine
jours de laine moutons
que l’on pousse et que l’on tond
troupeaux de jours sans haleine

Jours longs comme les cheveux
blancs comme la neige et le feu
cendres et fumées et cendres
escalier qu’il faut descendre

Petits vieux en robe de peine
jours creux comme assiettes vides
quand la faim mord et morfond
vieilles journées et feuilles mortes

La vie passe comme un véhicule
devant les fenêtres fermées
et nous serons bien ridicules
devant nos miroirs brisés

Rions puisque vous demandez
que les jours soient des souvenirs
quand on a perdu la mémoire
et qu’il faut rire et qu’il faut vivre

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LES BOEUFS (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
LES BOEUFS

J’ai deux grands boeufs dans mon étable,
Deux grands boeufs blancs marqués de roux ;
La charrue est en bois d’érable,
L’aiguillon en branche de houx.
C’est par leur soin qu’on voit la plaine
Verte l’hiver, jaune l’été ;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes
Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Ils sont forts comme un pressoir d’huile,
Ils sont doux comme des moutons ;
Tous les ans, on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries ;
Je ne veux pas, ils sont à moi.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent ;
Mais si pour dot il veut qu’on donne
Les grands boeufs blancs marqués de roux ;
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les boeufs chez nous.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

(Pierre Dupont)

 

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SE LA COULER DOUCE, C’EST LUNDISPENSABLE (Achbé)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



Illustration: Achbé    
    
SE LA COULER DOUCE, C’EST LUNDISPENSABLE

Se la couler douce, c’est lundispensable.
Reprends en douceur.
Si tu as le choix entre les escaliers et l’ascenseur,
Prends l’ascenseur.
Si tu es au travail, fais mine d’être débordée,
Attention! cela demande beaucoup de talent.
Si tu n’es pas encore au travail, ralentis le pas.
Si tu es à la maison, laisse la vaisselle sale dans l’évier.
S’il y a des moutons sur le parquet,
Laisse-les et ce soir, compte-les pour t’endormir.
La lenteur est un art de vivre.
La slow life, c’est le faste de l’Homme moderne.
Car attention, à vivre trop vite, tu meurs plus longtemps.

(Achbé)

 

Recueil: Ma rue par Achbé
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ceux qui rêvent Pomme (Claire Pommet)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
Ceux qui rêvent
Pomme
Mes nuits blanches ne sont pas blanches, à peine claires
Semées d’étoiles
Petits trous dans la toile étanche
Tristes strass sur le voile
Et moi, envoûtée de ténèbres
Je passe des heures infinies
À compter les moutons funèbres
Qui tapissent mes insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et moins je dors et plus je pense
Et plus je pense et moins j’oublie
L’immense impasse, l’espace immense
Qui s’étendent au fond de mon lit
C’est inouï tous ces silences
Qu’il est cosmique cet ennui
Dois-je recourir à la science?
Anesthésier l’insomnie?

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et puis passé minuit je danse
Au rythme des tachycardies
Et tout s’emballe et tout balance
Et tout m’étale et tout me fuit
La lune est un fruit un peu rance
La vie est une maladie
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Quant à moi j’ai des insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas

(Claire Pommet)

 

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