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365 HEURES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



 

365 HEURES

Jours blancs jours de peine
jours de laine moutons
que l’on pousse et que l’on tond.
troupeaux de jours sans haleine

Jours longs comme les cheveux
blancs comme la neige et le feu
cendres et fumées et cendres
escalier qu’il faut descendre

Petits vieux en robe de peine
jours creux comme assiettes vides
quand la faim mord et morfond
vieilles journées et feuilles mortes

La vie passe comme un véhicule
devant les fenêtres fermées
et nous seront bien ridicules
devant nos miroirs brisés

Rions puisque vous demandez
que les jours soient des souvenirs
quand on a perdu la mémoire
et qu’il faut rire et qu’il faut vivre

(Philippe Soupault)

Illustration: Lucian Freud

 

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Et la neige tomba sur Hermon (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



neige désert [800x600]

La floraison du bâton

[36]
Et la neige tomba sur Hermon,
le lieu de la Transfiguration,

et la neige tomba sur Hébron
où, au printemps dernier, poussait les anémones,

dont l’écarlate et le rose et le rouge et le bleu,
Il compara aux robes d’un Roi,

mais Salomon même, dit-Il,
n’était pas si bien vêtu que l’un d’eux ;

et la neige tomba sur les amandiers
et les muriers furent couvert d’un dôme

comme une hutte de forestier ou de berger
sur les pentes du mont Liban,

et la neige tomba
en silence… en silence.

[37]
Tandis que la neige tombait sur Hébron,
le désert fleurit comme il l’avait toujours fait ;

en une nuit, un million de millions de petites plantes
jaillirent du sable,

et sur chaque million de millions de petits brins d’herbe
apparut une toute petite fleur,

elles étaient si petites, on pouvait à peine
les visualiser séparément,

ainsi finit-on par dire,
la neige tombe sur le désert ;

cela était déjà arrivé,
cela arriverait encore.

[38]
Et Kaspar fut peiné comme toujours,
quand un seul jumeau de ses nombreuses chèvres se perdit —

un si petit chevreau, de si peu d’importance,
il était si riche, d’innombrables troupeaux, bétail et moutons —

et il laissa les chèvres montagnardes à long poil
rentrer au pâturage plus tôt que de coutume,

car elles s’irritaient dans leurs enclos, reniflaient l’air
et l’herbe fleurie ; et lui même resta éveillé toute la nuit

près de la plus jeune de ses chamelles blanches mettant bas avec peine,
et choya son chamelon — pareil à une grosse chouette blanche —

sous son manteau et l’emporta dans sa tente
à l’abri et au chaud ; ce fut ainsi que se répandit la légende

que Kaspar
était Abraham.

***

And the snow fell on Hermon,
the place of the Transfiguration,

and the snow fell on Hebron
where, last spring, the anemones grew,

whose scarlet and rose and red and blue,
He compared to a King’s robes,

but even Solomon, He said,
was not arrayed like one of these;

and the snow fell on the almond-trees
and the mulberries were domed over

like a forester’s hut or a shepherd’s hut
on the slopes of Lebanon,

and the snow fell
silently … silently .. .

And as the snow fell on Hebron,
the desert blossomed as it had always done;

over-night, a million-million tiny plants
broke from the sand,

and a million-million little grass-stalks
each put out a tiny flower,

they were so small, you could hardly
visualize them separately,

so it came to be said,
snow falls on the desert;

it had happened before,
it would happen again.

And Kaspar grieved as always,
when a single twin of one of his many goats was lost—

such a tiny kid, not worth thinking about,
he was such a rich man, with numberless herds, cattle and sheep—

and he let the long-haired mountain-goats
return to the pasture earlier than usual,

for they chafed in their pens, sniffing the air
and the flowering-grass; and he himself watched all night

by his youngest white camel whose bearing was difficult,
and cherished the foal—it looked like a large white owl—

under his cloak and brought it to his tent
for shelter and warmth; that is how the legend got about

that Kaspar
was Abraham.

(Hilda Doolittle)

 

 

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INVENTAIRE DE L’ARCHE (Jean Dypreau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



INVENTAIRE DE L’ARCHE

Le caméléon
Face à l’arc-en-ciel,
il s’exerce.

Le cygne
Il entre la tête
dans son miroir.

Le mouton
Il va flairer
aux mains de la fileuse
un peu de son passé.

L’aigle
Il regarde toujours plus haut :
il a peur du vertige.

L’éphémère
Je suis éphé…
mère, achève son fils
en lui fermant les yeux.

La taupe
Dès ma naissance
mes parents m’apprirent
à m’enterrer.

Les hippocampes
Aux kermesses de la mer
il y a des manèges d’hippocampes.

(Jean Dypreau)

 

 

 

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DE LA POÉSIE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



DE LA POÉSIE

Et nul n’a jamais su
Pas même le poète
Ce qu’est la poésie

— Une marche ou soleil
— Il faut payer très cher
— Cela me prend parfois
— Les mains comme aruspices
Et les mains comme ovaires
— La vie comme tactique
Et la mort comme hygiène
— Rocher comme Sisyphe
Prométhée comme espoir
Et vautour comme foie
— Prendre le raccourci
Pour aller au supplice
— Digestion Confusion Création
— Suppression Salvation Dérision

— Ou bien encor le gouffre
Qui compte des moutons
Pour pouvoir s’endormir
Sous l’aisselle du monde ?

(Jean Rousselot)

 

 

 

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Affiche bleue du poème (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
Affiche bleue du poème

Finie la solitude !
Contre la vitre
une pie frappe du bec.

Dans la ville investie,
posons, la nuit,
l’affiche bleue du poème.

Si tu épouses le feu,
ne parle plus d’eau
ni de cendre.

Ma bonne action du jour:
sauvé de la noyade
un papillon.

Du bec l’oiseau pique une rose.
A la pointe du couteau
une guêpe se pose.

Le poète vient de parler.
La mésange à la fenêtre
dit: «Oui, oui, oui.»

Va-t-il enfin se poser
sur ma main
ce rouge-gorge?

Écoute bien, poète,
on dit que les cachalots
dorment la tête en bas.

Pour s’endormir
les moutons ne peuvent compter
que sur eux-mêmes.

À la cime des sapins
il chahute avec les branches
le vent d’automne.

Ah, ce matin, quel brouillard!
Et dans l’allée du jardin
le fantôme de mon père.

Une seconde de plus
sur le cadran de l’horloge.
Ah, je n’ai pas cessé de vieillir.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le mot de Cambronne (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Le mot de Cambronne

On nous dit qu’il est de Cambronne.
C’est bien possible, mais voilà
Très sincèrement je m’étonne
Que notre humanité bougonne
Ait pu s’en passer jusque-là.

Souvenez-vous des temps d’Homère !
Homère d’alors, quel mordant
T’eût donné ce mot légendaire
Si tu avais, grand visionnaire,
Pu te le mettre sous la dent !

Que serait donc notre existence
Si nous devions nous en passer ?
N’est-il pas bon français de France,
Riche en couleurs, riche en nuances ?
Essayez de le remplacer,

Par exemple, sortant de table,
Quand, ayant abusé, hélas,
Par trop de nectars délectables,
Dans une obscurité du diable,
Vous tombez sur un bec de gaz !

Vous le lâchez, ça vous soulage,
Vous ne sentez plus la douleur.
Ah ! Messieurs, le bel avantage,
Quel secours, quel appui ! J’enrage
Quand je vois d’austères censeurs

Aux visages de funérailles
Vouloir nous ôter ce trésor,
Ce cri – jailli sous la mitraille –
Du fond des humaines entrailles
D’un héros marchant à la mort !

Il peut tout dire : ardent, lyrique,
Tendre ou sec, placide, enragé,
Plébéien, aristocratique,
Il est à nous, il est unique,
Ils ne l’ont pas à l’étranger !

Je le vois, rocher solitaire,
Car de tous les mots que l’on sait
Il est presque seul, sur la terre,
À ne pas avoir, ô mystère,
De rime dans les mots français.

Si, une seule, le mot : perde…
Là devant, je me sens perdu,
Car il faut une rime à perdre,
Maintenant, et je n’ai que…
Pardon…ce fut sous-entendu !

Pourtant cet illustre vocable,
Je voudrais que, par un décret,
Il fût, en ces temps misérables,
Dont la cruauté nous accable,
Mis en quelque sorte au secret,

Afin qu’au fond de ce silence,
Tendant lentement ses ressorts,
Accumulant force et puissance,
Se chargeant d’âpre violence,
Au nom des vivants et des morts,

Il puisse, un jour, jaillir, sublime,
Du cœur des peuples outragés,
Tendres moutons, pauvres victimes,
Rejetant dans les noires abîmes,
D’un seul coup, leurs mauvais bergers !

Cri vengeur, cri pur, cri superbe,
De l’éternelle humanité,
Que nous leur jetterons en gerbe,
Quand, enfin, nous leur dirons : MERDE !
En saluant la Liberté !

(Jean Villard–Gilles)

 

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La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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Recueillement (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Nikiforos Vrettakos
    
Recueillement

Mes biens, c’est le monde entier.
Je les rassemble dans ce livre comme
le berger ses moutons quand le crépuscule tombe
sur le pré. Non pas qu’il fasse nuit, mais
nos jours sont divins, ainsi que les heures, divines
les minutes, leurs secondes. Quant à moi,
je ne me souviens pas bien, j’ai pourtant
je ne sais pas,
toujours l’impression
que quelqu’un m’a demandé
d’embellir le monde.

***

Περισυλλογή

Τα υπάρχοντά μου, είναι όλος ο κόσμος.
Τα μαζεύω σ’ αυτό το βιβλίο καθώς
ο τσοπάνος τ’ αρνιά του καθώς πέφτει το σούρουπο
στο λιβάδι. Όχι πως βράδιασε, αλλά
είναι θείες οι μέρες μας, οι ώρες τους, θεία
τα λεπτά, οι στιγμές τους. Κ’ εγώ
δε θυμάμαι καλά, όμως έχω,
δεν ξέρω
την εντύπωση πάντοτε
πως κάποιος μου ζήτησε
να ομορφύνω τον κόσμο

(Nikiforos Vrettakos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Mon soleil
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Course dorée du soleil (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Course dorée du soleil,
un instant,
là-haut s’amuse
l’alouette.

Le soleil déployé en or doré,
clair tintement
clochettes des moutons — dans l’or
entend l’alouette.

En silence les nuages avancent
sur le sol doré,
entre eux pas un mot
de leur bouche d’or.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Pourquoi ne pas planter un arbre? (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Au lieu
d’égorger un mouton
pour la naissance d’un enfant
pourquoi ne pas planter un arbre?

(Abdellatif Laâbi)

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