Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mouvement’

Dessous (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Dessous

s’il y a des visages dessous
plus guère personne pour voir

un mouvement d’ombres comme de feuilles

peu à peu une mousse
ou du lierre
dans la tête

on distingue mal

les noms lèvent seuls
les figures les dunes
les coins de rues les ciels
par vagues
et puis retombent
sans plus de bruit
dans l’œil

vie sans vie
qui reste

(Antoine Emaz)

Illustration

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RAPPORT (BRÈVE NOUVELLE) (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



Illustration: Raymond Peynet  
    
RAPPORT (BRÈVE NOUVELLE)

C’était notre premier rendez-vous.
J’ai longuement caressé Fabienne, tendrement, pendant dix secondes, puis j’ai déposé une goutelette spermatique sur le sol.
Je l’ai aspirée dans mon bras copulateur, et la semence s’est mise à circuler lentement dans ma gouttière fécondatrice.
Alors, j’ai introduit mon bras copulateur jusqu’au plus profond de la bourse copulatrice de Fabienne, qui gémissait, et j’ai commencé mon lent mouvement de va-et-vient.
Fabienne a voulu se dégager, mais je l’ai menacé de mon funicule raidi, et j’ai continué à la besogner.
Au bout de deux heures, lorsque les spermatozoïdes sont arrivés à destination, je me suis retiré.
Après cette expérience, Fabienne et moi, d’un commun accord, avons décidé de ne plus nous revoir.

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Une flèche traverse l’univers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Une flèche traverse l’univers.
Peu importe qui l’a lancée.
Elle transperce également le fluide et le solide,
le visible et l’invisible.
Tenter de calculer son parcours
reviendrait à imaginer un mur dans le néant.

Flèche depuis l’anonyme vers l’anonyme,
depuis un abîme qui n’est pas une origine
vers un autre abîme qui n’est pas une destinée,
mouvement qui semble n’en être pas un
mais plutôt une extase à chaque instant renouvelée.

Je la trouve en ta main
ou toi en ma pensée.
Je peux la voir entrer dans un nuage,
couper en deux un oiseau,
surgir des fleurs et des pluies,
fendre une cécité,
transpercer les morts.

Peut-être son exemplaire anonymat
nous convoque-t-il à notre propre anonymat,
pour que nous puissions aussi nous libérer
de notre commencement et notre fin.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Un geste (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Aaron Siskind
    
Un geste vers le bas
ne trouve pas toujours
un geste vers le haut.
Mais lorsqu’il le trouve
ils vont tous deux vers le haut
ou tous deux vers le bas.

Ou peut-être les directions disparaissent
et inaugurent dans le point de rencontre
la transfiguration qui les dispense
d’un mouvement quelconque.

Tout geste est une épiphanie
lorsqu’il n’y a plus de différences
entre le haut et le bas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




    
SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION

La blessure est la porte d’entrée
pour te trouver,
le seul organe sensible
à n’êtrе pas leurré.

Ma peau est parsemée de toi,
d’expérience : elle a échappé
à la ruse des autres sens,
à leurs seuils usés par les sensations.

Cette blessure ne doit pas se refermer,
neuve toute pensée dans la chair,
prête à tressaillir, sans mémoire,
irréconciliable, la blessure
te mêlе au monde.

On ne peut rien aplanir,
aucun reste fût-il précieux, la rédemption
est une parcelle de ce mensonge :
un message serait le salut.

Le mouvement n’avance pas
de degré en degré, il n’élève rien,
il tourne autour des lèvres de la plaie,
s’y incruste. Là où il s’arrête,
tu fus dans la sensation la durée même.

***

EINFACHHEIT DER WAHRNEHMUNG

Die Wunde ist das Tor
dich zu finden,
das Sinnessorgan,
das nicht getäuscht wird.

Übersät ist die Haut mit dir,
mit Erfahrung: sie ist der List
der alten Organe entkommen,
ihren abempfundenen Schwellen.

Die Wunde, die sich nicht schliessen soll,
neu jeder Gedanke im Fleisch,
bereit zu zucken, ohne Erinnerung,
unversöhnt, die Wunde
mischt dich und die Welt.

Es ist nicht zu glätten,
kein höherer Rest, der Erlösung
ist der Bruchteil der Lüge :
dass eine Botschaft das Heil ist.

Die Bewegung geht nicht
von Stufe zu Stufe, setzt nichts höher,
sie kreist um den Wundrand,
sie nistet sich ein. Wo sie anhält,
warst du in der Empfindung die Dauer.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Attendre attendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Cali Rezo
    
attendre attendre
demeurer inerte
laisser s’approfondir
le silence

mais la faim ronge
s’exacerbe
voudrait me contraindre
à forcer le seuil

surtout
ne rien tenter
ne rien forcer
et d’un mouvement feutré
suspendre l’affût

endurer la brûlure

attendre

encore
attendre
aller plus avant
dans la nudité
qui ouvrira
le passage

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Attendre attendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Viviane-Josée Restieau
    
attendre attendre
demeurer inerte
laisser s’approfondir
le silence

mais la faim ronge
s’exacerbe
voudrait me contraindre
à forcer le seuil

surtout
ne rien tenter
ne rien forcer
et d’un mouvement feutré
suspendre l’affût

endurer la brûlure

attendre
encore
attendre

aller plus avant
dans la nudité
qui ouvrira
le passage

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://misquette.wordpress.com/

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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DES FLEURS PRES DE LA MER (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



 

marguerites

DES FLEURS PRES DE LA MER

QUAND par-dessus la bordure du pré fleuri,
jusqu’alors invisible, l’océan salé

soulève son visage — chicorées et marguerites
en une marée déchaînée, ne sont plus seulement fleurs

mais couleur et mouvement — ou la forme
peut-être — de la turbulence, tandis

que la mer s’arrondit et se balance
paisiblement, comme une plante sur sa tige

***

FLOWERS BY THE SEA

WHEN over the flowery, sharp pasture’s
edge, unseen, the salt ocean

lifts its form — chicory and daisies
tide, released, seem hardly flowers alone

but color and the movement — or the shape
perhaps — of restlessness, whereas

the sea is circled and sways
peacefully upon its plantlike stem

(William Carlos Williams)

 

 

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J’aime les matins (Sarah Kéryna)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration
    
J’aime les matins. Sortir de la douche, la musique.
Mettre de la crème sur ma peau, mettre des odeurs.
Et la lotion sur les cheveux. Et brosser les dents.
Et la vaisselle. Balayer. Place neuve.
L’aspirateur et la radio.
Les poubelles jetées.
Et le thé parfumé.
Les tartines, le beurre et la confiture.

Les mouettes sur les toits. Et les antennes.
Et les avions qui passent.

Légèreté des bruits qui filent.

Le vent fait bouger les rideaux qui vont et viennent,
s’engouffrent dans la fenêtre avec des mouvements
brefs et saccadés comme ceux des danseurs.

Un flottement.

(Sarah Kéryna)

 

Recueil: rappel
Traduction:
Editions: Le Bleu du Ciel

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Toutes les croyances (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    

Toutes les croyances enfantent une sorte d’hébétude.
Sauf celle en l’amour.

Pour la simple raison
qu’elle veut que l’on donne.

Or donner est un mouvement.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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