Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘moyeu’

LA ROUE DANS LA ROUE (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



    

LA ROUE DANS LA ROUE

Première prise sur le monde :
L’art de faire tourner à la main
Les pédales d’un vélo renversé, imprimant
À la roue arrière une vitesse surnaturelle.
J’aimais en voir disparaître les rayons,
Et le bourdon translucide de l’espace
Entre la jante et le moyeu. Quand on y lançait
Une pomme de terre, le tournoiement de l’air
Vous renvoyait au visage une purée vaporeuse ;
Quand on la frôlait avec une paille,
La paille se mettait à vibrer.
Les pédales avaient une manière de résister
D’abord de façon très tangible
Avant d’entraîner la main
Dans un nouvel élan — et je m’en absorbais
Comme d’un pouvoir soudain absolu: la certitude
Avait rattrapé, relancé l’objet de ma certitude
Dans l’orbite même où tournait le désir.

***

WHEELS WITHIN WHEELS

The first real grip I ever got on things
Was when I learned the art of pedalling
(By hand) a bike turned upside down, and drove
Its back wheel preternaturally fast.
I loved the disappearance of the spokes,
The way the space between the hub and rim
Hummed with transparency. If you threw
A potato into it, the hooped air
Spun mush and drizzle back into your face;
If you touched it with a straw, the straw frittered.
Something about the way those pedal treads
Worked very palpably at first against you
And then began to sweep your hand ahead
Into a new momentum — that all entered me
Like an access of free power, as if belief
Caught up and spun the objects of belief
In an orbit coterminous with longing.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans le moyeu la coquille implose (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



 

Dans le moyeu la coquille implose,
survit comme un jeu de mots de terreau et rocaille,
se dressant tel un bâton, pour envahir, chasser
le bavardage qui emplissait son corps
pour jaillir, attendre les coups
à venir — ville en germe, de fait, non surgie, même hors
de la ville. Va-t’en. La roue
fut une tromperie. Elle ne peut tourner.

(Paul Auster)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHAMBRE ARDENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



Illustration: Annie Predal
    
CHAMBRE ARDENTE

Reste la chambre noire où l’âme se développe
Autour de mon front le pansement frais de tes mains
Derrière le mur cet homme qui parle de voyages
Qui n’a jamais sondé l’abîme de la rue
Et surveille la vie au bord de ses poignets

Voici la meule trop verte où rebondit l’angoisse
Le moyeu fragile de la poitrine
Les coulées de chaleur sous le tanin des doigts
La place toujours neuve pour le premier venu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La roue (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2017



 

    

La roue s’engendre sans cesse
de ne pas pouvoir se dérouler
ni sortir du ventre de la roue.

La roue est prisonnière de la roue
et ne connaîtra jamais du monde
que la grande roue de la route.

Les rayons de la roue
n’éclairent que du moyeu
jusqu’à la jante.

La roue ne peut
pas ne pas
se répéter.

Si la roue évoluait
ce serait la fin de la roue
et de la perfection.

Et si la roue mourait
sa tête viendrait encore
à tomber entre ses cuisses.

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Chaque transe pâlit dans le moyeu (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Chaque transe pâlit dans le moyeu, le furtif
équinoxe des noms : cliquet
se mettant en travers du rochet —
ciels discordants qui englobent
cet austère commerce avec le vent.
Accalmies réparatrices. Mais des rafales nourrissent
le hasard : souffle, efflorescence, tandis que la roue creuse
son écrit dans la terre. Rebondis
sur tes pieds. Les yeux veillent sur le sol
dans la fraîcheur des soleils mourants. La chanson
est dans le pas.

(Paul Auster)

Illustration: Chelin Sanjuan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

ABSENCE (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



ABSENCE

Une odeur on quête sa rive
Un silence sa fleur

Une île expulsée de soi
On voudrait y marcher

Le temps
Un moyeu vide

Au monde absent finit par correspondre
Une forme veuve de nous.

(Marie-Claire Bancquart)

Illustration: David Brayne

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA SAMARITAINE (Pascal Riou)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2016



LA SAMARITAINE

1
Toujours ce tournis autour de l’essentiel
tellement nous sommes nous,
murés en nous.

Oui, guêpes dans la rage de l’été
ivres de soif autour du lavoir.

2
Tu hisses sans la voir l’eau dansante
et la poussée du jour sur l’herbe qui se voûte
redit en toi les mots du oui
enracinés au souffle comme un verger
dans son Avril.
Tu te retournes, tu t’accueilles
au moyeu de ce vent
qui te parle, si proche,
et tu ouvres une fenêtre
dans ta maison délaissée.

(Pascal Riou)

Illustration: Etienne Parrocel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA PRÉSENCE RÉELLE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2015



LA PRÉSENCE RÉELLE

Je suis plus près de toi
Que la nuit qui te touche
Et m’empêche de voir
Comment tu dors sans moi

Je suis plus près de toi
Que les draps qui t’épousent

Au bord de la lumière
Tue les moulins du soir

Songe, souffle, buée de neige qui s’envole
Je suis plus près de toi que les nids des paroles
Qui se lèvent en nous comme les poules d’eau
Vers les roseaux du ciel…

Tête bonne à toucher, joues modelées d’espace
Je suis plus près de toi que tes pensées perdues
Ô ma dormeuse d’aube sur mes jours étendue
Les rayons de la roue, le moyeu de l’étoile
Où tout revient enfin pour vivre, pour mourir
Fileuse des eaux claires, araignée de ma toile
Je suis au fond de toi, touffu de souvenirs
Et je te tiens si bien
Que je t’arrache aux ombres
Qui t’entourent ce soir,
A la rumeur des eaux, à la voix de mes êtres
A tout ce qui se lève en moi pour mieux te voir
Ou mieux te reconnaître
Immobile et présente au fond de la nuit froide
Exigeante, angoissée, têtue comme un devoir.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Georges Jeanclos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :