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Poésie

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La conscience semble un miroir d’eau (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



Illustration: Josh Fancher
    
La conscience semble un miroir d’eau
d’où tantôt le ciel,
tantôt le fond viennent vers le spectateur ;

et souvent l’eau mue et accidentée
fait une foule de miroirs et de transparences,
une inextricable image.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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AU VENT SUR LA PIERRE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



AU VENT SUR LA PIERRE

Sur le rocher nu
et dans les cheveux
un vent
de pierre et de vague.
Tout a mué au fil des heures.
Le sel a été lumière salée,
la mer a épanoui
ses nuages,
le ciel
a déversé de tout son haut l’écume verte:
comme une fleur
clouée à quelque
lance d’or
le jour flamboie :
tout
est
cloche, coupe,
vide qui monte,
coeur transparent,
pierre
et
eau.

(Pablo Neruda)

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Suivre les poissons (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018



    
Suivre les poissons, suivre les oiseaux.
Envies-tu leur sort? Suis-les jusqu’au bout,
jusqu’à te muer en bleu originel,
Terreau du désir même de nage, de vol.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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SOUFRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



SOUFRE

Enfant du feu surgi aux évents de la terre.
Soleil froid des fournaises. En toi se lit encore
la geste des cratères où la terre mua
ses laves en cristaux fauves : ton destin.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Celui que l’Amour range à son commandement (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Nicole Helbig  01

Celui que l’Amour range à son commandement
Change de jour en jour de façon différente.
Hélas ! j’en ai bien fait mainte preuve apparente,
Ayant été par lui changé diversement.

Je me suis vu muer, pour le commencement,
En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante,
Depuis je devins cygne, et d’une voix dolente
Je présageais ma mort, me plaignant doucement.

Après je devins fleur, languissante et penchée,
Fuis je fus fait fontaine aussi soudain séchée,
Epuisant par mes yeux toute l’eau que j’avais.

Or je suis salamandre et vis dedans la flamme,
Mais j’espère bientôt me voir changer en voix,
Pour dire incessamment les beautés de Madame.

(Philippe Desportes)

Illustration: Nicole Helbig

 

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ODE (Ricardo Molirani)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



ODE

Qui s’avance dans le soir jouant du luth sur les nuages comme dans sa propre demeure ?
Qui joue du luth, et fait se retourner les feuilles des arbres ?

J’ai rempli mon coeur des ombres des paroles; du rêve de quelques voix.
Et elles résonnent en moi, sans amener soulagement,
flottantes : « toi », personne, demain, espace, solitude, tendresse, et jamais.
Avec elles j’entretiens mon être, l’angoisse du ciel et la dure solitude du sang.

Je lave ma bouche de leurs absences et m’interpelle de nuit et de jour, et je les mets sur ma tête
découverte pour les nommer à l’oubli, au devant et sous le zénith des plaines.
Leurs dieux et leurs corps je les ai assis entre mes lèvres pour toujours, dans la louange;
Devant moi ils supportent l’air, ah ! et la hauteur impénétrable de la mort;
Nul ne les voit, comme on ne voit pas l’haleine qui les mue et les gouverne durement.

(Les anges se répandent dans l’espace; les uns portent des faisceaux d’épis, d’autres choisissent des coquelicots rouges,
et quelques-uns distribuent des graines aux oiseaux entre les arbres dénudés.
Nul ne les voit; moi j’ai la gorge séchée par la lumière que diffuse leurs antiques vêtements.
Je les regarde dresser la tête sans que l’air les blesse
et disparaître rapides, baignés de clarté, devant la fureur de la Nuit.
Je suis accoutumé à les regarder au dedans de moi,
comme dans les jours anciens dont la fumée s’est dissipée
et dont les règnes étendus sous la cendre attendent sans désespoir les lis.)

Je voudrais arracher de moi-même la joie, ouvrir les yeux immensément, à me faire mal,
et regarder, regarder l’horizon jusqu’au delà du vide de la nostalgie, là où mon ombre
Comme un arbre, change de feuilles en hiver.

Amour: temps perdu !

(Ricardo Molirani)

 

 

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Depuis les violettes me font mal (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



J’ai franchi le seuil de la grotte aux améthystes :

j’ai laissé mon sang dans les épines violettes :

j’ai mué, j’ai changé de vin, de critère :

et depuis les violettes me font mal.

(Pablo Neruda)


Illustration

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La pomme rouge (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Le Tintoret peignit sa fille morte
il passait des voitures au loin
le peintre est mort à son tour
de longs rails aujourd’hui
corsettent la terre
et la cisèlent
la Renaissance résiste
dans le clair-obscur des musées
les voix muent
souvent même le silence
est comme épuisé
mais la pomme rouge demeure.

(Jean Follain)

 

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APRES AVOIR SOUFFERT (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration 
    
APRES AVOIR SOUFFERT d’un orage nous sommes
Blessés par le tonnerre ancien, dont tout l’amour
Fut de nous éprouver. La fragile personne
A peut-être grandi dans ces éclairs mués,

Mais le corps retentit de douleur dans les membres
Il mesure le temps qui lui reste à mourir
Tandis que par surprise il lit quelques sourires
Sur les faces inconnues, sur les arbres toujours verts.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vous ne serez plus là (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration
    

Vous ne serez plus là

Un soir vous reviendrez
je ne serai plus là
L’effluve des lilas
dans la tresse des rues
En avril quand les branches jouent
leur partition stellaire
En avril quand l’éclat
du soleil se pigmente
Vous verrez sur la vitre
se peindre la buée
De toute notre vie
en souvenir muée
Notre vie si semblable
à celles qu’on ignore
Mais qui sut nous apprendre
la langue de l’aurore
Un soir je reviendrai
vous ne serez plus là
Mais aimer dans l’absence
doublera ses lilas.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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