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DANS LA FORÊT (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



DANS LA FORÊT

Cet endroit qu’on appelle les marais de Jacob :
comme la cave d’une journée d’été
où la lumière surit en un breuvage
au goût de grand âge et de coupe-gorge.

Les géants affaiblis sont si enchevêtrés
que rien ne parvient à tomber.
Le bouleau brisé pourrit là,
au garde-à-vous, comme un dogme.

Je remonte du fond de la forêt.
La lumière renaît entre les troncs.
La pluie s’abat sur mes toitures.
Je suis la gouttière des impressions.

L’air s’adoucit à l’orée du bois. –
De grands sapins, détournés et obscurs,
dont le mufle s’est enfoui dans l’humus de la terre,
lapent l’ombre de la pluie.

(Tomas Tranströmer)

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Le Rêve du Jaguar (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2015



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Le Rêve du Jaguar

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
Dans l’air lourd, immobile et saturé de mouches,
Pendent, et, s’enroulant en bas parmi les souches,
Bercent le perroquet splendide et querelleur,
L’araignée au dos jaune et les singes farouches.
C’est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
Le long des vieux troncs morts à l’écorce moussue,
Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
Il va, frottant ses reins musculeux qu’il bossue;
Et, du mufle béant par la soif alourdi,
Un souffle rauque et bref, d’une brusque secousse,
Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
Dont la fuite étincelle à travers l’herbe rousse.
En un creux du bois sombre interdit au soleil
II s’affaisse, allongé sur quelque roche plate;
D’un large coup de langue il se lustre la patte;
Il cligne ses yeux d’or hébétés de sommeil;
Et, dans l’illusion de ses forces inertes,
Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,
Il rave qu’au milieu des plantations vertes,
Il enfonce d’un bond ses ongles ruisselants
Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

(Leconte de Lisle)

 

 

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Parler est facile (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



 

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Parler est facile, et tracer des mots sur la page,
en règle générale, est risquer peu de chose :
un ouvrage de dentellière, calfeutré, paisible
(on pourrait même demander à la bougie une clarté plus douce, plus trompeuse),
tous les mots sont écrits de la même encre,
« fleur » et « peur » par exemple sont presque pareils,
et j’aurai beau répéter « sang » du haut en bas
de la page, elle n’en sera pas tachée, ni moi blessé.

Aussi arrive-t-il qu’on prenne ce jeu en horreur,
qu’on ne comprenne plus ce qu’on a voulu faire en y jouant,
au lieu de se risquer dehors et de faire meilleur usage de ses mains.

Cela, c’est quand on ne peut plus se dérober à la douleur,
qu’elle ressemble à quelqu’un qui approche
en déchirant les brumes dont on s’enveloppe,
abattant un à un les obstacles,
traversant la distance de plus en plus faible
— si près soudain qu’on ne voit plus que son mufle plus large que le ciel.

Parler alors semble mensonge, ou pire : lâche insulte à la douleur,
et gaspillage du peu de temps et de forces qui nous reste.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Mark Kostabi

 

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Retouche au chagrin (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2015



 

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retouche au chagrin

le mufle navré du ciel
pousse le paysage
et laisse au détour des ruines
la mémoire et ses nids dans le mur de l’amour

(Daniel Boulanger)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LA CREATION (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2015



LA CREATION

Cela survint au sein du grand silence
lorsque l’herbe naissait,
la lumière venait de se déprendre
créant le vermillon et les statues,
alors
dans la solitude sans fin
un cri fleurit,
une chose roula en larmes,
les ombres s’entrouvrirent et elle monta seule,
on aurait dit que les planètes sanglotaient,
et puis l’écho
roula de cahot en cahot
jusqu’au moment où cela qui naissait se tut.

Mais la pierre a gardé le souvenir.

Elle a gardé le mufle ouvert des ombres,
la palpitante épée du hurlement,
et dans la pierre gîte un animal sans nom
qui, sans voix, hurle encore vers le vide.

(Pablo Neruda)

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