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Posts Tagged ‘muraille’

Muraille du rien fondateur (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Béatrice Douvre
    
Muraille du rien fondateur.
Lèvres aux gamelles abreuvées.
Je dormirai sur les paillasses molles,
lentement alanguie, doucement préférée.
Là, les jarres seront closes,
les chandelles immenses de clarté.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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LE BEAU PALAIS DE JADE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LE BEAU PALAIS DE JADE
Thou-Fou

En faisant mille circuits, le ruisseau court,
sous les sapins, entre lesquels le vent s’allonge.
Les rats gris, s’enfuient, vers les vieilles tuiles.

A quel roi fut ce palais ?… on ne le sait plus…
Le toit avec les murailles, au pied de ce rocher à pic, tout est tombé.
Les feux-esprits, nés du sang des soldats tués, hantent la ruine.

Sur la route détruite, les sources qui s’écoulent, semblent sangloter des regrets.
Et, du bruit de toutes ces eaux vives, les échos forment une véritable musique.
La couleur de l’automne, jette sa douce mélancolie, sur toutes choses.

Hélas ! la beauté de celles qui, là, furent belles,
devient maintenant de la poussière jaune !
A quoi servit, alors, d’admirer le charme factice du fard,
et même la vraie beauté qui s’en ornait, non moins que lui, éphémère ?

Et ce roi ! Qu’est devenue la garde fringante, qui accompagnait son char doré ?
De tant de biens, de tant de créatures, que lui reste-t-il aujourd’hui ?

rien de plus qu’un cheval de pierre, sur son tombeau.
Une profonde mélancolie me vient…

Sur la natte que m’offre l’herbe douce, je m’assieds.
Je commence à chanter…
Mes larmes, qui débordent, mouillent mes mains, me suffoquent !…

Hélas ! tour à tour, chacun s’avance, sur le chemin.
Et tous savent, bientôt, qu’il ne conduit à rien.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Et voici la muraille (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



    

Et voici la muraille, elle use le désir,
On ne sait où la prendre, elle est sans souvenirs,
Elle regarde ailleurs, et, lisse, sans pensées,
C’est un front sans visage, à l’écart des années.
Prisonniers de nos bras, de nos tristes genoux,
Et, le regard tondu, nous sommes devant nous
Comme l’eau d’un bidon qui coule dans le sable
Et qui dans un instant ne sera plus que sable.
Déjà nous ne pouvons regarder ni songer,
Tant notre âme est d’un poids qui nous est étranger.
Nos coeurs toujours visés par une carabine
Ne sauraient plus sans elle habiter nos poitrines.
Il leur faut ce trou noir, précis de plus en plus,
C’est l’oeil d’un domestique attentif, aux pieds nus.
Oeil plein de prévenance et profond, sans paupière.
A l’aise dans le noir et l’excès de lumière.

(Jules Supervielle)

 

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Le vendredi du crime (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

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Le vendredi du crime

Un incroyable désir s’empare des femmes endormies
Une pierre précieuse s’endort dans l’écrin bleu de roi
Et voilà que sur le chemin s’agitent les cailloux fatigués
Plus jamais les pas des émues par la nuit
Passez cascades
Les murailles se construisent au son du luth d’Orphée
et s’écroulent au son des trompettes de Jéricho
Sa voix perce les murailles
et mon regard les supprime sans ruines
Ainsi passent les cascades avec la lamentation des étoiles
Plus de cailloux sur le sentier
Plus de femmes endormies
Plus de femmes dans l’obscurité
Ainsi passez cascades.

(Robert Desnos)

Illustration: Achille Funi

 

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En mission à la frontière (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Tachibana Morikuni
    
En mission à la frontière

Char solitaire sur les routes frontalières
Long-jour passé, voici les pays soumis
Herbe errante hors des murailles des Han
Oie sauvage égarée dans le ciel barbare

Vaste désert où s’élève, droite, une fumée
Long fleuve où se pose le disque du couchant
A la passe Désolée enfin une patrouille
Le quartier général? Au mont Hirondelles !

(Wang Wei)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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A un ami qui part (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Shen Zhou
    
A un ami qui part

Mont bleu côtoyant les remparts du nord
Eau claire entourant la muraille à l’est
En ce lieu nous allons nous séparer
Tu seras herbe, sur dix mille li, errante

Nuage flottant : humeur du vagabond
Soleil mourant : appel du vieil ami
Adieu que disent les mains. Ultime instant :
On n’entend que les chevaux qui hennissent

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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CITÉS DISPARUES (Jaime Labastida)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Teotihuacán

CITÉS DISPARUES

Le plus certain : le bruit effrayant
du silence. Où est restée Troie ?
Ensevelie. Où est Teotihuacán ?
Objet de tourisme. Et le Parthénon ?
Et l’Acropole ? Pierres lépreuses,
un peu d’air entre des colonnes gangrenées.
Venise ? Ensevelie sous la vase et le commerce.
Ainsi moururent Thèbes, aux portes
inhospitalières, et Palenque
dans son luxuriant catafalque de verdure.
Les pierres souffrent du cancer. L’ère
du pétrole a succédé enfin
à celle du fer. Et ce Mexique-là,
d’il y a à peine quelques heures,
celui dans lequel on pouvait dormir
et respirer, dans quel puits
de sang et de bitume nous enfonce-t-il ?
Tant de cités mortes,
avalées par des mers de cendre ?
Qui a élevé les murs de Corinthe ?
Ses portes ne s’ouvraient, dit-on,
que pour faire entrer
les épices. Et, au déclin du jour,
les volets se rapprochaient et la clef
enfermait non seulement la cité
mais aussi le temps et le savoir.
Ceux qui arrivaient trop tard ne trouvaient pas
les paroles du repos : le pont
avait divisé les hommes.
L’eau était muraille. L’air durcissait
subitement comme une roche vive. C’était un temps
tranquille celui de la langue qui vibrait
dans sa conversation d’azur, cette voix
qui glissait les mots comme un écho
de l’écho du feu, près du foyer
domestique, attentif, dans la pénombre certaine
des fantasmes. Les questions trouvaient
réponse. On nous l’a raconté: l’eau était cristal.
Les volcans avaient cessé de jeter
leur feu. Seulement neige et douceur, seulement
lumière et silence. Ah ! cités somptueuses,
perroquets solennels ! Maintenant nous marchons
dans leurs os, peut-être
dans leur intestin. Où sont
les esclaves ? Les rameurs,
où sont-ils ? Il y eut un jour ici des lacs.
Maintenant ce sont égouts et pourriture.

Y aura-t-il un autre temps semblable, mensonger ?
Et d’autres cités moins dures?
Mangerons-nous alors autre chose
que le temps cruel
et la cendre? Et comme aujourd’hui,
nos fils lutteront-ils contre les assassins ?
Chichén Itzá éblouira-t-elle,
somnambule, mortelle ?

D’autres viendront creuser pour nous chercher.
On sourira en voyant nos crânes.
La cité se fera rouille.
Et la poussière révérencieuse fera tomber
avec douceur et clarté
sa queue de topaze
dans la colère rouge des heures.

(Jaime Labastida)

Illustration

 

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La Ville-de-Pierres (Liu Yu-Xi)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018




    
La Ville-de-Pierres

Pays ancien entouré de montagnes qui demeurent
Vagues frappant les murailles, retournant sans écho
A l’est de la rivière Huai, la lune d’autrefois
Seule, franchit encore, à minuit, les créneaux

(Liu Yu-Xi)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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MALGRÉ TOUT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    

MALGRÉ TOUT

Traîne-moi avec des chaînes sur les pierres
Enfonce les torrents et les mers dans ma gorge
Comme un coquelicot mets ton fer sur ma gorge
Fais chanter mes genoux dans l’étau des murailles
Blanchis mes os comme un chien du désert
Porte mon crâne à deux mains lampe brisée
Allume-moi torche vivante aux carrefours
Crucifie-moi à la voilure des navires
Aux fenêtres des maisons en partance
O flamme lèche-moi comme une poutre basse
Ecrase-moi de tout ton poids triste saison
Recouvre-moi de feuilles mortes
Je ne parlerai pas
Je ne sais pas ce que tu veux me faire dire
Je suis innocent de tous mes crimes
Je suis fermé à la parole
Je suis un grand silence qui bouge
Je n’ai pas à te rendre compte de mon amour.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Désertez ! (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2018



Fruit qui jaillissez du couteau,
Beauté dont saveur est l’écho,
Aurore à gueule de tenailles,
Amants qu’on veut désassembler,
Femme qui portez tablier,
Ongle qui grattez la muraille,
Désertez ! désertez !

(René Char)


Illustration

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