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Posts Tagged ‘mûre’

Hautbois (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

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Hautbois

Il est des heures rares
où toute apparence alentour vacille s’humilie s’efface
comme les tentures
mûres
fermant la scène, l’acte fini, dans la cohue.

Les sens sont engourdis, la minute en soi se complaît ;
et dans nos yeux vaguement étourdis
sans cause un sourire naît.

***

Oboe
Ci son ore rare
che ogni apparenza dintorno vacilla s’umilia scompare
come le stinte
quinte
d’un boccascena, ad atto finito, tra il parapiglia

I sensi sono intorpidi,
Il minuto si piace di sè ;
E nasce nei nostri occhi un po’ stupiti
Un sorriso senza perché.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Le vallon déserté (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020




    
Le vallon déserté
s’écoute puis s’oublie
dans la fumée d’automne

Une corneille se pose
au bout de la branche fourchue
de l’unique chêne

Son croassement frappe la rocheuse paroi
trop murée dans le silence
pour se faire encore

Écho

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Simone, allons au verger (Rémy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Simone, allons au verger
Avec un panier d’osier.
Nous dirons à nos pommiers,
En entrant dans le verger :
Voici la saison des pommes.
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Les pommiers sont plein de guêpes,
Car les pommes sont très mûres :
Il se fait un grand murmure
Autour du vieux doux-aux-vêpes.
Les pommiers sont pleins de pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Nous cueillerons le calville,
Le pigeonnet et la reinette,
Et aussi des pommes à cidre
Dont la chair est un peu doucette.
Voici la saison des pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Tu auras l’odeur des pommes
Sur ta robe et sur tes mains,
Et tes cheveux seront pleins
Du parfum doux de l’automne.
Les pommiers sont pleins de pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Simone, tu seras mon verger
Et mon pommier de doux-aux-vêpes ;
Simone, écarte les guêpes
De ton coeur et de mon verger.
Voici la saison des guêpes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

(Rémy de Gourmont)

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Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Airs de danse (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Airs de danse

C’est la belle aux yeux,
C’est la belle aux yeux de mûre,
C’est la belle aux yeux de mûre ;
La belle aux cheveux,
La belle aux cheveux de mûre,
Aux cheveux soyeux.

Elle porte les habits,
Les habits dorés du klephte,
Les habits dorés du klephte ;
Elle porte le fusil,
Le fusil doré du klephte
Et le yatagan aussi.

« Pourquoi rire ainsi,
Compagnon, pourquoi donc rire ?
Compagnon, pourquoi donc rire ?
La belle lui dit.
Il ne cessa pas de rire
Et lui répondit :

« Je vois le soleil,
Je vois le soleil qui brille,
Je vois le soleil qui brille,
Et ton sein vermeil,
Et ton sein vermeil qui brille
Comme le soleil.  »

C’est la belle aux yeux,
C’est la belle aux yeux de mûre,
C’est la belle aux yeux de mûre ;
La belle aux cheveux,
La belle aux cheveux de mûre,
Aux cheveux soyeux.

(Jean Moréas)

 

 

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La pomme (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Le puissant démon là-derrière,
qu’il veuille faire peur ou non, qu’importe ?
La pomme bien mûre là-devant,
il faut que je la cueille !

(Tshanyang Gyatsho)

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Tous les êtres (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



    

Tous les êtres ressentent la même chose,
mais murée en eux.

(Roger Munier)

 

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Je sais que tu es pauvre… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration: Kuroda Seiki
    
Je sais que tu es pauvre…

Je sais que tu es pauvre:
tes robes sont modestes.
Mine douce, il me reste
ma douleur : je te l’offre.

Mais tu es plus jolie
que les autres, ta bouche
sent bon — quand tu me touches
la main, j’ai la folie.

Тu es pauvre, et à cause
de cela tu es bonne;
tu veux que je te donne
des baisers et des roses.

Car tu es jeune fille :
les livres t’ont fait croire
et les belles histoires,
qu’il fallait des charmilles,

des roses et des mûres,
et les fleurs des prairies;
que dans la poésie
on parlait de ramures.

Je sais que tu es pauvre :
tes robes sont modestes. .
Mine douce, il me reste
ma douleur : je te l’offre.

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE REGRET DES JOUJOUX (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



LE REGRET DES JOUJOUX

Toujours je garde en moi la tristesse profonde
Qu’y grava l’amitié d’une adorable enfant,
Pour qui la mort sonna le fatal olifant,
Parce qu’elle était belle et gracieuse et blonde.

Or, depuis je me sens muré contre le monde,
Tel un prince du Nord que son Kremlin défend,
Et, navré du regret dont je suis étouffant,
L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde.

Où donc a fui le jour des joujoux enfantins,
Lorsque Lucile et moi nous jouions aux pantins
Et courions tous les deux dans nos robes fripées ?

La petite est montée au fond des cieux latents,
Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées…
Ah ! de franchir si tôt le portail des vingt ans!

(Emile Nelligan)


Illustration

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Soirée, en berne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

Soirée, en berne
à travers l’éclat de la mûre et le lichen : bannière
de l’avenir
imprononçable. La tempête
sous ton crâne s’est éloignée — doublant le pas
sur le seuil — et elle est devenue
ton glas
au milieu de la foule : tu
ne l’as plus jamais entendue.
Des anti-étoiles
sur la ville, que tu chasses
de la langue, tournant, en désaccord,
même avec toi, révoquent le témoignage
silencieux de l’oeil-
pyromane.

(Paul Auster)

Illustration: George Inness

 

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