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Poésie

Posts Tagged ‘murmurant’

Souhaits (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Souhaits

Je voudrais pour prier la très vieille chapelle
Au milieu des bois frais et des eaux murmurantes;
Je voudrais pour pasteur un vieil aumônier frêle
Qui bénit les enfants avec ses mains tremblantes.

Je voudrais pour aimer la hutte sous les aulnes
Et non la tour d’ivoire aux somptueux paliers;
Je voudrais à mon seuil de pâles anémones
Et le sanglotement d’un couple de ramiers.

Je voudrais dans mon coeur cette simplicité
Grâce à laquelle on croit et l’on accepte tout,
Qui fait de ce qu’on aime une divinité
Et noue jette en pleurant devant elle à genoux.

Je voudrais pour dormir la touffe de verveine
Que les sorciers chez nous posent sur les blessures;
Je voudrais pour dormir la douceur de la laine
D’un agneau nouveau-né dans une étable obscure.

Je voudrais pour mourir la résignation
De l’herbe qui pourrit, de la feuille qui tombe;
Je voudrais pour cercueil le repli d’un sillon
Et des blés fleurissant au printemps sur ma tombe.

*

Mais je voudrais pourtant qu’il restât quelque chose
De mon âme sonore et pleine de chansons:
Un refrain d’alouette envolé des blés roses
Ou la plainte du vent qui berce les moissons.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les préludes (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016


 


 

Albena Vatcheva    (16)

Les préludes

[…]

Tout naît, tout passe, tout arrive
Au terme ignoré de son sort :
À l’Océan l’onde plaintive,
Aux vents la feuille fugitive,
L’aurore au soir, l’homme à la mort.

Mais qu’importe, ô ma bien-aimée !
Le terme incertain de nos jours ?
Pourvu que sur l’onde calmée,
Par une pente parfumée,
Le temps nous entraîne en son cours ;

Pourvu que, durant le passage,
Couché dans tes bras à demi,
Les yeux tournés vers ton image,
Sans le voir, j’aborde au rivage
Comme un voyageur endormi.

Le flot murmurant se retire
Du rivage qu’il a baisé,
La voix de la colombe expire,
Et le voluptueux zéphire
Dort sur le calice épuisé.

Embrassons-nous, mon bien suprême,
Et sans rien reprocher aux dieux,
Un jour de la terre où l’on aime
Évanouissons-nous de même
En un soupir mélodieux.

[…]

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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Le corps fugace (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Le corps fugace

L’homme ne peut presque jamais dire vraiment ce qu’il pense
parce qu’il l’ignore lui-même.
Comment pourrait-il parler de ce qu’il ne comprend pas
d’une ombre envoûtante à l’aube
ou de l’étrangeté de son corps ?
Comment parvenir à comprendre le bonheur de contempler
le fond d’autres yeux
et d’arriver à les ouvrir à notre propre abîme ?
Le mot est revêche. Et le regard aussi.
Ce qui ressemble à un troupeau de guanacos dans la Puna
est à peine un vrombissement d’insectes.
Une femme nous attire grâce au calice de sa beauté
et nous montons impuissants sans toucher ses cordes.
Car rien n’est ce qu’il paraît être.
Ni le corps, ni la femme, ni la beauté.
Comment harmoniser les accords
au milieu de la confusion générale ?
Une main frappe à la porte. Une autre l’ouvre.
Le corps ne répond pas. Il ne parle qu’en murmurant.

***

El cuerpo esquivo

El hombre casi nunca puede decir verdaderamente lo
que piensa
porque él mismo no lo sabe.
¿Cómo podría hablar de aquello que no comprende
de alguna subyugante sombra al amanecer
o de la extrañeza de su cuerpo?
¿Cómo alcanzar la dicha de contemplar
el fondo de otros ojos
y lograr abrirlos a nuestro propio abismo?
La palabra es esquiva. Y la mirada también.
Lo que parece una tropilla de guanacos en la Puna
es apenas un zumbido de insectos.
Una mujer nos atrae con el cáliz de su belleza
y ascendemos impotentes sin tocar sus cuerdas.
Porque nada es lo que parece.
Ni el cuerpo, ni la mujer, ni la belleza.
¿Cómo reunir entonces los acordes
en medio de la confusión general?
Una mano toca la puerta. Otra, la abre.
El cuerpo no responde. Sólo habla entre susurros.

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Danny Quirk

 

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Les peupliers d’argent (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015


Les peupliers d’argent
Qui s’inclinent sur l’eau
Savent tout, mais ne parleront jamais.
Le lys de la fontaine
Tait sa tristesse.
Tout est plus digne que l’humanité!

Face au ciel étoilé, la science du silence
Appartient à la fleur tout autant qu’à l’insecte.
La science du chant pour le chant
Habite les bois murmurants
Et les flots de la mer.
Le silence profond de la terre qui vit,
C’est la rose qui nous l’enseigne
Au rosier épanouie.

Il faut répandre le parfum
Que nos âmes enclosent!
Il faut être musique,
Tout lumière et bonté.
Il faut s’ouvrir entier
A l’obscur de la nuit
Pour nous emplir d’immortelle rosée!

Il faut coucher le corps
Dans notre âme inquiète!
Aveugler nos regards du jour de l’au-delà.
Nous devons nous pencher
Sur l’ombre de nos coeurs
Et jeter à Satan l’astre qu’il nous tendit.

Il faut imiter l’arbre
Constamment en prière
Et l’eau de la rivière
Fixe en l’éternité!

Il faut blesser son âme aux griffes des douleurs
Pour qu’y entrent les flammes
De l’horizon astral!

Alors dans l’ombre de l’amour défait
Jaillirait une aurore
Tranquille et maternelle.
Des cités dans le vent disparaîtraient
Et sur un nuage Dieu même
Viendrait nous visiter.

(Federico Garcia Lorca)

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Taureau et femme (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2015



Taureau et femme
pluie et feu
statue de sel
colosse de fumée
enfant bâtard dans son puits de lumière
zodiaque murmurant
qui marche dans le ciel
le pinceau ne les peint pas
il les console.

(Luis Mizón)


Illustration: Maurice Mazo

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Montre-moi ce que j’ai longtemps désiré (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2015



Je marchais avec toi et une autre femme
Dans le bois d’un parc, l’herbe murmurante
Mêlait ses doigts à notre silence complice
Et les arbres s’ouvrirent soudain sur une clairière
Où nous assîmes à l’ombre.
La candeur de la lumière, je pense, nous a troublés.
Nous avons parlé du désir et de la jalousie,
Notre conversation, une large robe unique
Ou une nappe blanche étalée pour le repas
Comme un traité de moeurs dans la nature sauvage.
« Montre-moi », ai-je dit à notre compagne, « ce
Ce que j’ai longtemps désiré, l’étoile mauve de ton sein. »
Et elle consentit. Ô ni ma prudence, ni même ces vers,
Mon amour, ne pourront guérir ton regard blessé.

(Seamus Heaney)

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