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REQUIEM POUR UN ENFANT (Anne Nantet)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021




REQUIEM POUR UN ENFANT

C’était l’automne,
tu es partie, aurais-tu donc suivi
la voie des hirondelles ?
Tu n’es pas revenue,
on aura coupé tes ailes
au seuil de l’inconnu.

C’est une histoire très ancienne,
le temps n’y pourra rien ;
un chant,
un refrain qui revient
et desserre tranquillement
les noeuds de la mémoire.

Tu es la fleur d’innocence,
tendre et douce,
mon enfant disparue,
mon soleil envolé
aux berges de l’absence.

Tu es la vague
qui murmure
des mots de marée basse
au coquillage
endormi sur la plage.

Tu es la lumière,
le mystère des matins triomphants,
un sourire transparent
à la joue mouvante des blés.

Tu es ce nuage
porté dans les bras du vent,
on dirait un oiseau pâle,
il te ressemble,
il est mon paysage,
mon rouge-gorge
en noir et blanc.

(Anne Nantet)

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DE NOIRS NUAGES-TEMPS-DE-DEUIL (Egon Schiele)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2021



    

DE NOIRS NUAGES-TEMPS-DE-DEUIL

s’élevaient de toutes parts en tourbillonnant —
forêts-d’eau menaçantes.
Huttes murmurantes et arbres-gémissements —
Je me dirigeai vers le ruisseau noir —
Des oiseaux, semblables à des feuilles blêmes livrées au vent.

ORAGE S’APPRÊTANT

***

SCHWARZE TRAUERWETTERWOLKEN

rollten allüberall hoch
warnende Wasserwälder.
Raunige Hütten und Brummbäume —
Ich ging gegen den schwarzen Bach —
Vögel, gleich wie fahle Blätter im Wind.

GEWITTERANZUG

(Egon Schiele)

 

Recueil: Moi, éternel enfant
Traduction:Nathalie Miolon
Editions: Comp’act

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Te voilà enfin! (Claudine Bertrand)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021


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Sous le foisonnement des arbres
je quête le silence des feuilles

Parmi le bavardage
vertige cherche
vocabulaire
de vérités toutes nues

Prise tout entière
dans les filets de l’instant
rompre le désanchantement

Un baiser la fit sursauter
demi-tour vers la réalité

Il pose l’annulaire sur ses prunelles
elle murmure te voilà enfin!

(Claudine Bertrand)

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Un homme voulait se faire ascète (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




    
Un homme voulait se faire ascète. Une belle nuit, il déclara :
« Le moment est venu pour moi d’abandonner ma demeure et de chercher Dieu.
Ah! qui donc m’a retenu si longtemps ici dans les trompeuses illusions? »

Dieu murmura : « Moi »; mais l’homme ne comprit pas.
Il dit : « Où es-tu, Toi qui t’es joué si longtemps de moi? »
A ses côtés sa femme était paisiblement étendue sur le lit, un bébé endormi sur son sein.

La voix reprit : «Dieu, il est là », mais l’homme n’entendit pas.
Le bébé pleura en rêve, se pelotonnant plus près de sa mère.

Dieu ordonna : « Arrête, insensé, ne quitte pas ta maison »
— mais il n’entendit pas encore.

Dieu soupira et dit avec tristesse :
« Pourquoi mon serviteur croit-il me chercher quand il s’éloigne de moi? »

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Le jardinier d’amour La jeune Lune
Traduction: Mme Sturge Moore
Editions: Gallimard

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NUIT D’ÉTÉ (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2021



NUIT D’ÉTÉ

Le violon, d’un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle aux sons des cors,
Les sylphes vont pleurant comme une âme en détresse,
Et les coeurs des arbres ont des plaintes de morts.
Le souffle du Veillant anime chaque feuille;
Aux amers souvenirs les bois ouvrent leur sein;

Les oiseaux sont rêveurs; et sous l’oeil opalin
De la lune d’été ma Douleur se recueille…
Lentement, au concert que font sous la ramure
Les lutins endiablés comme ce Faust ancien,
Le luth dans tout mon cceur éveille en parnassien
La grande majesté de la nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain
Prolongé jusqu’à l’aube, et mourant au Matin.

(Emile Nelligan)


Illustration

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Immense, l’Océan (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



 

Immense, l’Océan dessoude mon poème, puis le rameute,
troupeau des mots dans tout le vert des prairies d’eau,
le chante à voix mi-basse et scande soudain les strophes impératives,
puis revient en ses cavernes et murmure l’Océan même aux mille bouches de l’Océan :
un poème qui est rond et se dit à lui-même le poème qu’il est, qui n’est rien.

(Hubert Juin)

 

 

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VERS LE POÈME (Jorge Guillén)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2021



Illustration: Mathieu Levis
    
VERS LE POÈME

… Mon coeur ne peut arrêter de rimer.
(JUAN RUIZ)

Je sens un rythme en moi qui se détache
De ce vacarme où je vais sans chemin
Et m’accordant au charme neuf, soudain
J’accède à la clarté d’une terrasse,
Où quelque main me guide et vient tracer
Limpide un ordre où je puis me déprendre
Du démon murmurant plus malicieux
Que le silence pur sous la menace.
Et se rejoignent maintenant à la surface
Du mauvais songe les paroles résolues
À s’éclairer lucides en un volume.
Le son m’invente une effigie de chair.
La forme redevient ma sauvegarde.
Vers un soleil mes peines se consument.

Cantique, 1950. Trad. : Éditions Gallimard, 1995.

***

HACIA EL POEMA JORGE GUILLÉN

… Mi corazôn de trovar non se quita.
JUAN RUIZ.

Siento que un rimo se me desenlaza
De este barullo en que sin meta vago,
Y entregándome todo al nuevo halago
Doy con la claridad de una terraza,

Donde es mi guía quien ahora traza
Limpido el orden en que me deshago
Del murmullo y su duende, más aciago
Que et gran silencio bajo la amenaza.

Se me juntan a flor de tanto obseso
Mal soñar las palabras decididas
A iluminarse en vivido volumen

El son me da un perfil de carne y hueso.
La forma se me vuelve salvavidas.
Hacia una luz mis penas se consumen.

(Jorge Guillén)

 

Recueil: Petite anthologie Poésie européenne
Traduction:
Editions: Singulières

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UN DÉSIR D’ODYSSÉE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021




    
UN DÉSIR D’ODYSSÉE

Relever la parole ancienne
Ranimer les mots refroidis
Fermente aux lèvres un nouveau chant
Embrasements ? non, embrasures
Où sur la fresque de midi
S’éploie un désir d’odyssée

Un désir d’odyssée
Par les routes imprononcées
Par les routes jamais écrites
Par les mers encore inchantées

Par les lagunes innommées
Et les déserts indénombrés
Par les chemins non murmurés
Un désir d’odyssée
Par les vents à réinventer
Les orages inéclatés
Les azurs à revisiter

Par les prodiges improclamés
Les sirènes à réenchanter
Sur le portulan des légendes

Un désir d’odyssée
Par les îles inépelées
Et les embruns imbalbutiés
Des vagues jamais chuchotées

Un désir d’odyssée
Vers le lieu ou l’Improféré
Sibylle des mots à venir
Guette en sa grotte improfanée
Le poète qui, d’un baiser
Sur sa bouche délivrera
Les oracles inapaisés.

(Jacques Lacarrière)

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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MARINE (Fernand Gregh)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



MARINE

Les mâts geignent sous les voiles,
Doucement,
Et bercent dans le gréement
Les étoiles.

Et le roulis si doux,
Si tranquille,
Que le pont semble immobile
Devant nous,

Et qu’à travers le ciel libre,
Au vent frais
Où l’écheveau des agrès
Tremble et vibre,

On dirait que, dans l’air bleu,
Oscillante,
C’est toute la nuit qui, lente,
Roule un peu…

A peine si la mer gronde
Aux bords sourds
D’un récifs que bat toujours
L’eau profonde.

L’humble odeur des foins fauchés
Du rivage
Glisse avec l’odeur sauvage
Des rochers.

L’ombre est orageuse et chaude ;
Dans les flots,
Un marsouin, près des hublots,
Souffle et rôde.

Et, sourd murmure à l’avant
Monotone,
J’écoute l’eau qui moutonne
En rêvant.

Oui, ce soir, dans le silence
De la nuit,
Le monde sans fin, sans bruit,
Se balance…

Et je suis aussi bercé
Sur l’eau grise
Je me sens parmi la brise
Balancé,

Au long murmure de la grève
Doux amer,
Par deux infinis, la mer
Et le rêve…

(Fernand Gregh)

Illustration: Geneviève Goulley

 

 

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S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes (Brigitte Garel)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021



    

S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes
Contempler la tendre esquisse de feuilles transparentes et moussues
Savourer l’averse de couleur de ces pompons fragiles
Caresser les mamelons baignés de lumière rasante
Plonger dans l’eau azur de la rivière nuage

Renouer, relier, fusionner
S’apaiser
Saisir avec urgence
Cet éphémère tableau
D’un avril enchanté

Murmurer avec la fontaine feuille
L’intensité de la sève toujours renaissante
Clamer avec l’azalée de papier
Le puissant vertige des saisons
Je suis un maillon du grand monde
Ne suis que cela

(Brigitte Garel)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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