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Posts Tagged ‘murmurer’

DIURNE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
DIURNE

Est-ce que tu dors ?
Est-ce que tu t’éveilleras un jour ?
Ni veille ni rêve : cela est.

Des enfants jouent
Un éclat sur une vitre
Un ronflement d’avion
Le sol résonne Je marche à grands pas
Fraîcheur sur les yeux
Je tiens J’éprouve Je sais à qui parler
Tout répond
Foisonnement.
( Oublie ! N’oublie pas ! Oublie ! N’oublie pas ! )

Un coup de frein
Un nuage passe
et tout change de couleur.

Surprise sans fin
Horizons qui n’en finissent pas de se déplier
Il y a toujours quelque chose plus loin.
Ce qui murmure hors de moi en moi-même
est comparable au fleuve
qui traverse tout sans se mélanger à rien

Ma vie, je t’ai cherchée toute ma vie
tu as pris les plus beaux visages
mais je n’entends que la voix.
Au bord de quelle nuit te trouverai-je enfin ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENTRE LES MURS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



ENTRE LES MURS

Je passe entre les murs, cherchant je ne sais qui…
O m’endormir, automne, avec toi quand tu bruis !
Le vent s’engouffre par la route solitaire,
Par les porches, les cours, on entend tout se taire.

Tout est si glorieux… quelle profonde paix…
Murmure-moi, automne, oui comment on se tait…
O ce n’est rien, non rien qu’un rêve sans barrière,
Par les porches, les cours, on entend tout se taire…

(George Bacovia)

 

 

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À la secrète présence (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
    
À la secrète présence

À chaque instant
nous construisons
une forme virtuelle.
À chaque instant
le corps murmure :
« elle n’existe pas. »
À chaque instant
s’ouvre et se ferme
la porte du rêve.
À chaque instant
l’être s’échappe
de nos silences.
À chaque instant
la parole nous éveille
à la secrète Présence.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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LES ÎLES FORTUNÉES (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



LES ÎLES FORTUNÉES

Quelle voix se glisse dans le bruit des vagues
Qui n’est pas la voix de la mer ?
C’est la voix de quelqu’un qui nous parle,
Mais qui, si nous prêtons l’oreille, se tait,
Du seul fait que nous ayons prêté l’oreille.

Et c’est seulement si, dans un demi-sommeil,
Sans la moindre conscience d’entendre nous entendons,
Qu’elle nous vient alors murmurer l’espérance
À laquelle, tel un enfant
Qui dort, tout en dormant nous sourions.

Ce sont des îles fortunées,
Ce sont des terres de nulle part,
Où séjourne le Roi dans l’attente.
Mais, si nous commençons à nous réveiller,
La voix se tait, il n’y a que la mer.

***

AS ILHAS AFORTUNADAS

Que voz vem no som das ondas
Que não é a voz do mar?
É a voz de alguém que nos fala,
Mas que, se escutamos, cala,
Por ter havido escutar.

E só se, meio dormindo,
Sem saber de ouvir ouvimos,
Que ela nos diz a esperança
A que, como uma criança
Dormente, a dormir sorrimos.

São ilhas afortunadas,
São terras sem ter lugar,
Onde o Rei mora esperando.
Mas, se vamos despertando,
Cala a voz, e há só o mar.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Comme Dieu rayonne aujourd’hui (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Carry Akroyd summerParish

Comme Dieu rayonne aujourd’hui,
Comme il exulte, comme il fleurit,
Parmi ces roses et ces fruits !

Comme il murmure en cette fontaine !
Ah ! comme il chante en ces oiseaux…
Qu’elle est suave son haleine
Dans l’odorant printemps nouveau !

Comme il se baigne dans la lumière
Avec amour, mon jeune dieu !
Toutes les choses de la terre
Sont ses vêtements radieux.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Carry Akroyd

 

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Il luit dans l’ombre (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



 

Anne-Marie Zilberman (16)

Il luit dans l’ombre,
Le beau fruit d’or,
Il luit comme un trésor
Entre ces feuilles.
C’est pour toi qu’il a mûri,
Le beau fruit du paradis.
Quelles roses lui sont pareilles ?

Voilés de leurs ailes,
Les anges sommeillent…

Voici que la nuit vient,
Pas une étoile ne se lève.
Oh ! rien
Qu’un effleurement
De tes lèvres…
Qui peut savoir ?
Le souffle du soir le touche bien.

Écoute ma chanson ;
Elle murmure à ton oreille :
Approche et cueille.
Les anges sommeillent…

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Oublier (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



    
Oublier

À force d’oubli de patience et d’absence
en n’écoutant plus rien de ce qui vient du dehors
en fermant les yeux sans les serrer trop fort
je me suis fait caillou galet herbe des bords
et la cascade amie riait dans mes pensées

L’eau fraîche murmurait dans ma nuit légère
Elle élevait la voix sur mes passages à gué
chantonnait en tournant dans les creux de ma rive
suscitait un juillet brûlant des moucherons une truite
La nuit dans ma main buvait l’oubli-chagrin

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les paroles de l’eau (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Les paroles de l’eau

La lumière était de plus en plus lumière
clarté pure et sèche froide avec douceur
pendant que nous montions le chemin des alpages
où les clochettes des vaches tintent nonchalamment
Nous avons pris ensuite le sentier de terre
qui longe la forêt de grands sapins noirs
noirs du noir bleuté d’un plumage de choucas

Tout le long de la route une eau secrète nous parle
visible un instant quand le léger ruisselet traverse
le sentier puis de nouveau cachée mais toujours s’enchantant
parole de fraîcheur patience murmurée
l’incessante la volubile l’eau qui avance à notre pas

Toi dans ma vie ma chantante en sourdine
rire caché dans l’herbe source ma continuelle

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ILLUSIONS (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Laurent Gorris
    
LES ILLUSIONS

II croyait
Qu’il errait, qu’il errait
Et même qu’il vagabondait :
Il aimait, il aimait
Jany

Il croyait
Qu’il murmurait, qu’il promurmurait
Et même qu’il démurmurait;
ll disait, se disait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il oubliait, qu’il oubliait
Et même qu’il désoubliait;
Il se souvenait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il écoutait, écoutait
Les rues, les étangs, les forêt;
ll entendait, il entendait
Jany.

Il croyait
Qu’il vieillissait, vieillissait,
Qu’il passait, qu’il passait, qu’il passait;
Son jeune âge toujours là c’était
Jany.

ll croyait
Qu’il pleurait, qu’il pleurait,
Que nuit et jour il se désolait;
Nuit et jour il était heureux d’aimer
Jany.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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