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Posts Tagged ‘muscle’

LE LIVRE DU POURQUOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019



 

Edmund Dulac dreamer_of_dreams_p

LE LIVRE DU POURQUOI

Quand vint l’été, son soleil et ses mouches,
Je savourais des mots, je savourais
Le plaisir d’être — oubliant les microbes
Et la morsure et la lèpre et le vent.

Sur le versant du fjord, amère étoile
Se dissolvant au soleil de minuit,
J’imaginais de longues nuits polaires
Tandis qu’un ours léchait ma peau, ma peau.

J’aimais les corps, leur nudité sans herbe,
Le doute aussi trop prompt à me trahir
Et je luttais pour un muscle, une artère,
Un morceau d’ongle oublié par les jours.

(Robert Sabatier)

Illustration: Edmund Dulac

 

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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MAIS ELLE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



MAIS ELLE

Elle ne vit que par sa forme
Elle a la forme d’un rocher
Elle a la forme de la mer
Elle a les muscles du rameur
Tous les rivages la modèlent.

Ses mains s’ouvrent sur une étoile
Et ses yeux cachent le soleil
Une eau lavée le feu brûlé
Calme profond calme créé
Incarnant l’aube et le couchant

Pour en avoir connu le fond
Je sers la forme de l’amour
Elle ce n’est jamais la même
Je sers des ventres et des fronts
Qui s’effacent et se transforment

Fraîche saison promesse chaude
Elle est à l’échelle des fleurs
Et des heures et des couleurs
Niveau de force et de faiblesse
Elle est ma perte de conscience

Mais je refuse son hiver.

(René Char)

 

 

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En regardant (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
En regardant — la mer — le mur
— je vois une phrase, une danse, un cercle.

En regardant le ciel,
le ciel grand, nu, élargit tous mes muscles.

Je le regarde de tout mon corps.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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… parce que (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

… parce que mes yeux vagabondent en d’autres
lieux que mes muscles…
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête
prise au ventre de ma mère…

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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La mer est belle (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: William Bouguereau
    
La mer est belle, mais le jeu des muscles lisses
Est plus beau, qui s’achève en sursaut de délice

Dans la noirceur mouvante où je suis le nageur
Jamais las de renaître et mourir sur ton cœur

Et fouler de baisers le golfe de tes cuisses

Comme après le naufrage on chérit son sauveur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le regret de ses réseaux (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Le regret de ses réseaux

L’air et l’eau dans ton nuage
Si nuage est ce regard
Cette pensée qui disperse
Le regret de ses réseaux

L’air nocturne sur ta bouche
L’animal pur de ton souffle
Et l’hôte impur de ta couche
Où mourir dans ta dépouille

Quand la hanche et las ton ventre
Soudainement s’alourdissent
L’air est noir sur ta bouche lisse
L’eau de la nuit vient dans tes jambes

Langue soumise et volontaire
Dans la fraîcheur et le feu
Muscle frais dans la caverne
Où ne règne aucune parole

Je n’ai pas de raison plus juste
De clairière plus résolue
A m’instruire en impatience
À l’exemple de la mort

Pressé de vivre en ce lieu
Dans la maison de l’abîme
De chair et de peau sublime
À la trace enfin de Dieu

(Jacques Chessex)

 

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SONNET DU SEXE VOLANT (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: John Singer Sargent
    
SONNET DU SEXE VOLANT

En moi couché tout dort, tout dort d’un parfait somme,
Et le sang et le muscle et la moelle et les os.
Seul demeure insoumis à l’ordre des yeux clos
L’incontrôlable nerf par lequel je suis homme.

Vers celle qui l’ignore ou qui tout bas le nomme,
Toujours de gorge en mont il s’en va sans repos.
Léger dans le maintien, libre dans le propos,
L’adultère il perpètre et l’inceste il consomme.

Par ses ballons porté, lourd ensemble et gaillard,
Chez la vierge ou l’épouse attiré par l’arôme,
A travers les rideaux il suit rêve et fantôme.

Et rien ne fermerait les ailes du paillard
Quand, parcourant des chairs l’illimité royaume,
Sur les corps il furète, indiscret oreillard.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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ASCÈSE VERS L’INVISIBLE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

Remedios Varo Uranga_Création de l’artiste suivant les vibrations du violon de son cœur [1280x768]

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE

Voyageur immobile autour de l’écritoire
j’entrevois un sage — silhouette voûtée —
en marche pas à pas vers son aire sacrée
il sait qu’il s’effondrera avant de l’atteindre
portant il continue de pousser son corps
entre appel du gouffre et cognements des artères

Il rêve du compagnonnage d’un disciple
sur l’épaule duquel il pourrait s’appuyer
aux moindres défaillances du coeur ou des muscles
qui saurait lire la graphie des chemins
et décrypter la connivence des étoiles

Mais il va seul vers une improbable rencontre
ses forces s’épuisent sa vue baisse il ne sait
qui il est qui l’attend le surveille invisible
lui adresse des signes qu’il ne voit pas
dans la solitude qui précède la mort

Sur sa dépouille vont s’acharner les rapaces

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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Aux seuls fous de beauté (Christian de Joux)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



… Aux seuls fous de beauté
je dirai
les bonheurs du galbe
les muscles de la joie…

(Christian de Joux)

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