Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mystérieusement’

L’onde tremble comme une moire (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

Nicole Helbig ca0

L’onde tremble comme une moire
De ténèbre à travers la nuit,
L’onde profonde, sourde et noire,
Où tout à coup la lune luit.

Du fond des eaux la lune attire
De pâles, longues, frêles fleurs,
Qui montent, s’ouvrent et se mirent
Dans son impalpable splendeur.

Mystérieusement écloses,
Comme un mortel pressentiment,
Dans l’onde et la lune elles posent
Leurs longs et pâles flambeaux blancs.

Il semble, au delà de la vie,
Et cependant à mon côté,
Que quelque être étrange m’épie,
Invisible dans la clarté.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Nicole Helbig

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La rose se meurt (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



la rose
se meurt que les
lèvres d’un vieil homme assassinent

les pétales
se taisent
mystérieusement
les invisibles pénitents se déplacent
avec des visages de prose et sanglotant, des vêtements
Le symbole de la rose

immobile
avec des pieds affligeants et
des ailes
s’élève

contre les marges de chanson ascendante
un étalon douceur, les

lèvres d’un vieil homme assassinent

les pétales.

***

the rose
is dying the
lips of an old man murder

the petals
hush
mysteriously
invisible mourners move
with prose faces ans sobbing, garments
The symbol of the rose

motionless

with grieving feet and
wings
mounts

against the margins of steep song
a stallion sweetness , the

lips of an old man murder

the petals.

(Edward Estlin Cummings)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alberto Pancorbo

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’indicible (Andreï Makine)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



 

L’indicible ! Il était mystérieusement lié,
je le comprenais maintenant, à l’essentiel.

L’essentiel était indicible.
Incommunicable.

Et tout ce qui, dans ce monde,
me torturait par sa beauté muette,
tout ce qui se passait de la parole
me paraissait essentiel.

L’indicible était essentiel.

Cette équation créa dans ma jeune tête
une sorte de court circuit intellectuel.
Et c’est grâce à sa concision que, cet été,
je tombai sur cette vérité terrible :
 » Les gens parlent car ils ont peur du silence.

Ils parlent machinalement,
à haute voix où chacun à part soi,
ils se grisent de cette bouillie vocale
qui englue tout objet et tout être.

Ils parlent de la pluie et du beau temps,
ils parlent d’argent, d’amour, de rien.
Et ils emploient,
même quand ils parlent de leurs amours sublimes,
des mots cent fois dits,
des phrases usées jusqu’à la trame.
Ils parlent pour parler.

Ils veulent conjurer le silence… »

(Andreï Makine)

Découvert ici: https://direcestfaire.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LES TROIS SOURCES (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2015




LES TROIS SOURCES

Dans la steppe infinie et morne de ce monde
mystérieusement trois sources ont jailli ;
la source de jouvence, vive, impétueuse,
s’épanche à gros bouillons, miroitante, chantante.
Celle de Castalie offre une onde inspirée
à la soif des bannis dans le désert du monde.
La dernière, glacée, est celle de l’oubli,
plus suave qu’une autre aux brûlures du coeur.

(Alexandre Pouchkine)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :