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Grain de semence (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2015



Grain de semence

Encore une fois neuf, ancré dans l’œil obscur
du monde maternel, plein de silence et dur

de toute la tendresse accumulée au ventre
de la roche saline où tu cherches ton centre,

laisse chaque flocon de neige t’emporter
vers la plaine étrangère où gît ton avenir :

quand tu ne sauras plus que l’oubli de l’été,
tu germeras en larme au soleil du nadir.

(Claude Vigée)

 

 

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LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015




LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR

Nous partîmes, un soir fulgurant et vermeil
Comme en forgent les ciels d’été sur leurs enclumes,
Et notre prime essor fut si prompt que nous eûmes
L’immense illusion d’entrer dans le soleil.

Nos grands oiseaux de toile éployèrent leurs pennes
Et, se servant du vain effort des vents debout,
Ils prirent le plein ciel, lentement, sans à-coup,
Sur l’émerveillement des cités et des plaines.

Et depuis, nous voguons du zénith au nadir,
Toujours plus haut, toujours plus loin, nos mains tendues
Vers le silence bleu des vastes étendues
D’où nous voyons Phébus, à chaque aube, bondir.

*

Nous ne savons plus rien des faiblesses des hommes,
Rien de leurs gestes fous, rien de leurs mots menteurs.
Le murmure des vents, le chant de nos moteurs,
Sont le seul bruit perçu dans l’espace où nous sommes.

En voyant nos regards où flambent nos orgueils,
Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
Disent entre eux : « Fuyons, ce sont les Téméraires.
Nous sommes les nochers de la mer sans écueils.

Nous sommes les coureurs de la route infinie,
Les Jasons du soleil, les Gamas de l’éther.
L’inextinguible feu qui brûle notre chair
N’est qu’un éclair jailli de l’éternel génie.

*

Quand, penchés sur les bords de nos vaisseaux ailés,
Nous regardons peiner les foules dans les villes,
Nous plaignons les rancoeurs, les besognes serviles
Et les rêves rampants des siècles en allés.

Nous, dont le vol s’éploie en libre théorie
Sous l’oeil indifférent des constellations,
Nous prenons en pitié les chocs des nations
Car nous sommes les seuls et les vrais sans-patrie.

Et si toujours plus haut nous entrons dans les cieux,
C’est qu’un désir ardent bouillonne dans nos moelles :
Aborder, quelque jour, sur l’une des étoiles,
Pour, n’enviant plus rien, nous croire enfin des dieux !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Patrice Rivoallan

 

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LES CHERCHEURS (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015



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LES CHERCHEURS

Ils m’ont dit :  » Insensé, vois-tu pas que bientôt
Notre science aura dépassé le mystère
Et que tes vagues chants de rêveur solitaire
N’auront plus que le sens banal d’un memento ?

Ne sens-tu pas que l’art où ta voix s’extasie
Ne ressortit déjà qu’au rituel des morts
Et qu’avant peu sans grande larme ni remords,
Du monde nous t’aurons proscrite, ô poésie !

Ton Pégase pour nous n’est qu’un cheval robot ;
Notre Verbe est un chiffre et notre lyre un Morse ;
Notre Muse a trois noms, masse, vitesse, force ;
Nous sommes désormais des temps le seul flambeau. »

J’ai répondu :  » Je vois, à mesure que l’homme
Découvre davantage et du globe et du ciel,
Qu’en dépit d’un élan qu’il croit torrentiel
Grandissent du mystère et l’arcane et la somme ;

Que vos pas de savants sont vains, que vos progrès
A l’échelle de l’infini sont illusoires,
Que c’est au fond la même sorte de victoires
Où tendent vos calculs et nos chants enivrés.

Je sais même que l’art est pour l’homme qui pense
Ce que sont pour l’amant la grâce et la beauté,
Que de la conscience il est la volupté
Comme de la sagesse il est la récompense.

Nos dieux ne sont-ils pas, d’ailleurs, les mêmes dieux,
La nature et l’espace et le rythme et le nombre ?
N’est-ce pas, comme nous, du silence et de l’ombre
Que vous faites surgir le sicle radieux ?

Découvrir n’est-ce pas créer de l’aventure
Et l’aventure existe-t-elle sans héros ?
Et ceux-ci n’ont-ils pas besoin, eux, de hérauts
Pour de leurs gestes faire une geste qui dure ?

Dites, que serviront tous vos cerveaux penchés
Si nul marin ne tend sur vos ondes ses voiles,
Ni vos cailloux géants lancés dans les étoiles
S’ils ne sont d’un poète ou d’un fou chevauchés ?

Et n’est-ce pas d’abord notre rêve et son aile
Qui du zénith soumit le ciel jusqu’au nadir?
Votre science humaine y peut, certes, grandir,
Mais divine, la nôtre y demeure éternelle.  »

(Pascal Bonetti)

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