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Posts Tagged ‘nageur’

Le nageur (Irving Layton)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



 

Le nageur

C’est la faillite de l’après-midi, vois
Le nageur plonge de son radeau
Son acte de guerre ouvre des corolles d’éclaboussures –
Les têtes de serpents frappent
Vite et en silence

En refaisant surface vois comme pour un instant
Un jonc brun avec de merveilleux bulbes,
Il repose à fleur d’eau
Alors que bruit et lumière viennent avec une violente passion
En partant de la mer fertile autour des Pôles
Pour éclater comme des coquillages brillant autour de ses oreilles.

Il plonge, il flotte, il va dessous comme un voleur
Là où son sang chante dans les ombres tigrées
Dans la verdure sans odeur qui le mène vers la maison,
Un saumon mâle qui descend des escaliers taillés
À travers des bas quartiers sous-marins…

Étonné par le souvenir d’ouïes perdues
Il découpe des gestes de retour en soi
Sur la plage comme un crâne;
Il pousse ses yeux à chercher
Le soleil qui se vide dans l’eau,
Et la dernière vague qui danse
Rejette son adolescence vers le sable de marbre.

(Irving Layton)

Illustration: Bernard Troublé

 

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JE PLONGE EN TOI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



JE PLONGE EN TOI

Je plonge en toi comme un forçat
Dans les douves de sa prison :
L’eau se referme et l’enracine
De tout son ventre mais, au bord,
Dans les fusils monte en silence
La sève noire de la mort.

Qu’importe, puisqu’il est au fond
De lui-même comme une pierre
En son ciment d’éternité,
A sa belle, à sa libre étoile
Pour la première fois couché ?

Qu’importe, puisque dans ces chambres
Où l’on se jette en haletant,
Je vis en toi le seul instant
Où les choses sont dans le monde
Ce que les font mes mains aimantes ?

Dehors : la salve et la curée !
Dedans : la bête se fait homme
Je suis nageur, je suis poumon,
Je suis la vague et je suis l’air
Qui me manquera tout à l’heure
Quand je tomberai sous les coups,
Emerveillé d’avoir vu naître
Ma propre image dans ta chair

(Jean Rousselot)

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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ELOGE DU SILENCE (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



ELOGE DU SILENCE

Loué sois-tu silence qui entoure la pensée
Le mot ne vient qu’après. Mais entre lui et la pensée
Qu’il exprime, il y a cette bande suave de silence
Comme un jardin entre la maison et la haie-vive.

C’est ainsi que le nageur avant de plonger dans l’eau
Emplit ses poumons et retient son souffle
C’est ainsi que l’idée – qui était temps – devient parole – qui est espace
C’est ainsi qu’entre poème et vers se situe le blanc.

Et peut-être qu’autour de la vie même il y a ce silence
Qui la sépare et l’unit à la mort : cette bouche d’air
Entre le corps et le vêtement. car si la vie
Est la pensée, la mort est le contour qui l’exprime.

Mais si l’oreille entend le mot sans rien savoir
De la muette musique enfermée en ses murs
De la mort chacun sait le glorieux silence
Sans deviner la forme où celui-ci est clos.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin

 

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Les hauts bois (Pierre Cendors)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



Les hauts bois

je suis nu
comme un torrent
comme un homme
comme une femme
je suis coup d’ailes
d’embruns encore
palpitant d’horizon
souffle du cerf
sous la lune océane
et d’une sève mâchée
jusqu’à la racine
voici dans ma bouche
froid et brûlant
le rire blanc
de la Vie

***

Qui vient ici
dans notre lenteur?

qui approche
et dans notre ombre
comme un nageur
dissémine une ampleur
mêlée de ciel ?

qui contemple
nos haltes de soleil
dans l’insomnie du temps ?

(Pierre Cendors)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

 

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UNE SILHOUETTE DE NAGEUR OBSCURE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



UNE SILHOUETTE DE NAGEUR OBSCURE

À propos d’une peinture préhistorique
sur un rocher du Sahara:
une silhouette de nageur obscure
dans une ancienne rivière qui est jeune pourtant.

Sans armes ni stratégies
sans reposer ni même bondir
mais toujours séparée de son ombre :
elle glisse sur le fond du courant.

Il avait lutté pour se défaire
d’une image verdâtre et assoupie,
pour enfin rejoindre le rivage
et ne faire qu’un avec son ombre.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Droit sur l’île (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2016



Droit sur l’île

Droit sur l’île, à côté des morts,
mariés des forêts à l’arbre-pirogue,
les bras ceints de ciels vautours,
les âmes cerclées d’anneaux saturniens :

ainsi rament les étrangers et libres,
les maîtres des glaces et de la pierre :
ceints d’un carillon de bouées qui s’enfoncent,
et des aboiements de la mer bleu squale.

Ils rament, ils rament, ils rament encore — :
Ô morts, ô nageurs, partez droit devant !
Dans les grilles aussi tout ça de la nasse !
Demain notre mer va s’évaporer !

(Paul Celan)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Le matin du monde (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2016



Le matin du monde

Alentour naissaient mille bruits
Mais si pleins encor de silence
Que l’oreille croyait ouïr
Le chant de sa propre innocence.

Tout vivait en se regardant,
Miroir était le voisinage
Où chaque chose allait rêvant
À l’éclosion de son âge.

Les palmiers trouvant forme
Où balancer leur plaisir pur
Appelaient de loin les oiseaux
Pour leur montrer leurs dentelures.

Un cheval blanc découvrait l’homme
Qui s’avançait à petit bruit,
Avec la Terre autour de lui
Tournant pour son cœur astrologue.

Le cheval bougeait des naseaux
Puis hennissait comme en plein ciel
Et tout entouré d’irréel
S’abandonnait à son galop.

Dans la rue, des enfants, des femmes,
À de beaux nuages pareils,
S’assemblaient pour chercher leur âme
Et passaient de l’ombre au soleil.

Mille coqs traçaient de leurs chants
Les frontières de la campagne
Mais les vagues de l’océan
Hésitaient entre vingt rivages.

L’heure était si riche en rameurs,
En nageuses phosphorescentes
Que les étoiles oublièrent
Leurs reflets dans les eaux parlantes.

(Jules Supervielle)

Illustration: Ibara

 

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