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Posts Tagged ‘naguère’

SOUS L’ORAGE DE ROSES (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
SOUS L’ORAGE DE ROSES

Où que nous allions sous l’orage de roses
la nuit est illuminée d’épines, et le tonnerre
du feuillage, naguère si doux dans les buissons,
est désormais sur nos talons.

***

Im Gewitter der Rosen

Wohin wir uns wenden im Gewitter der Rosen,
ist die Nacht von Dornen erhellt, und der Donner
des Laubs, das so leise war in den Büschen,
folgt uns jetzt auf dem Fuß

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Dépressions (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Dépressions

Naguère j’étais vivant la nuit
Animé par des milliers d’images.
Désormais je suis un fou au sac vide
Et cours pour attraper les vents.

Jour effroyable irrité contre moi
Et nuit mortellement triste.
Bientôt la neige tombera en mort silencieuse,
Alors pour toujours je deviendrai muet.

***

Depressionen

Einst war ich lebendig zur Nacht.
Von tausend Bildern bewegt.
Jetzt bin ich ein Narr mit leerem Sack
Und laufe die Winde zu fangen.

Schauriger Tag, der mir zürnt
Und tödlich traurige Nacht.
Bald fällt der Schnee mit stillem Tod,
Dann werde ich auf immer verstummen

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Au cri d’un navire en partance (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



Vaste comme l’appel des mers et des espaces
Où des mouettes frappant les flots,
Perdu comme la voix du navire qui passe
Sur les horizons sans écho,

Un navire en partance a jeté dans la rade
Un cri qu’il n’avait jamais eu,
Ouvrant parmi le ciel où le soir se dégrade
Tout un monde ailleurs inconnu.

Ce jour était un jour des chaudes colonies,
Un jour implacable et sanglant
Et je laissais tanguer ma lourde rêverie
Au bruit des flots, au bruit du vent.

Etais-je des Grieux en habit de naguère
Tenant entre ses bras Manon,
Alors qu’il s’enfuyait vers la rive étrangère,
Oubliant tout dans son pardon ?

Etais-je l’inconnu qui partait pour les îles,
Ainsi que l’on disait alors,
N’emportant avec lui que la vie inutile
Et les rêves de poudre d’or ?

Je connaissais les noms des agrès et des mâts,
Ces mots de la marine ancienne
Qu’on entendait sonner les jours de branle-bas
Et les jurons du capitaine.

On avait déployé les voiles de fortune
Après l’orage tropical,
Et le vent chantonnait, en haut, parmi les hunes,
Ûn vieil air du pays natal.

Ce ne fut qu’un instant de rêve sur le port,
Mais j’ai senti cette existence
Qui revenait en moi d’aussi loin que la mort
Au cri d’un navire en partance.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

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Je confonds (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Marie Coisnon  
    
Je confonds les noms des gens,
mais non leurs silences.
Je confonds les feuilles des arbres,
mais jamais leur ombre.

Je confonds dans la caresse
ton tact avec le mien,
mais non ta main avec ma main.
Je confonds ton regard et mon regard,
mais pas tes yeux et mes yeux.
Je confonds ma présence avec mon absence,
mais jamais ton absence et ta présence.

Je confonds ce dieu que j’avais naguère
avec le dieu que maintenant je n’ai plus,
mais non avec celui que mes mots créèrent entre nous deux.
Je confonds très souvent la vie avec la mort,
mais jamais la mort avec la vie.
confonds la matière et le vide,
Mais jamais le vide et un vide.
et je redoute ce pas que je n’ai pas encore fait :
confondre tout ce que je confonds
avec ce que je ne confonds pas
ou peut-être ne confondre plus rien.

Pourtant, je ne sais plus
si confondre quelque chose avec quelque chose
est seulement un subterfuge
pour ne pas les confondre.
Et ne pas confondre une chose avec une autre,
rien qu’un ajournement
de la confusion totale.

***

Confundo los nombres de la gente,
pero no sus silencios.
Confundo las hojas de los árboles,
pero nunca su sombra.

Confundo en la caricia
tu tacto con el mío,
pero no tu mano con mi mano.
Confundo tu mirada y mi mirada,
pero no tus ojos y mis ojos.
Confundo mi presencia con mi ausencia,
pero nunca tu ausencia y tu presencia.

Confundo aquel dios que antes tenía
con el dios que ahora no tengo,
pero no con el que crearon mis palabras
en el medio de ambos.
Confundo muchas veces la vida con la muerte,
pero nunca la muerte con la vida.
Confundo la materia y el vacío,
pero nunca el vacío y un vacío.
Y temo dar et paso que aún no he dado:
confundir todo lo que confundo
con lo que no confundo
o tal vez no confundir ya nada.

Sin embargo, ya no sé
si confundir algo con algo
es solo un subterfugio
para no confundirlos.
Y no confundir algo con algo,
nada mas que un retraso
de la confusion total.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Sand Memory (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Sand Memory

Ma soeur Annie
regarde la moire
de l’eau.
Sand of memory
tu pleures tu ris
Annie
tandis que coule entre tes mains
blond blonde Annie
aujourd’hui
naguère et demain
le sable de la mémoire
sand of memory.

(Armand Lanoux)

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Si mes mains pouvaient effeuiller (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Si mes mains pouvaient effeuiller

Je prononce ton nom
Au cœur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire à l’eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures.
Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.
Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l’entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que le bruit de la pluie.
Pourrai-je un jour t’aimer
Comme je fis naguère?
Mon cœur, où est la faute?
Si le brouillard s’éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion, tranquille et pure?
Ah, si mes doigts pouvaient
vous effeuiller, ô lune

(Federico Garcia Lorca)

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Naguère, il y eut un jeune homme (Sôseki)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




    
Naguère, il y eut un jeune homme qui, après avoir laissé un poème en testament,
s’est jeté du haut d’une cascade de cent ciquante mètres, dans un torrent.

Je pense que ce jeune homme a sacrifié sa précieuse vie pour le seul mot de beauté.

Cette mort est impétueux, mais il est difficile d’expliquer le motif qui a conduit à cette mort.
Ceux qui n’en saisissent pas le sens, peuvent-ils s’en moquer ?

(Sôseki)

 

 

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Les années, dis-tu (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



 

Illustration: Flo DS
    

« Les années, dis-tu, t’ont enlevé tant de choses,
La jouissance du jeu des sens,
Le souvenir du délicieux badinage
De la veille, les pérégrinations lointaines
N’ont plus de charme, non plus
Que l’ornement naguère si apprécié, la louange venue d’en haut,
Autrefois si douce. La satisfaction de ta propre action
Ne jaillit plus pour toi ; l’aventureuse audace te manque
Je ne sais vraiment pas ce qui peut bien te rester encore ?»
Il me reste assez ! Il me reste l’idée et l’amour.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Orties et fleurs (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Patientes aussi
sont les graines du désespoir.

Et le vieil homme échoué
au bord du printemps
sent renaître en lui les chiendents
que l’hiver ne tue pas.

Naguère encore il espérait
qu’il s’en délivrerait.

Désormais oublieux
des chemins trop sûrs
il se contente de regarder
orties et fleurs s’entremêler.

(Jean-Paul Hameury)

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Me revoici parmi les miens (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 


    
Me revoici parmi les miens,
ô mon pays tendre et pensif !
Le gros temps derrière le mont
de son gant de neige me fait signe.

La grisaille du jour maussade
va s’échevelant, et passe ;
la mélancolie du soir,
poignante, me saisit.

Sur les coupoles des églises
l’ombre gagne peu à peu.
Compagnons des plaisirs et jeux,
jamais nous ne nous reverrons !

Les années ont sombré dans l’oubli,
et qui sait où vous vous en êtes allés ?
Seule l’eau comme naguère
murmure encore sous le moulin ailé.

Que de fois dans la nuit obscure
au tintement de roseaux brisés
n’ai-je prié la terre encore fumante
pour ceux, qui ne reviendront plus.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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